Soulignez-vous la Saint-Valentin? En regardant les vitrines de boutiques pleines de cœurs rouges, je me suis demandé si on croyait encore au romantisme, à l’amour — ou si on faisait semblant? Les chocolats, les fleurs, les bijoux, les soupers aux chandelles… Est-ce rendu trop cliché?
Il me semble que la Saint-Valentin est devenue une fête archi commerciale, vide de sens, l’apogée du marketing clinquant. Ou alors, est-ce moi qui ai le conte de fées usé?
Et pourtant. Selon une recherche menée par Chiara Piazzesi, professeure du département de Sociologie de l’UQAM, dont les résultats viennent tout juste d’être rendus publics, nous sommes encore romantiques.
Oui, oui!
Lors d’entretiens personnalisés menés auprès de 50 personnes issues d’un vaste échantillon de plus de 4000 participants, 84 % d’entre elles se sont dites «romantiques». Peu importe l’âge, le genre, le statut relationnel, l’orientation.
«Ce fut une surprise, explique la chercheure à la tête de l’étude, parce que la première étape du projet a montré un recul évident des croyances centrales à l’amour romantique. Par exemple, on croit beaucoup moins aux coups de foudre, à un seul amour pour toujours, un amour qui triomphe de tout, qui arrive une seule fois dans la vie…»
La fin des clichés
Les grands mythes, donc, reculent. Cette idée qu’il n’existe qu’une «âme sœur», comme un « signe du destin », perd du terrain.
Selon l’étude, près d’une personne sur trois indique prendre ses distances par rapport aux clichés romantiques traditionnels tout en reconnaissant qu’il est important de continuer à faire plaisir à l’autre.
On trouve la Saint-Valentin trop commerciale ; mais on aime recevoir des fleurs. On aime se moquer des petits surnoms entre amoureux ; et on les utilise tout de même. On choisit de se fiancer ou de se marier en sachant très bien qu’une séparation est possible.
C’est comme si on était plus lucide face à l’amour avec un grand A — mais on n’est pas cynique pour autant.
«Plutôt que de se promettre l’éternité, on préfère se dire “ici et maintenant” et s’engager, se dévouer, dire à l’autre “c’est toi qui comptes”», explique Chiara Piazzesi. «Il y a clairement un glissement.»
Petites attentions
Mais alors, ça veut dire quoi, être romantique en 2026 ?
C’est là que l’étude sur les idéaux amoureux et intimes devient franchement intéressante : on s’éloigne d’Hollywood, des gestes spectaculaires, des déclarations publiques, des contes de fées.
La recherche démontre qu’approximativement quatre personnes sur cinq privilégient les petites attentions du quotidien, celles qui disent « je pense à toi, tu comptes pour moi ». Parmi les gestes mentionnés par les répondants : cuisiner le plat préféré de l’autre, déneiger la voiture avant qu’il parte au boulot, exécuter une tâche qu’on sait que l’autre déteste, apporter un café, se texter « bonne nuit » si on est séparé…
On est loin du bouquet de roses et de la boîte de chocolats!
«C’est fascinant, car on romantise la routine, dit Mme Piazzesi. La routine n’est plus le tombeau de l’amour ou de la passion. On comprend en fait que c’est l’absence d’intentionnalité qui tue l’amour.»
On parle donc de romantisme, de cuisine, de stationnement, de messages texte.
Ensemble, simplement
Près de la moitié des répondants évoquent l’importance du « temps de qualité », soit cette propension à créer des moments spéciaux. Et encore une fois, cela n’a pas besoin d’être extravagant: planifier un apéro, faire l’épicerie à deux, organiser un pique-nique, réserver une escapade.
Et parfois, c’est juste le fait d’éteindre les écrans — et d’allumer les chandelles au souper.
«C’est injecter un peu d’extraordinaire dans l’ordinaire», glisse la professeure.
On pourrait trouver ce romantisme un peu plate, un peu beige. Mais ce qui me frappe, c’est que ce romantisme-là s’ancre dans la réalité, dans le quotidien.
On sait que l’amour peut être fragile (d’où le taux de séparation au Québec), que la passion rend vulnérable et que les histoires à l’eau de rose sont éphémères, irréalistes.
Féminisme et diversité
Mais cette étude révèle un nouveau romantisme. Et je pense que les mouvements féministes ont contribué à ce virage. Ils ont rappelé que le romantisme traditionnel peut masquer des inégalités. Aussi, les personnes issues de la diversité (sexuelle et relationnelle) ont permis d’élargir les horizons. On ne met plus d’étiquette.
Résultat? On s’éloigne peu à peu des vieux modèles poussiéreux liés à l’hétéronormativité et à l’exclusivité.
J’ai l’impression que le romantisme devient plus personnel, plus mature, plus conscient aussi.
Ce n’est plus de la performance sociale — c’est plutôt une attention, une intention.
On croit davantage à la personne qui écoute qu’au prince charmant. On cherche davantage la personne disponible, présente, avec qui on peut faire l’épicerie et avoir du fun que l’âme sœur parfaite.
Sommes-nous encore romantiques? On dirait que oui. Un romantisme avec moins d’illusions et plus de «comment tu vas» authentiques.
Ce ne sera peut-être pas digne d’un film. Mais c’est peut-être garant d’une relation.
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