L’organisme OUI Québec aura, nous apprenait Katia Gagnon dans La Presse, fait ses devoirs: consulter 50 grandes organisations transpartisanes québécoises, des centrales syndicales aux groupes communautaires, en passant par les chambres de commerce. Une heure trente avec chacun, dans le détail.
Les rencontres ainsi menées par OUI Québec forcent à un constat aux allures de lapalissade: le Québec et le mouvement indépendantiste ont manifestement «remplacé la fierté par la fermeture», en matière de vivre ensemble.
À moins de s’être réfugié sous une roche, ces dernières années, voilà ce qu’on pourrait appeler un faux secret. Parce que qui, à part les éternelles vierges offensées et dévots partisans habituels, refuseront une telle évidence, celle de la «bock-côtéisation» du Parti québécois?
Ce qui est original, toutefois, consiste dans le ras-le-bol (enfin publiquement) manifesté par la vieille garde péquiste.
Réagissant aux conclusions-choc, l’ex-ministre Louise Harel blâme poliment son parti: « Il y a eu des préjugés qui ont servi de politiques, et c’est là qu’il faut admettre des erreurs. On ne peut pas être replié sur soi quand on veut faire un projet d’émancipation nationale».
Sa collègue Louise Beaudoin renchérit: « Je souhaite qu’ils [le PQ] accueillent ce rapport favorablement. C’est l’avenir de l’indépendance, des visions différentes qui s’additionnent.»
Rebelote pour l’ancienne députée Monique Simard, dégoûtée par certaines postures de son ex-parti: «Je ne veux pas faire le procès des gens, mais certaines déclarations me déplaisent profondément. J’ai peur des dérives. Ce sont des questions extrêmement sensibles. Regardons ce qui se passe aux États-Unis, en France. Attiser la xénophobie, c’est facile, mais c’est extrêmement dangereux.»
Un autre ancien député péquiste s’étant aussi confié à Katia Gagnon, mais sous le couvert de l’anonymat, ajoute, cinglant: «Le PQ a tenu au cours des dernières années un discours revanchard, un discours de ressentiment, un discours défensif au lieu d’être un discours positif, un discours victimaire au lieu d’être constructif.»
Se sentant manifestement — à juste titre d’ailleurs — visé par le doigt pointé, le vecteur par excellence de la radicalisation des esprits, Mathieu Bock-Côté, réagira avec classe et élégance : « Les OUI Québec ne représentent pas le camp du Oui, mais sa frange minoritaire, celle qui a gâché le contexte post-référendaire, et qui n’aime rien tant que faire la morale aux indépendantistes et aux nationalistes. Nous les connaissons par cœur, ce sont des saboteurs, et des perdants, ce sont les idiots utiles du fédéralisme. »
Rassembleur, pas de doute, et comme s’il ne s’agissait pas, ironiquement, du reproche adressé au ventriloque de milliardaires et le parti sur lequel il a, depuis l’arrivée de PSPP comme chef, idéologiquement, la mainmise.
On exagère? Voici alors une courte nomenclature de déclarations du leader péquiste en matière migratoire, à laquelle il est proposé d’accompagner la réflexion suivante : quelle différence entre ceci et une chronique de Bock-Côté ?
- « Le Québec met bel et bien en jeu sa “paix sociale” s’il poursuit sur sa lancée en immigration. »
- « Si vous n’êtes plus pour obtenir les pleins pouvoirs en immigration et que votre engagement envers le Canada est absolu et éternel, j’aimerais que vous nous disiez si vous optez pour l’affaiblissement, voire la disparition, à long terme, du français dans le Canada ? »
- « Est-ce que le rapport à l’homosexualité qu’ont des membres de certaines communautés, dans le contexte d’une salle de classe issue à 90 % de l’immigration, a pu jouer dans un cas comme celui-ci ? »
- « Parce que si nos seuils d’immigration sont trop élevés, il n’y a pas de logement, le logement coûte très cher, les gens sont étouffés au niveau du paiement de leur hypothèque et du loyer, est-ce qu’ils vont prendre la décision d’avoir un enfant ou un enfant de plus ? Les deux sont reliés. »
- « [obtenir les pleins pouvoirs en immigration] est une question de survie de la nation, de louisianisation. »
- « Il y aurait peut-être des millions de personnes qui veulent venir au Québec, du jour au lendemain, et qui ont de bonnes raisons. »
- « On assiste à l’émergence de groupes criminels nouveaux qui amènent au Québec des techniques de criminalité plus agressives […] Il y a 20 ans, avant les changements démographiques générés par l’immigration, on n’aurait jamais pensé que des groupes criminels puissent être aussi agressifs […]. »
- « Il n’y a eu presque aucune croissance économique au cours des dernières années, et c’est dû à ce gouvernement libéral fédéral, qui est parti dans ses lubies idéologiques en amenant une vague d’immigration tellement soudaine et grande […]. »
- «Si dans des écoles, il y a un pays du monde ou une croyance religieuse qui est représenté à presque 100 % — je ne veux pas exagérer, mais qui est vraiment majoritaire —, c’est prévisible qu’il n’y aura pas d’intégration à la société d’accueil et c’est prévisible qu’il y aura une tentation de répéter ce qui se fait ailleurs dans le monde. Et rappelons que, dans plusieurs pays du monde, il n’y a pas de paix sociale.»
- « Le Canada est passé de l’indifférence envers le Québec à une action concertée [par l’entremise de l’immigration] pour nous affaiblir, pour nous effacer même, à tous les points de vue. »
De quoi donner le goût du pays, on l’imagine bien, aux amis néo-québécois.
Et aux autres.
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