Chroniques

Les morts veulent qu’on leur redonne leur mois

Depuis quelques années, les morts endurent et refoulent leur colère en pensant que fut volé leur mois pour en faire un pré mois de Noël.

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Chronique Alex Perron | «Les morts veulent qu’on leur redonne leur mois» (Montage Noovo Info) Chronique Alex Perron | «Les morts veulent qu’on leur redonne leur mois» (Montage Noovo Info) (Montage Noovo Info | Envato)

Depuis la nuit des temps (ça, ça veut dire depuis tellement longtemps qu’on ne sait plus quand le tout a débuté), le mois de novembre est celui des morts. Ça commence le 1er novembre avec la fête de la Toussaint. Une fête en mémoire des saints connus et inconnus.

Le lendemain, on célèbre tous les défunts (pas besoin d’être un saint connu ou pas, c’est pour tous les décédés). Et ça ne s’arrête pas là.

Le pape Léon XIII a décidé par lui-même (c’est un pape, il en a le droit) que le mois de novembre au grand complet allait servir à prier pour toutes les âmes qui se sont enfargées les pieds au purgatoire et qui sont coincés là en attendant de se purifier complètement.

Gros contrat, tu me diras.

Faque c’est pour ça que ça prend un gros mois de prières.

Et pour finir le tout, Mère Nature s’en mêle avec la chute des feuilles et le froid, indiquant la mort d’un cycle de saison.

Mais voilà, depuis quelques années, les morts endurent et refoulent leur colère en pensant que fut volé leur mois pour en faire un pré mois de Noël au mois de Noël (officiellement le mois de décembre).

Les morts se sentent rejetés et invalidés dans leur mort intérieur. En fait, je vais être ben honnête avec vous, la rumeur veut que les morts soient en tabarnak.

Pis pas un petit un tabarnak de tous les jours.

Celui des grandes colères. Je sais que j’aurais pu écrire un qualificatif moins vulgaire, mais c’est ce qui résume le mieux l’état psychologique des morts.

Pour ces défunts, ça va faire les lumières criardes, pis la joie. Ils veulent du sombre et du déprimant. Les morts réclament un mois de nuages gris et de la pluie froide.

De la pluie qui tombe en angle de quarante-cinq degrés parce qu’elle est accompagnée d’un vent agaçant qui vous fouette les sourcils. Une humidité qui transperce les vêtements et va chatouiller vos os. Une pluie qui transforme les feuilles au sol en pâte gluante qui peut vous faire faire le grand écart si vous n’êtes pas assez vigilant ou que vous ne portez pas vos bottes de pluie.

Et des feuilles en dégradation qui dégagent cette douce odeur de chien mouillé qui s’est roulé dans un marécage au fin fond des bois.

Les morts veulent qu’on déprime parce qu’il fait noir à 16 h 30. Une nuit noire et sans la lumière réjouissante d’une maudite guirlande multicolore qui flashe sur la gouttière de votre maison.

En novembre, une gouttière de maison, c’est un long conduit de métal aux extrémités bouchées par des nids d’oiseaux, alors que les volatiles, eux, sont partis au vent qui est trop fort.

Aux fenêtres des maisons, les âmes en peine ne veulent pas voir des arbres de Noël précoces. Ils veulent voir des enfants qui pleurent en regardant dehors parce que leur piscine est fermée pour l’hiver et que leurs amis ne sortent pas, parce que c’est la nuit sur l’heure du souper.

En novembre, il faut fuir l’odeur de cannelle comme la peste. En fait, la cannelle, c’est la peste. Tout ce que votre café se doit d’accepter qu’on lui ajoute, c’est de l’alcool fort pour passer à travers le mois.

Pas de canneberges, seulement des raisins secs flétris. Et la soupe à l’oignon qui crie au pâté à la viande : « Décâlisse au mois au décembre. » La raclette fait fondre son fromage sur les petits bonhommes en pain d’épices pour les noyer.

Les seules bûches que les morts veulent voir en novembre, ce sont celles qui servent à brûler des sorcières. Pas celles en crème glacée avec un p’tit sapin et une hache en plastique rouge su’l dessus.

Tu peux mettre ton bonhomme de neige gonflable sur le ton terrain, mais à la seule condition qu’il soit noir avec des yeux rouges qui clignotent et qui fait peur au camelot du quartier.

En novembre, les corbeaux ont le droit d’attaquer ta couronne de Noël sur ta porte d’entrée et de la déchiqueter. C’est leur mois.

À la radio, juste des tounes déprimantes des Cowboys Fringants, Francis Cabrel, Lorde et les chansons de séparation de Taylor Swift.

Les morts nous lancent un ultimatum. Si le mois de novembre ne leur est pas rendu dans les plus brefs délais, ils nous promettent un Noël vert.

UN NOËL VERT. Soyez prévenus.

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