Chroniques

Chronique|Pour en finir avec le racisme systémique

Il n’y a pas, dixit l’adage, plus aveugle que celui refusant de voir.

Publié le 

Chronique| Frédéric Bérard Montage Noovo Info | La Presse canadienne (Montage Noovo Info | La Presse canadienne)

Sans surprise, le tollé provoqué par les allégations d’agressions racistes de policiers du SPVM allait relancer un débat insoluble: celui du racisme systémique.

Insoluble, oui. Dans le sens de perte de temps, vu la polarisation, l’explosivité et le campement que provoque le concept. On frôle, ici, le découragement éprouvé lors de la pandémie face aux têtes dures complotistes. Il n’y a pas, dixit l’adage, plus aveugle que celui refusant de voir.

Parce qu’au-delà des spins et postures politico-médiatiques de plusieurs, ledit concept n’a rien de sorcier: des situations où des politiques, institutions ou structures sociales produisent, même sans intention discriminatoire, des effets défavorables sur divers groupes racisés.

Comme il y en a… partout en Occident. Rien à voir, bien entendu, avec le Québec comme tel.

Reconnaître le concept, donc, ne signifie en rien «qualifier les Québécois de racistes», comme s’amusent à claironner ses opposants, disqualifiant d’office une théorie pourtant enseignée dans toutes universités d’Amérique et d’Europe, autant dans les facultés de médecine, droit, psychologie qu’anthropologie ou sociologie. Rien de «woke» là-dedans, ajouterait-on. Seulement la résultante d’études empiriques parlant d’elles-mêmes.

Racisme allégué au SPVM: faut-il des enquêtes dans tous les corps policiers? Par Lila Mouch | Depuis les allégations de discrimination et de racisme au sein du Service de police de Montréal, plusieurs voix se sont élevées non seulement chez les élus, mais aussi dans les organismes communautaires pour exiger une enquête indépendante. Mais pour le Sommet Jeunes Afro, il faut une commission d’enquête publique sur le racisme au sein de tous les corps policiers du Québec.

Des exemples, maintenant: selon une étude de 2019, les Noirs et Maghrébins ont entre 4 et 5 fois davantage de chances d’être interpellées par les policiers du SPVM que les Blancs.

En considérant le poids démographique desdits groupes, on parle ainsi d’une sur interpellation policière de 137 % pour les Noirs, et de 180 % pour les Arabes.

Quant à elles, les femmes autochtones sont, toujours en matière de harcèlement policier, onze fois plus susceptibles d’en faire l’objet que les femmes blanches.

Harcèlement policier? Oui. Parce qu’il n’est pas question ici d’arrestation pour une infraction X ou Y, mais bien d’interpellation policière arbitraire, sans un seul commencement de preuve.

Et question d’importance: de qui vient l’étude en question, précitée? Du loup lui-même, soit le SPVM.

Toujours comique d’entendre nos politiciens, appuyés par certains chroniqueurs, et vice-versa, démentir une réalité pourtant admise par l’agresseur.

  • On voulait aujourd’hui vous présenter notre rapport, lequel témoigne que nos policiers pratiquent le racisme systémique. Nous en sommes désolés, et travaillerons d’arrache-pied afin de mettre fin à ce type de comportement discriminatoire.
  • N’importe quoi! Vous mentez!
  • Hein?
  • C’est faux! Il n’y a aucun racisme systémique au SPVM!
  • Ben là, on doit être au courant, c’est nous qui le pratiquons…
  • Euh… arrêtez de traiter les Québécois de racistes!

L’ampleur de la problématique, selon une récente étude menée par quatre profs d’universités québécoises, se serait même aggravée depuis le rapport initial du SPVM.

Ce qui précède sur le volet autochtone est d’ailleurs corroboré, et même davantage, par les conclusions de la Commission d’enquête Viens, laquelle aura recueilli les témoignages de plus de 700 personnes, avant de statut à l’existence irréfutable de racisme systémique envers lesdits autochtones en matière de santé, sécurité publique, justice et protection de la jeunesse.

D’autres études universitaires, cette fois pancanadiennes, mais pertinentes au Québec ont d’ailleurs conclu que les personnes aux noms associés à certaines minorités visibles, en matière d’embauche, reçoivent de 20 % à 40 % moins de convocations aux entrevues que les personnes aux noms «blancs». La méthodologie employée? Des CV fictifs. Dur à battre.

Les tribunaux québécois se sont aussi mis de la partie en reconnaissant l’évidence : en octobre 2022, la Cour supérieure déclare inconstitutionnel l’article 636 du Code de la sécurité routière, lequel permettait d’intercepter un véhicule sans raison valable, ceci, aux dires du juge Yergeau, constitue un vecteur manifeste de profilage racial, voire de «forme sournoise de racisme», le pouvoir discrétionnaire étant une brèche « favorisant le racisme systémique» en ciblant «de manière disproportionnée les automobilistes issus des minorités visibles».

Confirmée par la Cour d’appel du Québec, la décision est aujourd’hui portée en appel par Simon Jolin-Barrette. Mettez un vieux deux piasses sur une nouvelle défaite caquiste.

Voilà, donc, pour le tour d’horizon principal: études universitaires, commissions d’enquête, décisions des tribunaux, et aveux des principaux intéressés.

À l’inverse, c’est-à-dire une quelconque documentation prouvant l’inexistence du racisme scientifique? Rien du tout. À part, bien entendu, quelques chroniques de 350 mots, et cette perle radiophonique de Benoit Dutrizac: «J’ai pensé à ça, pis le racisme systémique, ça n’existe pas, au Québec».

D’accord.

De mon côté, après mûre réflexion avec moi-même, selon mon ressenti et savant feeling, je suis assurément d’avis qu’accoucher, ça ne fait pas mal.

Merci de considérer mon opinion.

Pour recevoir toutes les chroniques de Frédéric Bérard, abonnez-vous à notre infolettre, Les débatteurs du samedi.