Chroniques

«Heated Rivalry»: point de gay dans mon hockey

Je ne suis pas un sportif de haut niveau, mais je suis persuadé que lorsqu’on est bien dans sa tête et libre d’être qui est on est, on a plus de place pour mettre notre énergie dans notre sport.

Mis à jour le 

Publié le 

Chronique Alex Perron (Montage Noovo Info et image Envato)

Il y a deux semaines, dans une story sur mes réseaux sociaux, j’ai salué l’originalité (parce que c’est rare comme de la marde de pape) et l’utilité du sujet de la série Heated Rivalry qui remporte un ben gros succès en ce moment sur la plateforme Crave.

L’histoire ? Deux jeunes joueurs de hockey très talentueux, membres de deux équipes rivales de la Ligue nationale, ont une relation passionnée (et quand je dis relation passionnée, je parle de celle qui comporte des sentiments et du sexe. Et pas celle de celui qui patine le plus vite pour la mettre dans le net).

Comme je ne suis pas né du dernier arc-en-ciel, je m’attendais à des commentaires négatifs et homophobes. Eh bien, j’ai été exaucé. Mais pas tant que ça. En comptabilisant le tout, il y avait plus de commentaires positifs que négatifs. On avance gang, on avance. Si on enlève les quelques phrases vulgayres qui ne font pas avancer le groupe, ça se résumait à deux grandes idées.

La première: il n’y a pas de gay dans le hockey. Eh bien désolé, je vais devoir passer un bon coup de zamboni sur cette idée pour bien la faire fondre. Des gays, des lesbiennes, des bis et toutes autres identités, il y en a PARTOUT. Aucune profession et aucun sport ne sont «immunisés». Ça n’a rien à voir avec ce qu’on fait dans la vie, c’est dans notre nature, point.

Et autre grande nouvelle, l’orientation sexuelle n’a rien à voir avec le talent sportif. L’habileté dans le sport, elle, contrairement aux humains, ne porte pas de jugement sur personne. Elle est là ou pas. Et honnêtement, il faut être très naïf de penser que de tous les joueurs, dans toutes les équipes de la Ligue nationale de hockey, il n’y a pas un SEUL homosexuel. Ce serait plutôt surprenant.

Et alors, so what ! Que votre idole sur patin soit gay ou hétéro, ça ne devrait rien changer à votre admiration pour lui. Ce n’est pas pour ses prouesses dans le lit où sa relation amoureuse que vous le suivez avec passion sur la glace, c’est pour son habileté comme hockeyeur. Admettons que demain matin, vous appreniez que votre joueur préféré est gay, ça changerait quoi? Du jour au lendemain, il serait pourri au jeu? Vous le banniriez avec dégoût de votre pool des joueurs? Même s’il est en train de vous faire gagner la cagnotte?

Vous auriez le droit bien sûr, mais il me semble que ce serait un peu gnochon de lui enlever toute votre admiration sportive parce qu’il frenche un gars en rentrant à la maison le soir.

Personnellement, j’ai beaucoup d’admiration pour de nombreux hétérosexuels, que ce soit dans leur travail ou dans le sport professionnel qu’ils pratiquent. Et tout va. Ça ne change rien à mon admiration pour eux. Je ne les trouve pas inférieurs à moi. Je ne tente pas de devenir hétéro non plus. Tout se passe à merveille. Et en terminant, non pas que je veuille tourner le couteau dans la plaie, mais le Canadien en ce moment, ça patine plutôt carré. Et ça ne semble pas être la faute d’un gay. :P

La deuxième: les scènes de sexe sont très explicites. C’est vrai, elles le sont beaucoup. Et tant mieux parce que ça reflète la réalité. Je peux comprendre que celles-ci peuvent déstabiliser parce que c’est rare que l’on voie aussi clairement et aussi souvent deux hommes dans le feu de l’action dans une série télévisée. Même au cinéma, d’ailleurs.

Mais si on «objectivise», j’ai vu l’équivalent hétérosexuel des milliers de fois à la télé et au cinéma et personne n’est monté aux barricades. Je vous ai vus dans beaucoup de positions coquines, les amis hétéros, dans nos petits et grands écrans et jamais je n’ai été choqué.

Ben non, j’ai survécu à tout ça. Je n’ai pas fermé les yeux en poussant un « ark » tonitruant. Je n’ai jamais demandé qu’on retire une émission parce qu’une relation hétéro à l’écran me mettait mal à l’aise. La passion amoureuse et sexuelle elle, contrairement aux humains, ne porte pas de jugement. Elle est là, ou pas.

On parle ici de hockey, mais on peut remplacer ce sport par un bon nombre d’autres où la différence dérange encore. On peut aussi remplacer le hockey par plein de professions où la différence dérange encore.

Je souhaite plus de coming out dans le monde du sport. Non pas pour le commérage, mais pour la normalité. Mais, aussi pour ces joueurs qui doivent vivre une double vie. Ce ne doit pas être simple tous les jours. Même si on est passionné par notre sport, ce n’est pas tout, il y a aussi la vie qu’on mène.

Je ne suis pas un sportif de haut niveau, mais je suis persuadé que lorsqu’on est bien dans sa tête et libre d’être qui est on est, on a plus de place pour mettre notre énergie dans notre sport. C’est un tout. On est un tout.

C’est juste de la TV, mais au-delà de ses scènes torrides, Heated Rivalry fait œuvre utile. Bravo.

Pour recevoir toutes les chroniques d’Alex Perron, abonnez-vous à notre infolettre, Les débatteurs du samedi.