Plusieurs partisans affirment que ça sent la Coupe, et j’ai moi-même tendance à le penser, mais de manière encore plus évidente, surtout en début de période, ça sent aussi l’ammoniac, bouffée chimique que plusieurs joueurs s’envoient dans le nez avant de sauter sur la glace, comme si le destin de tout un peuple en dépendait.
Je n’insinue pas que le sort du CH, sujet qui m’intéresse de façon purement académique, puisse être influencé davantage par un simple composé volatil irritant les muqueuses nasales que par le fait de mettre sa game dans la Game.
Mais il vaut tout de même la peine de se demander, durant l’entracte, ce qu’il y a là-dedans, ce que ça fait vraiment, et si le tout relève de la physiologie, de la superstition ou de l’invocation des fantômes du Forum. Ça tombe bien, de la recherche est disponible sur le sujet!
Le petit choc respiratoire
Les smelling salts ne sont pas des sels qu’on mettrait sur nos ailes de poulet après une énorme victoire, il s’agit plutôt de composés libérant de l’ammoniac, un gaz très irritant. Lorsqu’il atteint la muqueuse nasale, l’ammoniac provoque une stimulation brutale des voies respiratoires supérieures.
Pas fou, le corps réagit fort à propos par une inspiration réflexe, une sensation de coup de fouet, une augmentation de l’état éveil, et parfois l’impression nette que l’on vient de rebrancher le disjoncteur.
L’effet est aussi rapide qu’une poussée de Newhook. Mais est-ce que ça fonctionne ? Je parle ici de l’effet sur la production offensive, défensive et même entre les deux zones.
Les études disponibles montrent que l’inhalation d’ammoniac peut accroître, quoique brièvement, la fréquence cardiaque, l’état d’alerte et certains paramètres respiratoires.
Et même de QI hockey, sans doute, puisqu’on a observé une hausse transitoire du flux sanguin cérébral. En termes simples, le cerveau reçoit un signal énergique disant: «réveille-toi, tu t’apprêtes à jouer (encore) le match le plus important de cette saison de rêve!»
Cette réaction explique pourquoi les athlètes rapportent se sentir plus prêts, plus concentrés et plus «allumés». Et dans un sport comme le hockey, où tout se joue parfois en fractions de seconde, et même en microsecondes avec Caufield, on comprend l’attrait.
Plus éveillé, pas plus fort
Là où les choses deviennent plus (ou moins, selon le point de vue) intéressantes, c’est en mesurant la performance réelle. Se sentir prêt à traverser la bande sans ouvrir la porte ne signifie pas qu’on patine plus vite, qu’on tire plus fort ou qu’on gagne ses batailles dans les coins avec une supériorité nette.
Les données sont assez constantes: les sels d’ammoniac n’améliorent pas de façon fiable la force maximale ou la puissance lors d’un effort unique. Les études sur les sauts, les efforts isométriques ou certains tests de puissance montrent peu ou pas de bénéfices mesurables. Autrement dit, le joueur peut bien croire que l’esprit de Guy Lafleur vient de le visiter, son tir frappé ne gagne pas automatiquement 12 km/h.
Les informations suggèrent tout de même un gain possible lors d’efforts répétés de haute intensité, comme les sprints cyclistes, avec amélioration de la puissance moyenne ou maximale dans certains contextes. Cela dit, on ne pédale pas au hockey, même quand la puck roule pour nous.
Et du côté sombre
Dans les tâches de précision, comme dans un tir top-corner en fin de 3e, l’effet pourrait même être défavorable. Une étude sur des golfeurs, sport où les joueurs de Tampa et de Buffalo excellent, a montré que ces inhalations pourraient nuire à la stabilité posturale et à la performance au putting, assez peu apparenté au lancer-frappé de Xhekaj.
Surtout, les sels d’ammoniac ne doivent jamais être utilisés pour «réveiller» un joueur sonné, même si on les associait parfois aux malaises ou aux pertes de conscience, je l’ai vu dans plein de films, une pratique aujourd’hui rejetée. Provoquer une telle réaction brusque pourrait même, théoriquement, aggraver une lésion cérébrale. L’effet stimulant pourrait masquer les symptômes neurologiques, retarder l’évaluation appropriée et prodiguer l’impression trompeuse que le joueur est revenu.
Chez un sportif sain, employés occasionnellement et correctement, les sels d’ammoniac semblent par contre sécuritaires, même si les données demeurent limitées. Parmi les effets indésirables possibles, on relève une irritation nasale, rhinite, conjonctivite, céphalées, vertiges, dyspnée, irritation pharyngée, voire des brûlures en cas d’exposition trop intense.
En bref
Au fond, les sels d’ammoniac font surtout ce qu’ils promettent: ils sentent fort, irritent vite et réveillent brièvement, donnant à l’athlète l’impression d’être prêt à tout, ce qui a sans doute une valeur psychologique réelle dans un sport où l’intensité fait partie des séries.
Et si un joueur du CH en prend une bouffée avant de marquer en prolongation d’un futur 7e match, je serai prêt à admettre, comme tout le monde de sensé, que l’inspirante corrélation constitue un effet indéniable factuel, du même ordre que celui du chandail de Hutson que je porte à chaque match sur les victoires. GO HABS!

