Enfin une fin de semaine avec un peu de soleil. Je ne sais pas pour vous, mais de mon côté, chaque printemps, on dresse la liste des petits et grands travaux à faire au cours des prochains mois. À six mois d’une élection et avec une nouvelle cheffe à la CAQ, les partis aussi se mettent en mode chantier. Certains rénovent, d’autres reconstruisent et tous espèrent être prêts pour octobre prochain.
Je vous propose donc une tournée des chantiers à venir.
CAQ et la rénovation intérieure
Mme Fréchette est devenue première ministre du Québec et elle a mis les bouchées doubles pour marquer son arrivée. Après un discours d’assermentation qui nous a permis de mieux savoir d’où vient son engagement, elle a saisi l’occasion d’affirmer sa position avec Ottawa dès sa première visite et a fait sa première annonce économique pour faciliter l’acquisition d’une première maison. Mme Fréchette est clairement à l’aise dans les habits de première ministre.
Son discours économique et nationaliste reflète bien l’ADN de la CAQ sans verser dans l’identitaire à outrance. De plus, en obtenant des assurances de Mark Carney à la suite de la confusion autour des déclarations de son ministre de la Justice sur la clause dérogatoire et des excuses de ce dernier, elle démontre sa capacité à être ferme tout en maintenant des relations constructives avec le fédéral.
Tout cela se poursuivra avec son exercice le plus périlleux, la formation du conseil des ministres. C’est là qu’on attendra les gestes les plus clairs de rupture avec François Legault et on verra si la venue d’un ou d’une non élue vient pimenter le tout. Le défi est majeur : changer les visages, diminuer la taille du conseil tout en évitant les divisions internes.
Le PLQ et les fissures à réparer
Du côté du PLQ, le tableau devrait être au beau fixe. Les déboires de l’automne sont derrière eux et le parti est à égalité ou en avance sur le PQ dans les derniers sondages. Cependant, il y a une fragilité au PLQ et les crises ne sont jamais bien loin. On a pu le voir avec la déclaration de Charles Millard qui, jeudi, a dit qu’il reconduirait la clause dérogatoire dans la loi 96, loi sur la protection du français, avant de dire « on verra » le lendemain sous la pression de la communauté anglophone et de certains membres du caucus.
Même si le chef libéral se défend de changer d’idée, il est clair que certains députés ou groupes de pression ont de la difficulté à accepter la moindre ouverture à l’utilisation de la clause dérogatoire. Pourtant, Bourassa l’a utilisée en 1988 pour défendre l’affichage du français et elle pourrait s’avérer essentielle pour reconnecter avec l’électorat francophone.
D’ici l’élection, tous les adversaires du PLQ leur poseront la question : êtes-vous prêts à utiliser la clause dérogatoire pour défendre la langue française au Québec ? La réponse devra être limpide et rassurer l’électorat francophone. Sans cela, la moindre remontée pourrait fondre comme neige au soleil.
Le PQ et la grande reconstruction
Du côté du PQ et de PSPP, les derniers sondages indiquent que la lune de miel est terminée et que l’on entre dans une période où le parti devra faire des choix difficiles entre l’humeur de la population, certaines de ses positions et le contexte actuel. Il est vrai que, dans les derniers mois, le ton du chef péquiste semble avoir changé : il tend à être plus offensif et plus combatif qu’avant.
Cependant, il ne faut pas sous-estimer le fait que ses adversaires ont considérablement changé et que le contexte politique et économique n’est pas nécessairement favorable à son ambition souverainiste. Le chef péquiste a donc un choix vital devant lui. Il peut maintenir sa promesse de référendum dans un premier mandat en respectant ses valeurs les plus profondes, mais en risquant de perdre l’électorat qui n’en veut absolument pas. Ou il peut la porter et tenter de convaincre les Québécois que c’est la seule option pour faire face aux transformations actuelles et qu’au pire, ils n’auront qu’à voter non le moment venu. La souveraineté est le solage du PQ et de l’engagement politique de PSPP. Mais c’est une énorme reconstruction qu’il propose, et vouloir la mener en ce moment pourrait avoir raison de son option.
Finalement, QS et les conservateurs auront probablement le printemps le plus calme de tous les partis. Non pas qu’ils n’aient pas de grandes préparations à faire, mais il y a moins de remises en question fondamentales à gérer. Dans tous les cas, les chantiers sont ouverts. La question n’est pas de savoir qui travaille le plus fort, mais plutôt qui aura les meilleurs résultats.
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