Cette semaine, je vous raconte une histoire de maison hantée. Et pas le genre d’histoire qui se déroule dans une maison abandonnée à la lisière d’un cimetière lugubre et isolé. Un lieu tellement silencieux qu’on peut entendre le vent siffler entre les plumes d’une corneille bien assise sur la clôture en fer rouillé de la porte du cimetière.
Oh non!
Nous sommes en plein cœur de la banlieue. Été 1989. Tout ceci avait commencé comme une sombre rumeur. Il y aurait un appartement hanté sur la rue Monseigneur-Gauthier à Beauport. Dans un quadruplex plus que banal. Sur une rue passante, mais sans grand attrait. On dirait presque une version locale du célèbre film américain Poltergeist de 1982.
Les faits : Dans un des appartements du rez-de-chaussée, depuis quelques semaines déjà, les locataires avaient commencé à entendre des bruits sourds dans les murs. De forts craquements. On frappait sur les cloisons. Comme si quelqu’un de colérique passait sa rage sur les murs.
Le tout avait même causé des fissures dans le revêtement du salon et de la cuisine. La structure de l’immeuble en avait pris pour son rhume. Chaque soir, c’était le même manège. Les locataires de l’appartement, un couple, et leurs voisins de palier étaient terrorisés. On le serait à moins.
La police de Beauport était allée sur les lieux à la demande des locataires. Les agents de la paix n’avaient rien trouvé pour expliquer le vacarme. Mais un policier avait juré avoir vu un lit léviter sans aucune explication. Des experts en bâtiments et même le monsieur du gaz étaient allés faire leurs enquêtes et personne n’avait pu expliquer le concert de coups qui se donnait en spectacle chaque soir.
L’histoire prenait de l’ampleur et il y avait eu un reportage à Télé-Métropole Québec (TVA). Et pendant que le journaliste posait ses questions à la locataire, il y avait eu un grand coup dans le mur derrière elle. Comme dirait monsieur Tisseyre : fascinant.
Mais la chose la plus trippante dans cette histoire c’est que j’habitais la rue perpendiculaire. J’étais à quelques mètres de la maison des coups comme on l’appelait dans le coin. Comme je m’intéressais déjà aux phénomènes paranormaux à l’époque, c’était fête au village des entités pour moi.
Pendant quelques semaines, chaque soir, je passais devant la maison en tendant l’oreille, avec l’espoir d’entendre un bruit percutant. Et je n’étais pas le seul. C’était le même manège tous les soirs. Vers 19h, plusieurs curieux passaient devant la maison. Les gens s’arrêtaient au pied de la galerie où souvent la dame de l’appartement était assise parce qu’elle ne voulait plus assister aux séries de coups dans ses murs. Elle ne pouvait tolérer tout ça.
Moi, je restais un peu en retrait. Non pas parce que j’avais peur, mais plutôt parce que je ne voulais pas passer pour une commère de Beauport. Mais ce n’était pas l’envie de m’approcher qui manquait. J’avais déjà l’âme d’un ghostbuster.
Et un soir, comme à l’habitude, je suis allé prendre ma marche de fantômes à la maison des coups. C’était tout de suite après un gros orage, alors il n’y avait que deux autres madames et moi devant le quadruplex.
La locataire était assise, comme à son habitude, sur sa chaise d’extérieur. Et c’est là qu’elle nous a dit: «Voulez-vous entendre?» Je me suis dépêché de dire oui. Les deux madames elles, ont rapidement quitté les lieux. J’imagine que leur réponse était non.
La dame s’est levée et a ouvert la porte de son appartement. Moi, je me suis approché le plus près possible de la première marche des escaliers. J’ai ouvert mes pavillons d’oreille à leur maximum. J’étais crissement fébrile. Je crois que ça a pris une dizaine de minutes et là, trois grands coups ont résonné dans le corridor tout près de la porte d’entrée.
Boum-boum-boum!
J’ai sursauté et reculé d’au moins trois pas. J’avais la chair de poule. Une espèce de mélange de peur, d’excitation et de curiosité. La dame a refermé la porte et elle m’a simplement dit: c’est de même chaque soir.
C’était-tu des entités, le chum de la dame ou le gars des vues que j’ai entendu, je ne le sais pas. Mais c’était le fun en maudit. Je n’en ai pas dormi de la nuit. Je ne faisais que repenser à mes trois coups de la maison des coups.
Le festival des coups a été à l’affiche pendant plusieurs semaines. Le tout s’est arrêté net quand les locataires sont partis. Le bloc appartement est resté presque désert pendant longtemps. Plus personne ne voulait aller habiter dans la maison des coups.
C’était le quadruplex hanté de Beauport.
La rumeur disait que les locataires faisaient des rituels sataniques. Une autre rumeur disait que c’était eux qui faisaient tous les sons. Des charlatans des fantômes. Ou encore que c’était une nappe de gaz souterraine qui faisait vibrer la maison. La musique du Festival d’été de Québec qui était trop forte ? On ne le sait pas. Bref, on n’a jamais su le fin fond de l’histoire.
Mais ça donne une sapré belle histoire de peur. Ça pourrait même faire un ben bon scénario de film fantastique. Je vais faire signe à mon ami chez KOtv.
Louis?
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