On parle beaucoup de cadeaux, en fin d’année. Mais une fois les objets et les rituels mis de côté, que reste-t-il vraiment ? Après des années à observer nos façons d’être ensemble, dans toutes les sphères de nos vies, je crois qu’il n’existe qu’un seul vrai cadeau — et on oublie trop souvent sa valeur.
Je n’aime pas la psycho pop. Je ne vous servirai pas ici une leçon façon coach de vie. La chose ésotérique n’est pas ma tasse de thé.
Néanmoins, tout au long de l’année, au fil des reportages, des discussions, des enjeux décortiqués, des situations vécues (personnelles et professionnelles), j’ai compris qu’il n’y a qu’un seul cadeau qu’on peut vraiment se faire à soi-même — et faire aux autres.
Ce n’est pas d’être authentique — quoique c’est un bon début. Ce n’est pas le respect, ni l’ouverture, ni la bienveillance, ni même l’empathie ou la bonté.
Ce n’est pas non plus de soigner les autres, même si les relations interpersonnelles sont à la base du bonheur des humains, comme cela a été démontré dans la plus longue étude scientifique sur le bonheur, dont j’ai déjà parlé ici.
De quoi je parle ?
J’y reviens dans un instant. Mais avant, suivez-moi dans cette illustration faite justement par les deux auteurs de cette fameuse longue étude scientifique (résumée dans ce livre, formidable).
Un petit test
Prétendons que chaque personne, à sa naissance, dispose de tout l’argent du monde pour mener sa vie. On n’a pas besoin de travailler ; on ne fait que vivre, au gré de nos désirs et envies.
Par contre, pour chaque geste posé, que ce soit dormir, manger, prendre une douche, se déplacer, même s’asseoir à table ou consulter son téléphone, il faut débourser un montant. On ne sait pas combien chaque fois — et surtout, surtout, on ignore à quel moment on va manquer d’argent. On ne connaît pas le solde de notre compte en banque.
Mais plus important encore : lorsqu’on arrive à zéro dollar, on meurt. C’est la fin.
Sachant cela, quels choix feriez-vous ? Seraient-ils différents ? Comment et pourquoi ?
Bon, vous me direz que mon exemple est farfelu, surréaliste. Mais non. On peut transposer cela dans la vie réelle. On vit avec ce choix tous les jours !
Ça s’appelle le temps.
On sait qu’on va mourir, c’est inexorable — mais on ne sait pas quand. On ne connaît pas le solde de notre compte en banque… de temps.
Attention et intention
Le seul et vrai cadeau à faire, c’est le cadeau de notre temps. À quoi et à qui en donner. Quelle cause, quelle personne, quel boulot, quelle tâche, quel engagement mérite notre temps ?
Qui mérite notre attention — et pour ainsi dire, notre intention ? Est-ce forcé ou sincère ? Est-ce par habitude, par dépit, par nécessité ? Ou est-ce par amour, par intérêt, avec volonté et conscience ?
C’est probablement le travail d’une vie que de savoir spontanément répondre à ces questions importantes. À force d’introspection, de croissance, d’évolution si j’ose dire, à force d’essais-erreurs, on y arrive.
Donner de son temps, ça veut aussi dire en prendre pour soi. Ralentir. Valoriser le selfcare. Miser sur l’autocompassion, cette faculté à se parler à soi-même comme on parlerait à sa meilleure amie.
Pour comprendre à quel point le temps est un élément précieux, et pour mieux saisir l’importance de bien en disposer, les chercheurs de l’étude sur le bonheur donnent de fabuleuses pistes de réflexion.
10 questions à se poser
Je vous en partage quelques-unes, pour l’inspiration (non, ce n’est pas une compétition et il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses !).
Êtes-vous satisfaits du nombre d’amis que vous avez dans votre vie ?
À quel point êtes-vous à l’aise d’entamer une conversation spontanée avec un étranger ?
De combien de membres de votre famille vous sentez-vous proches ?
Combien de personnes pourriez-vous appeler, en pleine nuit, si une urgence survenait ?
À quand remonte la dernière fois où vous avez exprimé votre reconnaissance envers quelqu’un qui vous est cher ?
Si vous avez un partenaire, est-ce que vous l’incluez dans vos activités sociales ?
Est-ce que vos proches savent ce que vous ressentez vis-à-vis eux ?
À quelle fréquence parlez-vous à vos voisins, vos connaissances, les gens qui évoluent dans les mêmes sphères de vie que vous (travail, école, quartier) ?
Êtes-vous satisfaits de vos relations au travail ?
À quand remonte la dernière fois où vous avez initié une activité sociale, de sa planification à sa réalisation ?
Peu importe vos réponses, une chose demeure : on trouve toujours du temps pour ce qui compte vraiment. Le reste n’est pas un manque de temps, mais un choix, dans un monde où le temps n’est ni extensible ni renouvelable.

