Pratiques frauduleuses et comportements dangereux sur nos routes: le phénomène des «chauffeurs inc.» ou des «chauffeurs à rabais» est apparu sur notre radar alors que des accidents graves sont survenus. Pour le gouvernement fédéral, la sécurité sur nos routes n’est visiblement pas une priorité. Est-ce que le gouvernement Carney refuserait d’agir pour faire plaisir à des petits amis?
Le phénomène est connu et dénoncé par de nombreux joueurs de l’industrie du camionnage.
Venant surtout de l’Ontario, les chauffeurs en question sont indépendants, ils s’incorporent et échappent ainsi à certaines exigences imposées aux entreprises de camionnage. Ils coûtent moins cher, ils sont peu formés et peu qualifiés. Ils conduisent des heures plus longues que ce qui est permis et n’adoptent pas toujours des comportements sécuritaires.
Souvent des immigrants temporaires, ils sont de la main-d’œuvre abondante et peu chère pour des entreprises qui cherchent à réduire leurs coûts. Vulnérable à l’exploitation, il n’est pas rare qu’ils ne soient pas payés pour toutes les heures travaillées. Nous assistons à la «UBERisation» de l’industrie du camionnage.
Soyons clairs: il s’agit d’un stratagème. Il doit cesser.
Ils ne conduisent pas des petites compactes, ils conduisent d’énormes véhicules qui, lorsqu’impliqués dans un accident, laissent peu de chance aux autres véhicules impliqués de s’en sortir sans conséquences graves.
Je vous invite à écouter le témoignage de Nathalie Poulin, dont la fille est décédée lors d’un accident impliquant un de ces chauffeurs:
Elle ne comprend pas pourquoi Ottawa n’agit pas. Moi non plus. C’est incompréhensible.
Allô le fédéral?
Nous sommes habitués des lenteurs d’Ottawa, mais il me semble que lorsqu’il est question de la sécurité et que des vies ont été fauchées, on est en droit de s’attendre à un peu de vigueur.
Québec a aussi sa part de responsabilité dans la détérioration de la sécurité routière. En effet, les contrôleurs routiers ont été retirés des routes à la suite d’une décision du tribunal administratif du travail, qui a conclu que les contrôleurs ne pouvaient continuer de patrouiller sur les routes sans les outils nécessaires, notamment des armes à feu. Leur absence a contribué à ce que des chauffeurs et des camions non conformes circulent sur nos routes. Or, Québec a été lente, mais elle a bougé.
Maintenant, il reste Ottawa.
Les copains d’abord
Nos yeux se tournent vers la Canada Truck Operators Association (CTOA), une organisation qui représente les chauffeurs inc., dont le porte-parole est un proche de Carney — il était assis à quelques mètres du premier ministre lors de son assermentation — et un donateur libéral. Tejpreet Dulat travaille activement pour le statu quo. Il a fait l’objet d’une plainte du Bloc Québécois puisqu’il n’était pas inscrit au registre des lobbyistes malgré son travail de représentation pour le compte de la CTOA afin de normaliser la pratique des chauffeurs inc.
Les solutions sont pourtant claires. Le Bloc Québécois en a listé une dizaine, dont l’interdiction pour les immigrants temporaires de s’incorporer comme chauffeurs.
L’écosystème du camionnage est en train de se métamorphoser sous nos yeux. Les chauffeurs de poids lourds ne devraient pas être traités comme des livreurs Uber Eats.
C’est trop dangereux.
Pour recevoir toutes les chroniques d’Antonine Yaccarini, abonnez-vous à notre infolettre, Les débatteurs du samedi.

