La course à la succession de François Legault est maintenant bien démarrée. On peut essayer d’imaginer l’issue de ce duel. Qui de Bernard Drainville ou Christine Fréchette l’emportera? Difficile de spéculer avec exactitude, mais tout dépendra de la question de l’urne caquiste.
Le début d’une course à la chefferie est souvent le théâtre d’une «guerre de spin» politique. Le spin, c’est quand les experts de la communication politique tentent de faire valoir leur point de vue, leur version de l’histoire auprès des différents influenceurs, par exemple les chroniqueurs et éditorialistes.
Les médias racontent des histoires, et chaque histoire peut être présentée sous différentes perspectives. Qui est le héros de l’histoire? L’antagoniste? La morale de l’histoire? Il y a toujours plusieurs côtés de la médaille. Plus le temps avance, plus il devient difficile d’en changer la trame narrative, qui s’est cristallisée dans l’espace public. Les lancements des candidats, les premiers sondages, les premières chroniques… Tout cela donne le ton.
Distribuer les rôles
Les candidats cherchent à se définir eux-mêmes et à définir l’adversaire. Ils devront se définir et se positionner sur trois axes. D’abord, se situent-ils plus ou moins à gauche ou à droite? Dans son message de lancement, publié sur les médias sociaux samedi dernier, Drainville a appelé à construire et préserver une CAQ de centre droit nationaliste. Fréchette, elle, est moins claire sur cet axe et il serait étonnant qu’elle veuille véritablement embarquer dans la course à qui est le plus à droite.
Deuxièmement, les candidats devront se définir sur l’axe nationaliste ou identitaire. Christine Fréchette a quitté le PQ dans la foulée de la charte des valeurs portée par nul autre que… Bernard Drainville! Comment se positionnera-t-elle sur les questions identitaires? On aurait pu croire difficile pour Fréchette de battre Drainville sur ce terrain, mais l’appui du ministre de l’identité (Immigration, Laïcité et Langue française), Jean-François Roberge, Fréchette a brillamment brouillé les cartes.
Et finalement, ils devront se définir sur l’axe «qui risque le plus de gagner la prochaine campagne électorale»
Appuyée par de nombreux députés et ministres, Fréchette a procédé à un lancement plus grandiose, en région, sur le terrain. Elle voulait donner un grand coup pour démontrer qu’elle est sérieuse et prête. On mise aussi beaucoup sur son expertise économique, un atout précieux dans ce contexte international anxiogène. Christine Fréchette est moins connue, mais ça peut être un atout dans un contexte où on veut essayer d’incarner un certain renouveau.
Bernard Drainville, lui, connaît un départ un peu plus lent. Plus connu, faisant partie du paysage politique depuis de nombreuses années, ça peut être plus complexe d’incarner la nouveauté. Mais il ne faut pas le sous-estimer.
La question de l’urne
Tout cela étant dit, si les membres ont l’impression qu’ils répondent à la question: «Qui ferait le meilleur premier ministre?», il semble, du moins en ce début de course, que Christine Fréchette a un avantage. Cette question axée sur la compétence individuelle favorise la candidate studieuse, qui a fait un sans-faute depuis 2022.
Si au contraire, les membres ont l’impression de répondre à la question «Qui préservera l’âme et l’ADN de la CAQ?», alors il semble que ce soit Bernard Drainville qui soit légèrement avantagé. Fréchette est bon chic bon genre et plaît à un public qui n’est pas nécessairement représentatif du membership de la CAQ. Après tout, après avoir gagné la course à la chefferie, il y aura une élection générale en octobre durant laquelle il faudra additionner si la CAQ ne veut pas se retrouver avec des miettes.
Donc quelle stratégie les membres vont-ils préférer? Eux seuls ont la clé entre leurs mains.
Évidemment, la campagne, les prises de position et les surprises de la course à la chefferie auront un impact et pourront changer le cours des choses.
Les équipes de chefferie voudront donc se battre pour définir la question de l’urne qui avantage le plus leur poulain.
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