Chroniques

Le problème avec le vouvoiement obligatoire à l’école…

Voici quelques réactions de profs, qui illustrent bien les «trous» de la consigne.

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maude goyer vouvoiement (Montage Noovo Info | La Prese canadienne)

«Vous». C’est un tout petit mot qui, à en croire le ministère de l’Éducation, pourrait régler les enjeux de civisme, d’intimidation et de violence dans les écoles. La mesure fait hurler les enseignantes qui jugent en avoir (déjà) plein les bras.

Depuis le 1er janvier, dans toutes les écoles publiques et privées du Québec, les élèves doivent vouvoyer le personnel scolaire et s’adresser aux adultes en utilisant «monsieur» et «madame».

Cette mesure, qui devra faire partie des codes de vie des écoles, fait partie d’une volonté d’instaurer plus de civisme et de respect dans tous les établissements scolaires. Et des sanctions doivent être prévues pour les récalcitrants, cela peut aller de l’avertissement à la suspension.

C’est aussi dans le cadre de cette nouvelle règle que le téléphone cellulaire est interdit à l’école depuis la rentrée, et ce, dès que les élèves mettent le pied sur le terrain de l’école.

Sauf que, contrairement aux deux premières mesures, plutôt accueillies favorablement par les profs, la mesure sur le vouvoiement est décriée.

À quoi ça sert au juste, se demandent plusieurs d’entre eux, à travers le Québec?

Voici quelques-unes de leurs réactions, qui illustrent bien les «trous» de la consigne.

Un faux problème

«Il y aurait bien des choses à mettre en place avant le vouvoiement. Par exemple, plus d’aide aux enfants à besoins particuliers, plus d’encadrement face à l’intimidation, plus de moyens pour le soutien scolaire. Les profs en ont déjà plein les bras et maintenant, on leur rajoute une nouvelle tâche!» — Marie-Eve, éducatrice, Pierreville

«Il y a plus important à gérer: le manque de ressources et de services… Il ne faut pas oublier que le vouvoiement n’apportera pas le respect et ça ne réglera pas les violences verbales et physiques.» — Vanessa, ergothérapeute, Prévost

«Le respect ne se décrète pas. Il se construit dans les liens, dans la cohérence, dans la présence adulte et dans le sentiment de sécurité. Pas dans un règlement linguistique. On manque de moyens, de temps, de soutien et de bras.» — Marie-Claude, enseignante et spécialiste du comportement des enfants, Brossard

Impossible à imposer

«Le vouvoiement n’enseigne pas le respect. Le jour où un élève voudra envoyer promener son prof, il ne dira pas “Monsieur, allez donc chier”: ça sortira simplement “va chier”. Le respect se joue dans l’intention et la manière de parler, pas uniquement dans le choix des mots ou du pronom.» — Sabrina, Montréal

«Je me suis fait insulter et lancer des chaises par des élèves qui m’appelaient “madame” et me vouvoyaient… Ça n’a rien à voir.» — Camille, enseignante, Laurentides

«J’enseigne depuis 30 ans. Le respect se construit par un cadre clair, une cohérence, une bonne communication et un sentiment de justice. Le vouvoiement peut donner une apparence de politesse, mais s’il est imposé, il peut créer une distance qui nuit à la relation élève-prof.» — Michèle, professeure, Montréal

«C’est de l’ingérence. Il me semble que ça devrait être à la discrétion de l’enseignant et non au gouvernement de décider de ça!» — Isabelle, professeure, Montréal

Une barrière

«On apprend aux enfants à vouvoyer les adultes qu’ils ne connaissent pas. Mais un prof que tu côtoies, tu le connais. Il me semble que dans ce cas, le “vous” installe une distance.» — Marie-Josée, enseignante, Montréal

«Dans le milieu du travail, on entend souvent : “Ah, tu peux me tutoyer”. Mais on demande aux enfants l’inverse de ce qu’on valorise dans le monde des adultes.» — Christine, éducatrice au service de garde, Granby

Sans mode d’emploi

«Ils font ça en plein milieu de l’année… Ça ne peut pas être plus mélangeant pour les enfants, surtout les plus jeunes!» — Karine, enseignante, maternelle

«Comment on l’applique? Qui surveille? On ne va quand même pas avoir une police du vouvoiement!» — Marie-Julie, aide à la classe, Laval

On peut bien forcer les élèves à vouvoyer. Mais je préférerais qu’on parle de persévérance, de réussite, d’aimer l’école, de sécurité, de bien-être mental et physique. L’école, c’est un filet de sécurité.