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Les francophones discriminés par leur accent lorsqu’ils parlent anglais

Une peur que plusieurs soupçonnaient… et qu’une étude récente confirme.

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Chronique Jean-François Daoust | «Les francophones discriminés par leur accent lorsqu’ils parlent anglais» (Image tirée de La Presse canadienne et montage Noovo Info) Chronique Jean-François Daoust | «Les francophones discriminés par leur accent lorsqu’ils parlent anglais» (Image tirée de La Presse canadienne et montage Noovo Info)

Une peur que plusieurs soupçonnaient… et qu’une étude récente confirme. L’accent québécois est associé à moins d’intelligence, moins de compétence, etc., par les Canadiens anglais.

Beaucoup de Québécois ont l’impression qu’un accent francophone lorsqu’ils parlent anglais constitue un handicap. Je l’ai personnellement vécu, tant au Québec (McGill) qu’à l’international (University of Edinburgh, Harvard, Yale).

Que ce soit en entrevue, au travail, ou encore pour un politicien qui tente de courtiser des électeurs, il est facile de s’estimer moins crédible ou simplement moins compétent lorsqu’on ne parle pas dans sa langue maternelle.

Mais le Canada est un pays bilingue. Le français fait partie du paysage politique. Doit-on s’attendre à ce que les anglophones discriminent en fonction de l’accent, en particulier un accent francophone? La diversité linguistique de ce pays officiellement multiculturel serait-elle source de préjugés discriminatoires contre les francophones?

Une nouvelle étude dans l’excellente revue académique Nations and Nationalism vient jeter un sérieux pavé dans la mare en offrant une réponse: oui, les Québécois sont discriminés.

Une méthodologie béton

La chercheuse Florence Laflamme et le chercheur Philippe Chassé ont, comme en médecine, assigné aléatoirement différents groupes expérimentaux. Au lieu de prendre une pilule, le traitement est le suivant : une écoute d’un enregistrement audio, en anglais, d’un leader politique avec exactement les mêmes mots dans le message.

La clé, c’est que deux éléments variaient : (1) le nom du leader politique était soit francophone ou anglophone (Jean-François Bélanger versus Scott Anderson) et (2) l’accent (canadien anglais standard versus québécois).

Ce devis permet de garder tout le reste constant et d’isoler l’effet causal du nom et l’accent francophone des Québécois lorsqu’ils parlent en anglais sur plusieurs perceptions comme la compétence perçue du leader, à quel point il représente les canadiens, etc.

Devrait-on obliger les commerces à diffuser de la musique uniquement francophone? Nos débatteurs : Victor Henriquez, Catherine Beauchamp, Maude Goyer et Jacinthe-Eve Arel.

Des résultats clairs: l’accent francophone discriminé

Dès qu’il parle avec un accent québécois, le candidat est perçu comme:

  • Moins intelligent (!)
  • Moins compétent
  • Moins sympathique
  • Moins bon candidat pour être premier ministre
  • Moins bon représentant en général
  • Et j’en passe…

Autrement dit, ce ne sont pas les idées politiques ou les propositions de politiques publiques qui sont sanctionnées. Ce n’est pas sa personnalité. Car tout ceci est identique.

C’est bel et bien l’accent québécois qui dérange.

Il ne s’agit pas d’une anecdote (comme la façon dont Stéphane Dion, Pauline Marois et plusieurs autres ont été ridiculisés pour leur accent), mais d’une étude expérimentale, conçue précisément pour isoler l’effet de l’accent.

Dans un pays qui aime se présenter comme un modèle de diversité et d’inclusion, la conclusion est dérangeante: parler l’anglais avec un accent québécois est source de préjudices.

Le bilinguisme… à condition de sonner anglophone?

Le Canada célèbre officiellement le bilinguisme. En théorie, il y a deux langues officielles (l’anglais et la traduction simultanée, dit-on sur la colline parlementaire à Ottawa). En pratique, c’est souvent difficile de pouvoir parler français au Canada et maintenant, nous savons que le parler peut être accompagné de préjudices.

Évidemment, cette recherche ne démontre pas que tous les Canadiens anglais entretiennent un biais contre les francophones. Elle montre plutôt qu’à compétences égales, un accent québécois entraîne une pénalité auprès d’une partie importante de l’électorat anglophone. C’est précisément ce que l’on appelle de la discrimination.

L’implication des résultats de cette étude est claire: vous pouvez être francophone, mais seulement si cela ne s’entend pas trop.

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Jean-François Daoust

Jean-François Daoust

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Professeur de science politique