Les révélations visant Patrick Bruel continuent de prendre de l’ampleur en France. Plus d’une trentaine de témoignages ont été rendus publics, plusieurs allégations ont été déposées devant les tribunaux.
Jusqu’à tout récemment, Patrick Bruel niait les allégations portées contre lui et affirmait vouloir maintenir ses engagements professionnels. Or, devant la pression grandissante, il a finalement annoncé la suspension de l’ensemble de ses activités publiques jusqu’à l’automne. Une décision que plusieurs jugent inévitable. La question reviendra toutefois rapidement dans l’actualité. Dans ce contexte, le chanteur ne devrait-il pas simplement mettre sa carrière en pause jusqu’à ce que la situation soit clarifiée ?
Le Québec en exemple
À cet égard, Gestev a pris une décision responsable et cohérente en suspendant indéfiniment les spectacles prévus au Théâtre Capitole de Québec. Le promoteur a ainsi évité d’entraîner son organisation dans un débat public susceptible d’affecter sa réputation et ses relations avec ses différents publics.
Pour justifier sa décision, l’entreprise a affirmé que: «Compte tenu du contexte actuel et de l’impossibilité d’en assurer la promotion, Gestev a décidé de suspendre indéfiniment les spectacles de Patrick Bruel prévus en décembre prochain au Théâtre Capitole.»
Au Québec, le contexte social est désormais très clair. Lorsqu’une personnalité publique fait l’objet d’allégations graves de nature sexuelle, les organisations culturelles et les promoteurs doivent évaluer non seulement les risques financiers associés à leurs événements, mais aussi leur cohérence avec les valeurs qu’ils souhaitent défendre. Plusieurs controverses récentes ont démontré que le public québécois s’attend à ce que les organisations agissent avec prudence dans de telles circonstances.
La décision de Gestev a d’ailleurs obtenu une couverture médiatique importante, notamment parce qu’elle contrastait avec l’approche observée en France. À ce moment-là, peu d’organisations françaises avaient réussi à remettre en question les engagements de l’artiste. Le geste du promoteur québécois a donc contribué à alimenter le débat public et a été suivi par une multiplication des demandes visant l’annulation d’autres spectacles.
Pendant ce temps, Patrick Bruel poursuivait ses activités professionnelles. Pièce de théâtre, concerts estivaux et autres engagements demeuraient à l’horaire. Tout indiquait alors qu’il pensait poursuivre sa carrière de façon relativement normale malgré la gravité des allégations qui circulent à son sujet.
Le Québec a-t-il contribué à faire évoluer la situation ? Il est difficile de l’affirmer avec certitude. Toutefois, environ deux semaines plus tard, l’artiste annonçait la suspension de l’ensemble de ses engagements publics, invoquant notamment le désir de préserver la sérénité des événements auxquels il devait participer.
Il est toutefois raisonnable de penser que plusieurs promoteurs et organisateurs d’événements lui ont fait savoir qu’il leur serait devenu difficile, voire impossible, de maintenir leurs contrats dans les circonstances.
D’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, les organisations doivent prendre des décisions en fonction de leurs valeurs et de leurs responsabilités envers leurs publics. Accueillir dans un événement un artiste faisant l’objet de dizaines de témoignages et d’allégations aussi graves constitue aujourd’hui un risque réputationnel considérable pour toute organisation et un choc contre les valeurs de plusieurs de nos sociétés.
Une pause nécessaire
La justice française devra déterminer si le chanteur est coupable au sens de la loi. Ce travail appartient aux tribunaux et à eux seuls.
Parallèlement, l’opinion publique se prononcera également. Au-delà du verdict judiciaire, chaque citoyen décidera si l’artiste mérite ou non de poursuivre sa carrière. Cette décision relèvera des valeurs, des convictions et du jugement de chacun.
Mais avant ça, il y a un processus qui doit se dérouler et durant lequel aucun festival, théâtre, promoteur ou émission ne devrait donner d’espace artistique au chanteur. Pour éviter des crises, les organisations doivent prendre des décisions claires, sans demi-mesure et qui illustrent leurs valeurs.
Dans une société qui accorde une importance croissante aux questions de violence sexuelle et de responsabilité sociale, on ne doit plus accepter qu’une personnalité publique de poursuivre ses activités comme si de rien n’était lorsque de telles allégations pèsent sur elle. La prudence n’est pas une condamnation. C’est la seule décision responsable et minimalement respectueuse du courage des dénonciatrices.
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