Allemagne, 1933. Des étudiants pro-Hitler s’attaquent à l’Institut de recherche en matière sexuelle, de Berlin. fondé par le sexologue juif Magnus Hirschfeld, chercheur-précurseur quant aux questions d’identité et de transition médicale. On y brûle l’ensemble de sa bibliothèque, effaçant traces, études et symboles afférents et envoyant un message sans équivoque: la chasse aux diversités sexuelles et de genres.
États-Unis, 2026. Après plus d’un an au pouvoir, le bilan de Trump 2.0, au même effet, est tout autant limpide. Les Américains, au contraire des Allemands de l’époque, auront toutefois été avertis.
Par le Projet 2025, d’abord, annonçant le potentiel, sans fin, des mesures liberticides visant la communauté. La campagne électorale présidentielle, ensuite, où des tonnes de frics sont englouties par le candidat républicain à même des publicités anti-transgenres, montants d’ailleurs plus substantiels que ceux alloués aux pubs sur le logement, l’économie, et même l’immigration. C’est dire.
Trump ira aussi jusqu’à prétendre — évidemment à tort — que certaines écoles pratiquent des opérations médicales de transition sans l’approbation parentale[1].
Bon.
La Cour suprême américaine, dans Bostock v. Clayton County, empêche pourtant, en vertu du Civil Rights Act de 1964, de discriminer l’employé, voire de le congédier, sur la base de son identité sexuelle ou de genre. Voilà qui laissait envisager, on le souhaitait du moins, une protection constitutionnelle pouvant s’étendre, logiquement, à d’autres sphères d’activité que l’emploi.
Mais Donald, bien entendu, ne peut s’interdire l’interdit. Une multiplication de décrets, donc, dès lors son arrivée au pouvoir:
- L’ensemble de la documentation fédérale, incluant les visas et passeports, refuse dorénavant le choix individuel du genre, et oblige au sexe attitré à la naissance. La validité du décret vient d’être reconnue par la Cour suprême, de laquelle on salue le caractère spectaculaire de sa volte-face, particulièrement à un si bref intervalle.
- La privation des soins médicaux pour les transgenres détenus dans les pénitenciers.
- L’abrogation de toutes politiques fédérales antérieures respectueuses du droit de ceux-ci.
- Le retrait de l’ensemble de la documentation du Centers for Disease Control and Prevention, Food and Drug Administration et du Department of Healt and Human Services référant, de près ou de loin, aux questions de genre. Ceci aura même amené les tribunaux à intervenir, afin d’empêcher l’épuration style 1984.
- L’expulsion des militaires trans de l’armée, leur identité de genre «entrant en conflit avec leur engagement à agir de manière honorable, loyale et disciplinée, incluant dans leur vie personnelle». Malgré une (autre) ordonnance judiciaire visant à interdire leur congédiement, l’administration Trump poursuit ses manigances afin d’arriver à ses fins, affublant maintenant ses soldats trans de «menaces à la sécurité nationale». On leur refuse, d’ailleurs, toute forme de compensation de fin d’emploi, incluant le bénéfice à un fonds de retraite pourtant dûment gagné.
- Offrir des récompenses financières à toute personne fournissant des informations pouvant mener à l’identification et l’arrestation «activistes assurant la promotion de l’idéologie radicale du genre», et inscrire ceux-ci sur la liste des groupes terroristes.
Comme un poisson pourrit initialement par la tête, c’est sans surprise que divers États ont, par la suite, suivi l’exemple donné.
On pense notamment au Texas et à la Floride, interdisant l’accès aux toilettes publiques, au Michigan souhaitant prohiber toute forme de pornographie trans en ligne, et au Kansas, lequel vient tout juste d’adopter une loi invalidant les permis et certificats de naissance ne correspondant pas au sexe assigné à la naissance.
Alors voilà, en quelques lignes, un trop bref état des lieux, d’ailleurs parfaitement non exhaustif. Les personnes transgenres, donc, comme ennemis de la nation, et pierres d’assise involontaires d’une guerre culturelle autant absurde qu’infecte.
Quid du Canada et du Québec?
Le mouvement a nombre d’adeptes, il suffit de jeter un œil à certaines chroniques, à l’utilisation de la disposition dérogatoire par quelques provinces afin de retirer à la communauté quelques droits pourtant fondamentaux, ou encore à l’instrumentalisation d’une panique morale artificielle par divers politiciens québécois, Paul St-Pierre-Plamondon en tête, lequel ayant déclaré que «personne ne le contraindra à appeler une personne non binaire “Mx”, tout en s’objectant des toilettes mixtes, phénomènes provoqués et imposés, selon lui, par la “gauche radicale”»[2].
Question simple, si on permet, à ces mêmes bullies: en quoi ce qui se trouve à même les bobettes d’autrui vous concerne, au fait?
Merci bien.
[1] Rand, Erin J. (August 7, 2025). “Affective weapons: targeting trans youth through paternalistic rhetorics of care”. Communication and Critical/Cultural Studies.
[2] https://www.ledevoir.com/opinion/idees/798127/idees-identite-genre-chef-pq-trahit-il-heritage-parti?
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