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L’État ambulancier

On répare. On répare encore. Mais innover, c’est pour quand?

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Chronique Maude Goyer | «L’État ambulancier» (Image tirée de la banque d'images Envato et montage Noovo Info) Chronique Maude Goyer | «L’État ambulancier» (Image tirée de la banque d'images Envato et montage Noovo Info) (Banque d'images Envato)

Nos gouvernements légifèrent en regardant dans le rétroviseur. Ils attendent le drame, puis ils colmatent. C’est devenu un modèle. Et ça suffit.

Dix féminicides depuis janvier. Une loi.

Un ado mort d’une boisson énergisante. Une loi.

Une génération d’ados, le cerveau ravagé par des algorithmes. Un règlement — et un projet de loi.

Est-ce que nos élus sont devenus des réparateurs de dommages ? Est-ce suffisant ? Bon, oui, OK, ce sont de bons réparateurs, je leur accorde cela. Mais des réparateurs quand même.

Je ne remets pas en question ces mesures. Elles sont importantes. Elles vont sauver des vies.

Mais elles ont toutes un point en commun : elles auraient dû exister avant le drame qui les a déclenchées.

Avant Gabie. Avant Zachary. Et avant qu’une génération entière passe sa jeunesse exposée à des contenus que personne n’a pensé à réguler pendant quinze ans.

On dirait que l’État a constamment une décennie de retard. Et pendant ce temps, la société, elle, n’attend pas. Elle avance, elle évolue.

Sonnette d’alarme

Je comprends que gouverner, c’est compliqué. Je comprends qu’il est plus facile de réagir à une tragédie médiatisée que de financer discrètement de la prévention pendant des années, sans que personne ne s’en aperçoive.

Mais justement. C’est là où le bât blesse.

Les boissons énergisantes sont dans nos dépanneurs depuis le début des années 2000. Depuis des lustres, les médecins sonnaient l’alarme. Il a fallu qu’un adolescent meure et que les parents montent au front pour que la machine législative s’active.

Projet de loi pour interdire les boissons énergisantes aux moins de 16 ans La ministre de la Santé, Sonia Bélanger, a présenté un projet de loi pour interdire les boissons énergisantes aux moins de 16 ans.

La tragédie est-elle devenue le seul déclencheur politique? C’est ça, notre modèle?

Même chose pour les réseaux sociaux. On interdit aujourd’hui… après quinze ans d’exposition.

Et par ailleurs, est-ce la bonne idée de jeter le bébé avec l’eau du bain? Plusieurs spécialistes du domaine numérique le répètent: une interdiction sans éducation numérique, sans structure d’accompagnement, ce n’est pas nécessairement la bonne solution.

Interdire, c’est la réponse la plus simple. La plus visible.

Mais est-ce que ça règle le fond du problème?

Volonté politique

Ce qui m’agace, et je ne pense pas être la seule, c’est qu’on ne manque pas d’intelligence ni de compétences au Québec. On a les chercheurs. On a les spécialistes. Et ils voient venir les problèmes bien avant qu’ils explosent dans les manchettes.

Ce qu’on manque, c’est la volonté politique d’agir avant le point de rupture.

Un gouvernement qui innove vraiment, c’est un gouvernement qui finance la prévention même quand ça ne fait pas la Une. Qui investit dans les maisons de jeunes, les centres de crise, les organismes communautaires, avant que les urgences débordent.

Pas après.

J’entends déjà la réplique : mais le gouvernement fait de la prévention, il investit dans l’innovation!

Peut-être.

Mais pendant qu’on met en place des incitatifs fiscaux pour les entreprises, on coupe dans les organismes qui font le travail invisible de maintenir le tissu social en vie, ce fameux filet de sécurité qui s’effrite d’année en année.

Urgence

Des centaines d’organismes en violence conjugale, en santé mentale, en prévention jeunesse, en itinérance doivent se battre pour survivre. Pétitions. Grèves. Manifestations. Lettres ouvertes. Et autres appels à l’aide publics.

Et là, boum! Le gouvernement trouve des fonds.

Dans l’urgence, évidemment.

C’est ça, l’État ambulancier. On coupe dans l’entretien. On paie pour les réparations majeures. Et on présente ça comme de la gestion responsable…

Je pense au SPVM et à la crise qui secoue Montréal-Nord.

Police et gestes racistes: une enquête indépendante réclamée La première ministre Christine Fréchette ne ferme pas la porte à une enquête publique sur les allégations de racisme au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

On annonce des mesures. On convoque des experts. On parle de changement de culture. Mais le racisme au sein des forces policières, ça ne date pas d’hier.

Les organismes communautaires du quartier le disent depuis des années. J’ai mille questions. J’en lance une seule : il n’y a eu aucun signe chez ces seize policiers avant ? On n’a rien vu ? La formation à Nicolet peut-elle détecter ce genre de comportements, de tempéraments ?

Est-ce qu’on a attendu, encore une fois, que la crise éclate pour se poser des questions ?

Il me semble qu’une société courageuse, ce n’est pas une société qui répare après coup. C’est une société qui se donne les moyens de ne pas avoir à réparer.

On est capables de mieux que ça.

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