Depuis sa naissance québécoise, le mouvement souverainiste ajuste — sans pour autant renier son dessein — son argumentaire au gré des conjectures ambiantes.
Rien de surprenant, ni moralement répréhensible, la politique constituant une guerre de tranchées sans merci.
C’est ainsi qu’aura été successivement plaidée la nécessité de l’affranchissement du cadre colonial canado-britannique.
De s’inscrire à même la tornade de décolonisation afférente à l’autodétermination des peuples.
De tirer son épingle du jeu en pleine mondialisation.
De sortir du Canada «puisqu’il y souffle un fort vent de droite».
De s’éviter l’injustice systémique provoquée par le déséquilibre fiscal.
Bref, la panoplie des arguments invoqués aura, force est d’admettre, épousé un fil d’Ariane contextuel.
À charge de redite, aucune matière à objection, si tant est que l’éthos du mouvement demeure. Qu’il poursuive, en d’autres termes, l’objet essentiel du projet, que l’ajustement proposé ne dénature en rien l’idée d’une indépendance assumée.
Or, à cet égard précis, les récentes déclarations respectives des chefs péquiste et bloquiste ont, à cet égard précis, de quoi faire défriser le plus convaincu des chevelus.
D’abord, Paul St-Pierre-Plamondon qui, en dévoilant les grandes lignes de son livre bleu sur un Québec souverain, affirme que ce dernier devra «aligner ses politiques économiques et militaires sur celles des États-Unis, malgré la guerre tarifaire menée par Trump».
Vous avez bien lu.
J’ai bien hâte de voir ainsi l’armée québécoise débarquer dans une valeureuse mission américaine de cassage de jambes, afin d’extirper d’autres peuples de leur indépendance nationale et de saccager leur intégrité territoriale respective. Il nous sera ainsi loisible, comme Chihuahua de la Maison-Blanche, de se mettre nous aussi, à travers le popotin, l’entièreté des pays européens, de l’OTAN et du G7.
Idem, il va de soi, pour le «reste» du Canada, pourtant le partenaire commercial le plus naturel. Brillant, surtout que des déclarations du genre risquent fort de compromettre les appuis nécessaires, tant à l’international qu’à Ottawa, afin d’obtenir la reconnaissance diplomatique névralgique, celle de la France, notamment, à une entrée potentielle à l’ONU.
Plaidant d’abondant, et ajoutant une (généreuse) couche, Yves-François Blanchet lance de son côté que le «fédéralisme canadien constitue une plus grande menace pour le Québec que les États-Unis dirigés par Donald Trump.»
Il précise, sous forme interrogative : «Est-ce que le Québec peut continuer en étant ce qu’il est à accueillir et à échouer l’accueil d’immigrants qui n’apprendront pas le français, qui vont ghettoïser Montréal, qui vont séparer Montréal des régions du Québec, qui vont faire en sorte qu’on accueille les gens dans quelque chose qui n’est plus nous-mêmes?».
Passons outre le moment «Jean Boulet» de Blanchet — curieux néanmoins que seul le premier se soit fait médiatiquement lyncher, malgré le copier-coller des propos — et résumons l’essentiel : les politiques fédérales en matière d’immigration comme plus «dangereuses» pour le Québec que… Donald.
L’ironie étant souvent une invitée non attendue : l’encre de l’article de La Presse fut à peine sèche que l’on assistait à la prise de contrôle américaine du Venezuela (et de ses réserves de pétroles), ainsi qu’une enfilade de déclarations trumpistes en disant long sur ses velléités expansionnistes : invasion prochaine du Groenland, et menaces de faire de même quant à Cuba, Colombie, Mexique et tutti quanti.
Au moment d’écrire ces lignes, d’ailleurs, l’armée canadienne s’apprêtait probablement à rejoindre ses alliés de l’OTAN, en Europe, histoire de se préparer à l’imminence d’une attaque militaire américaine. Mais bon, rien, on l’imagine bien, d’aussi dangereux qu’un néo-québécois peinant à réciter du Charlebois en livrant sa commande Doordash.
Sans rien enlever au burlesque de ce qui précède, la palme de la plus savoureuse contorsion argumentative revient plutôt à Luc-Normand Tellier, prof universitaire, pour ce bijou paru récemment dans Le Devoir, et repris ensuite par l’ineffable Bock-Côté : «S’il doit y avoir un jour absorption du Québec par les États-Unis, on ne pourra laisser Ottawa défendre nos intérêts et il nous faudra négocier cette absorption nous-mêmes. Pour ce faire, il n’y a qu’un seul et unique moyen, et c’est alors d’être souverains.»
Tu parles d’une belle idée: se voter un pays pour se le faire bouffer aussitôt, mais à notre manière. Genre exiger de Donald d’enfiler son préservatif en français, et de faire de la poutine de Primeau le nouveau plat national du Québec conquis.
Think big, s’tie!
On imagine bien, aussi, merci à notre actuel positionnement «stratégique», nos ex-amis de l’OTAN voler dès lors à notre secours.
Quelqu’un sait, au fait, si Yvon Deschamps et Ding et Dong reprennent bientôt du service? Le cas échéant, merci de les aviser de la compétition, féroce.
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