C’est le scénario du prochain film de la saga Terminator: est-ce que, comme le disait Sarah Connors, on va tous être remplacés par l’intelligence artificielle? Je sais, le sujet n’est pas nouveau, mais on n’a pas encore de réponse.
Comme dans bien des secteurs de boulots, le mien est confronté à cette nouvelle réalité robotique qui s’adapte aussi vite que François Lambert répond à tous ces détracteurs. Non, j’exagère, François est encore trop rapide.
Assurément que bientôt, on verra un film entièrement fait avec de l’intelligence artificielle. Cependant, si je me base sur la bouche des messieurs dans les pubs de Trivago, on est loin d’avoir atteint la perfection. La bouche arrive rarement à suivre le texte. On dirait un zombie en pleine transformation qui manque de coordination de base. Mettons que ça donne moins envie de se garrocher sur les derniers rabais d’hôtel. Aussi bas puissent-ils être.
En musique, on arrive à faire mieux. Probablement parce qu’on ne voit pas la marionnette qui chante. Nul besoin de synchroniser la bouche avec les mots. Mais pour moi, ça manque d’âme. Ça manque de fougue. De sentiment. De vécu.
C’est justement ce que je me disais en regardant mes collègues de théâtre d’été répéter sur scène. Ça m’a frappé quand j’ai poussé un grand rire spontané. Une réaction à une action. Il n’y a pas une intelligence artificielle qui peut reproduire le jeu sur scène. RIEN. Parce que ce sont de vraies fausses émotions que nous jouons. Parce que notre gueule est parfaitement synchronisée avec nos paroles. Parce que nos gestes sont fluides comme dans la vraie vie.
Non seulement nous ne sommes pas virtuels sur scène, mais on communique avec le public. Le temps d’une représentation, il s’installe une complicité entre le public et nous. Les rires de la salle nous propulsent à jouer et plus on joue, plus le public rit. Une symbiose d’amusement. Simple de même.
Ça ne s’invente pas de façon artificielle, c’est là. On le sent. On le vit. Et ce court moment d’état de grâce, il n’y a pas un truc, aussi intelligent artificiellement soit-il, qui peut le reproduire? La poussée d’adrénaline pendant une représentation et l’euphorie de bien-être qui suit un show, Il n’y a pas un Terminator qui peut arriver à ça. Impossible.
Je parle de mon expérience du moment au théâtre, mais c’est la même chose pour un chanteur, une danseuse de ballet classique, un humoriste, un orchestre symphonique, une rappeuse ou un conteur folklorique.
La connexion entre les êtres humains ne se copie pas. Bien entendu, je parle de ma profession parce que c’est que ce que je connais le plus, mais j’imagine facilement que ça s’applique à tous les métiers parce que les humains sont humains partout. Un conseil de l’intelligence artificielle, aussi pertinent soit-il, n’arrivera jamais à la cheville de l’oreille attentive d’une psychologue.
Je ne crains pas l’intelligence artificielle. Je crois qu’elle peut faire de grandes choses. Probablement des choses très importantes. Elle peut assurément nous servir à avancer dans plusieurs domaines. Nous amener à pousser des idées et concepts plus loin.
Mais elle ne nous remplacera jamais. Parce qu’elle ne ressent rien. C’est une intelligence froide et morte.
PLOGUE: je joue tout l’été au Théâtre des hirondelles dans la pièce Bienvenue à St-Déclin à Belœil. Le site est magnifique avec de la vraie nature et de vrais oiseaux. On a un fun fou. Tu viendras voir du monde en chair en os performer sur scène. C’est complètement capoté.
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