Je ne sais pas pour vous, mais moi, une fois aux deux ans, je deviens un fou furieux des sports olympiques. Été comme hiver. Peu importe le sport, je me transforme en amateur féroce et en spécialiste de toutes les disciplines.
Je n’ai même pas besoin de connaître tous les règlements. C’est secondaire. Je suis le médaillé d’or des gérants d’estrade. L’important, c’est d’être investi devant son téléviseur en mangeant des chips et en buvant une liqueur brune.
Je commente à voix haute même si je suis seul dans mon salon. On passe par toute la gamme des émotions. L’espace de deux semaines, des millions de Canadiens vibrent à l’unisson. Nous sommes derrière nos athlètes et comme une mère poule assise sur un banc d’aréna, on gueule : on est ben fier de vous autres. Ne lâchez pas ! L’important c’est de participer, mais les médailles, c’est le fun aussi. Go, médaille, go.
Chaque fois que je regarde les Olympiques, je me dis toujours la même chose : et si moi, j’avais persévéré dans un sport, aurais pu-je me rendre aux Jeux olympiques et monter sur la plus haute marche du podium ? Pleurer ma vie en faisant semblant de croquer dans une médaille d’or ?
Enfant, j’ai fait tous les cours de natation. Il ne me restait qu’un cours pour devenir sauveteur, mais on m’avait dit d’attendre un an parce que j’étais petit. Pas en âge, mais en grandeur. Le problème, c’est que je n’ai pas grandi l’année suivante. Ça m’avait mis en tabarnak de me faire refuser une deuxième fois. Alors, pour apaiser ma colère et aussi par orgueil, j’avais décidé de m’inscrire au judo. Et le judo asséchait moins les cheveux. Que voulez-vous, j’étais déjà coquet.
Mais revenons à la natation. J’étais rapide. J’avais du souffle. J’étais une petite personne, mais avec des poumons de Goliath. Peut-être que si mes jambes avaient coopéré et grandi, j’aurais pu devenir champion du crawl. De la nage papillon. Le King du 1500 mètres. Un entraîneur aux yeux de lynx aurait vu mon potentiel et m’aurait pris dans sa gang de jeunes espoirs olympiens nautiques. Si je ne m’étais pas laissé abattre par une madame trop zélée sur ma grandeur, j’aurais sauvé des vies à la piscine de Beauport et je serais aussi devenu celui qu’on surnomme : le dauphin des podiums. Le rapido Speedo canadien.
Même chose pour le judo. Si l’appel de l’improvisation et du théâtre ne s’était pas manifesté peut-être que j’aurais poursuivi après ma ceinture bleue. Au lieu de vouloir faire rire, je serais devenu la terreur du tatami. Celui qui vous met au sol en moins deux qui vous maintient là sans espoir de vous relever. Un Harai Goshi suivi d’un Kesa Gatama. Dans les coulisses des compétitions mondiales, on m’aurait surnommé : le nabot judoka. Le petit faucheur à la hanche mobile. Et mon cri aigu (pour aller avec ma voix) accompagnant chacune de mes prises aurait été légendaire. De jeunes judokas partout dans le monde auraient eu ce son strident comme sonnerie de cellulaire, mais aussi comme source de motivation. Le cri de la victoire. Mais à la place, j’ai été champion d’impro. C’est très valorisant aussi. Mais ce ne sont pas les Olympiques.
Peut-être aussi que je n’aurais pas eu le talent requis pour me rendre quelque part dans le monde pour compétitionner avec d’autres athlètes de haut niveau qui pratiquent le même sport que moi. Mais on dirait que j’aime mieux penser le contraire. J’aime mieux me faire croire que mes performances légendaires m’auraient amené à avoir ma face sur un timbre de Poste Canada et à avoir ma statue au terminus d’autobus de Beauport. Never surrender comme dirait Corey Hart.
J’aurais été le nabot judoka en Speedo des podiums.
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