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Irak, Iran, mensonges

«C’est parce que les mensonges, de par leur nature même, doivent être modifiés, et donc un gouvernement menteur doit constamment réécrire sa propre histoire.»

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Chronique Me Frédéric Bérard | «Irak, Iran, mensonges» (Crédits: image tirée de l'Associated Press et montage Noovo Info) Chronique Me Frédéric Bérard | «Irak, Iran, mensonges» (Crédits: image tirée de l'Associated Press et montage Noovo Info)

D’aucuns se souviennent, avec d’ailleurs un certain degré de précision, de la campagne de relations publiques menée par Georges W. Bush et son cabinet afin de convaincre, tant bien que mal, les forces occidentales, sinon l’ONU, de renverser le régime de Saddam Hussein. L’Irak, baratinaient-ils alors, détient en sa possession des «armes de destruction massives».

Lesquelles? Pas clair, mais qu’importe: Colin Powell, alors Secrétaire d’État, allait exhiber en plein comité la preuve ultime, soit une éprouvette soigneusement emplie de poudre de perlimpinpin. Savoureuse blague, détectable à distance, par un enfant de 4 ans. D’autant plus que les inspecteurs de l’ONU, forts d’une résolution de celle-ci visant à évaluer si lesdites armes existent bel et bien, revinrent bredouilles.

Mais bon. Ce n’est pas parce qu’on ne trouve pas qu’elles n’existent pas, hein ? Alors go, les gars, on y va. Merci au Royaume-Uni, Espagne et autres alliés américains, l’invasion de l’Irak se déroule ainsi en pleine contravention du droit international, l’acte de légitime défense demeurant sans preuve. Mieux: des enquêtes post-invasion confirment ce que tous savaient, incluant les ti-culs de 4 ans: l’ex-régime de Saddam ne possédait aucune des armes prétendues.

États-Unis, le 25 juin 2025. La Maison-Blanche tonne: les infrastructures de l’Iran propres à la production du nucléaire ont été anéanties, merci à l’opération Midnight Hammer. Toute suggestion à l’effet contraire constitue une fake news.

La journée de l’attaque, le samedi 28 février, le président est sans équivoque : parce que l’Iran refuse de renoncer à ses ambitions nucléaires, et développe simultanément des missiles à longue portée menaçant les É.-U. et ses alliés. Tant pis si la veille, le médiateur principal entre l’Iran et les États-Unis, le ministre des Affaires étrangères d’Oman, Badr al-Busaidi, affirme qu’un accord est « à portée de main ». Tant pis aussi si la Defense Intelligence Agency conclut à l’impossibilité qu’un missile iranien ne puisse, avant 10 ans, atteindre les rives américaines.

Le lundi, contredisant la version présidentielle, le Secrétaire d’État Rubio explique que Trump a dû agir de manière préventive afin de protéger les forces militaires américaines de « l’attaque inévitable d’Israël contre l’Iran, laquelle aurait indubitablement mené à une riposte iranienne contre l’Amérique ».

Le lendemain, Donald rejette la proposition de son ministre des Affaires étrangères, précisant plutôt que « l’Iran aurait attaqué si nous ne l’avions pas fait nous-mêmes. »[1]

L’ineffable porte-parole Karoline Leavitt précise, peu après, que Trump s’est fié à son «instinct factuel » avant de déclencher la manœuvre militaire. En fait: «le président n’allait pas imiter ses prédécesseurs en demeurant les bras croisés[2]

La semaine suivante, soit le 12 mars, ABC News rapporte que l’Iran menace maintenant les É.-U. de représailles. Leavitt réplique par l’entremise de ses médias sociaux: «il s’agit d’une fausse nouvelle, ABC News devant se rétracter immédiatement, elle qui vise à inutilement inquiéter les Américains. Pour être clair et limpide : il n’existe aucune menace de l’Iran pour notre peuple, et il n’y en a jamais eu

Trump accuse les pays de l’OTAN d’être des «lâches» Conflit au Moyen-Orient: Donald Trump a maintenu vendredi une rhétorique triomphaliste et belliqueuse, dont l’OTAN a fait les frais.

Cinq jours plus tard, coup de tonnerre: le Directeur du Centre national du Contre-terrorisme, Joe Kent, démissionne: «Je ne peux en toute conscience appuyer la guerre en Iran. Celle-ci ne pose aucune menace imminente à notre nation, et il est évident que nous avons débuté cette guerre du fait de pressions par Israël et son puissant lobby américain.»

La réponse de Leavitt, du même jour: «Kent reprend le même mensonge que les démocrates et les médias libéraux répètent à satiété. Il est faux de prétendre que l’Iran ne présente aucune menace, le président Trump a clairement et explicitement déjà mentionné qu’il possède de la preuve solide que celle-ci était sur le point de nous attaquer.»

Le mot de la fin à la grande Arendt:

«C’est parce que les mensonges, de par leur nature même, doivent être modifiés, et donc un gouvernement menteur doit constamment réécrire sa propre histoire […] Et un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir, mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et l’on peut faire ce que l’on veut d’un tel peuple.»

[1] https://www.theatlantic.com/international/2026/03/trump-iran-war-justification/686229/

[2] https://www.independent.co.uk/news/world/americas/us-politics/trump-iran-war-white-house-briefing-b2931933.html

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