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La promesse

Reste que l’assermentation des ministres de Paul St-Pierre-Plamondon aura aussi amené son lot de surprises.

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Chronique Me Frédéric Bérard | «La promesse» (Montage Noovo Info et image tirée de La Presse canadienne) Chronique Me Frédéric Bérard | «La promesse» (Montage Noovo Info et image tirée de La Presse canadienne) (La Presse canadienne)

Bien que l’attention ait été partiellement drainée par un nouvel épisode de Drama Monarchie, reste que l’assermentation des ministres de Paul St-Pierre-Plamondon aura aussi amené son lot de surprises. La plus belle, si on me demande? Celle provoquée par la description du mandat du nouveau ministre de l’Agriculture, Bernard Sévigny.

Sur un ton convaincu, le premier ministre explique:

«Il y a la question également du bien-être animal qui fait partie de nos priorités. On a une volonté, au sein du Parti Québécois, de se pencher sur les standards dans le domaine de l’agriculture au niveau du bien-être et de la manière dont on traite les animaux. Donc, vous aurez ce mandat-là prioritaire.»

S’il en venait effectivement à se concrétiser, on parle ainsi d’un coup de barre autant audacieux qu’impératif, réclamé depuis des années par l’ensemble des organisations pertinentes en matière de bien-être animal.

Quant à savoir si la promesse trouvera écho dans le réel, deux motifs majeurs forcent toutefois le dubitatif.

D’abord, les dernières prises de position du PQ lors de la campagne électorale, lesquelles auront fait, au choix, sourciller ou sacrer. Un sondage mené par la crédible SPCA Montréal, auquel la CAQ et le PCQ brillaient par leur absence, y allait de quelques questions de base.

L’une d’elles : «[Votre parti] souhaite-t-il mettre fin aux interdictions d’animaux dans les logements?» Alors que Québec solidaire et les Libéraux répondent OUI, le Parti Québécois réplique un bête… NON. Surprenant, quand même, sachant une décision récente du Tribunal administratif du logement, invoquant le droit à la vie privée afin d’interdire ladite interdiction, du moins en amont.

L’autre question, maintenant, de style tarte aux pommes : «[Votre parti souhaite-t-il] établir des normes pour que les animaux d’élevage aient assez d’espace pour se tenir debout et se retourner?» Reformulée autrement : «Êtes-vous d’accord pour que cesse, un minimum, la souffrance animale gratuite, injustifiée et injustifiable?»

La réponse de la formation de Paul St-Pierre-Plamondon?

NON.

Qu’ils continuent à souffrir.

NOT.

MY.

PROBLEM.

Deux hypothèses expliquant une réponse autant sadique :

  1. Que l’interlocuteur désigné par le parti - probablement un stagiaire étourdi - ait rempli le formulaire sans avoir lu les questions.
  2. Que le PQ craint la réaction de l’archipuissante (et susceptible) Union des producteurs agricoles du Québec, toujours aux barricades afin de plaider, voire d’imposer, le statu quo quant aux « droits » de ses membres, incluant celui de poursuivre ses pratiques délétères, en matière de traitement des animaux d’élevage. 

Allons-y pour b), hypothèse menant tout droit au deuxième motif suggérant la possibilité, sinon probabilité, que la tâche du ministre Sévigny devienne titanesque : forcer l’UPA à se délester d’un privilège de marque, celui où ses membres déterminent eux-mêmes les normes auxquelles ils sont, légalement parlant, assujettis.

Pas de farce.

Selon la Loi sur le bien-être animal, adoptée à l’unanimité de l’Assemblée nationale en 2015, il sera ainsi convenu que les pratiques d’élevage seront élaborées par… les principaux intéressés. Un peu comme si le domaine pharmaceutique établissait les règles, en termes de santé publique, applicables à son industrie.

Commode, quand même.

ANALYSE | St-Pierre Plamondon présente son Conseil des ministres Notre collaborateur Alain Rayes revient sur le dévoilement du premier Conseil des ministres de Paul St-Pierre Plamondon, composé de 22 membres. Le nouveau premier ministre a-t-il procédé à des nominations surprises? Plusieurs ministres ont des responsabilités fusionnées, quel genre de défi cela représente-t-il?

Ce qui fait qu’au Québec, à l’exception des agriculteurs empathiques, les coutumes les plus barbares se poursuivent de plus belle, sans intervention étatique possible, le code de conduite du justiciable ayant été adopté par le justiciable lui-même.

Des exemples? Des poules inutilement en cage, des truies en stalle de gestation en permanence, et des vaches en stabulation entravée. Toutes des pratiques sur le point de disparaître en Europe, merci au courage des législateurs de l’UE.

Et celui de Bernard Sévigny? Donnons la chance au coureur. Mais sachant que l’UPA considère traditionnellement le ministre de l’Agriculture comme « son » ministre, disons qu’il y a loin de la coupe aux lèvres.

Un peu d’espoir, cela dit. En 2024, son collègue Pascal Bérubé, ami des animaux, proposait de créer une agence indépendante responsable du bien-être animal, invoquant dès lors l’évidence: le conflit d’intérêts du MAPAQ, chargé simultanément de promouvoir l’industrie et d’inspecter ses dérives. Ladite agence, de plaider Bérubé, jouirait d’un pouvoir d’enquête et relèverait non plus d’un ministre tenu en laisse par l’UPA, mais bien directement du ministère de la Justice. Impossible d’être davantage en accord.

Dixit Ricky Gervais, infatigable militant végan : «les animaux n’ont pas de voix pour se faire entendre, pour se défendre. Mais moi, oui. Et j’en ai une crisse de grosse!»

En espérant que Bérubé, et sûrement d’autres de ses collègues, imite l’icône de l’humour britannique.

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