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PSPP et la tentation populo-autoritaire

«Voir, mon Bérard, que la démocratie est en danger, en Occident.»

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Chronique Me Frédéric Bérard|PSPP et la tentation populo-autoritaire Chronique Me Frédéric Bérard|PSPP et la tentation populo-autoritaire (Noovo Info, La Presse Canadienne/Montage Noovo Info et image tirée de la PC)

Le lectorat de cette chronique connaît, sans faire trop d’effort, mon obsession maladive quant à l’érosion réelle ou anticipée de l’État de droit et autres socles démocratiques. Celle-ci, soit l’obsession, remonte à suffisamment loin afin que je puisse, bien souvent, être la semi-cible de critiques parfois dérisoires, parfois méchantes, parfois comiques.

Voir, mon Bérard, que la démocratie est en danger, en Occident. Que l’État de droit pourrait éventuellement s’y écraser. La plus amusante, venant (récemment) d’un adversaire idéologique assumé : les droits fondamentaux sont autant menacés au Canada que ne l’est le capitalisme aux USA.

Et si mon premier bouquin sur le sujet (La fin de l’État de droit ?) avait été généreusement accueilli par la critique, reste que chaque entrevue médiatique se complétait d’ordinaire avec le regard suspicieux de celui interviewant le merlan frit : il est sérieux, le gars ? En danger, nos institutions démocratiques et libertés publiques ?

Oui, je l’étais. Parce que la nonchalance du 4ème pouvoir n’avait alors d’égal que la propension du politique à bafouer, chaque mois davantage, les règles du jeu imposées par l’État de droit. Un peu comme un enfant s’aventurant vers l’interdit, lançant un œil furtif au parent chargé de sa surveillance et évaluant, au gré de la réaction, la complaisance affichée. Voilà, quelque 10 ans plus tard, là où nous en sommes : un bourbier épouvantablement nauséabond, où les colonnes du temple démocratique, jadis jugées inébranlables, chambranlent maintenant de façon inquiétante.

Le pire?

Que malgré l’ensemble des lumières rouges scintillant sur le tableau de bord collectif québécois (trop) nombreux sont les médias traditionnels à y voir, au mieux, une nouvelle de faits divers ! Comme si l’influence trumpiste n’imbibait pas, graduellement, mais sûrement, nos mœurs et réflexes politiques.

Que l’actuel favori à la succession gouvernementale caquiste, Paul St-Pierre Plamondon, n’avait pas donné raison à ce même Trump sur l’histoire (fausse et fallacieuse) du fentanyl !

Qu’il ne rappliquait pas, au gré des semaines, nombre des méthodes autoritaires ou de wedge politics si chères au président américain. Des illustrations ? S’attaquer à la loyauté et intelligence des artistes québécois et leurs représentants, pour faute de salutations d’usage à un néo-ministre accusé, à l’instar de son gouvernement précédent, de souhaiter la disparition du peuple québécois. À l’impartialité de Radio-Canada, particulièrement celle de Patrice Roy, du fait de son financement fédéral. À celle des chercheurs universitaires, pour les mêmes motifs. Tout ceci en… 24 heures.

On pourrait, bien entendu, plaider la simple incartade inopportune, si la propension aux manœuvres discutées n’était pas déjà ancrée dans le style PSPP.

D’aucuns auront ainsi noté les charges brutales et condescendantes, sur les réseaux sociaux, envers nombre d’intervenants ou experts ayant osé critiquer sa personne ou politiques, lesdites charges provenant habituellement de ses porte-paroles, et parfois de lui-même. Quiconque imaginant un Lévesque, Bouchard ou Parizeau agir de la sorte, sauce 2025, est prié de lever la main.

Idem pour l’attaque sauvage envers l’ex-ministre péquiste Louise Harel, figure apaisante style grand-maman, pourtant qualifiée de «gauche radicale» par l’aspirant premier ministre. Son crime? Avoir relevé les mensonges et demi-vérités d’une publicité payée par le PQ sur l’enjeu, sensible, de l’immigration.

Re-idem pour les coups de batte décernée au valeureux Régis Labaume et à La Presse, pour crime identique, soit celui de dénoncer le discours délétère de St-Pierre-Plamondon sur le même sujet. On me souffle d’ailleurs, cette fois entre les branches, qu’un autre valeureux du commentariat québécois, cette fois Michel C. Auger, aurait récemment subi le même sort de la part du chef du Parti québécois.

On ajoutera à ce qui précède ses déclarations sur les personnes trans ou toilettes mixtes, celles associant immigration et criminalité, immigration et faible natalité québécoise, immigration et pénurie du logement, ou encore refusant de reconnaître la valeur scientifique du racisme systémique (concept qu’il avalisait, pourtant, tout juste avant sa chefferie), annonçant ainsi son intention de «récupérer démocratiquement» le contenu de l’enseignement universitaire, attaquant dès lors les fondements mêmes de la liberté académique et de l’indépendance universitaire.

Au sommet des sondages, donc, se trouve actuellement un leader potentiel puisant, dans l’indifférence médiatique partielle ou quasi complète, à même le livre de recettes populistes du temps. Et qu’il poursuivra, une fois élu, sur sa lancée éprouvée.

Complice ou dissident de l’autocratisme 2.0., le Québec?

Les dix prochains mois l’enseigneront.

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