Je ne sais pas pour vous, mais reculer l’heure a toujours contribué à mes petits bonheurs. Si la perspective de dormir une heure de plus me satisfait autant, c’est que je suis naturellement un lève-tard. Bien sûr, il fait noir plus tôt, mais on ne peut pas gagner sur tous les plans.
En revanche, lorsqu’on avance l’heure au printemps, je trouve ce passage obligé assez éprouvant, surtout si j’ai eu la malencontreuse idée de prévoir une activité trop tôt durant la semaine qui suit. Bon, c’est mieux depuis que les enfants ont quitté le doux nid familial, même si ma philosophie de vie demeure de se lever le plus tard possible afin d’arriver à l’heure… ou presque.
Peu importe notre opinion sur le sujet, il faut tout de même se taper ces deux changements annuels depuis les années 1940, époque où le gouvernement fédéral a instauré l’heure avancée dans certaines parties du Québec, apparemment pour soutenir l’effort de guerre. La pratique s’est ensuite généralisée partout en Amérique du Nord.
Je ne sais pas s’il s’agissait ou non d’une intrusion dans les compétences provinciales, mais le nouveau gouvernement du Parti québécois vient d’indiquer qu’il songe à abolir ce fameux changement d’heure. Il est en effet, comme pour bien d’autres juridictions, plus que temps de se demander si c’est une bonne idée ou pas. Globalement, je pense que oui.
Avancer pire que reculer
Ma propre préférence pour le recul de l’automne et mon inconfort lors de l’avancée du printemps ne sortent pas de nulle part, elles sont toutes deux en accord avec les données de la science à propos de leurs indéniables effets sur la santé.
En clair, le changement du printemps est le grand coupable, causant la majorité des impacts négatifs documentés. Ce n’est pas surprenant, puisqu’on retire alors d’un coup à 100 % de la population en moyenne 15 minutes de sommeil, un stress plus intense qu’il n’y paraît, qui touche aussi une phase essentielle, mais souvent négligée, de la vie. Au fait, vous l’ai-je dit, j’aime beaucoup dormir.
L’avancée printanière de l’horloge est en effet associée à plusieurs problèmes, et pas seulement de se sentir plus fatigué. Dans les jours et semaines qui suivent, on observe en effet plus d’hospitalisations, une hausse des affections cardiaques (jusqu’à 5 %), plus d’accidents mortels sur la route (environ 6 %) et d’accidents de travail et davantage d’anxiété comme de troubles du sommeil. Même la mortalité globale augmenterait d’environ 3 %.
De manière intéressante, l’effet serait inverse à l’automne, le recul de l’heure expliquant alors plusieurs conséquences positives sur la santé, dont une baisse des troubles circulatoires (2 % moins d’événements cardiovasculaires) et de la mortalité (entre 2 % et 3 %), alors que les répercussions sont variables chez les personnes souffrant déjà de problèmes du sommeil. Peut-être que dans un monde idéal, on reculerait l’heure tout le temps ?
Mieux vaut abolir le changement
Et comme il est important en santé publique est de considérer l’ensemble des conséquences, mieux vaut savoir qu’aux endroits où l’on change l’heure deux fois par année, l’effet sur la santé est globalement négatif, si on compare avec les juridictions où la pratique n’existe pas ou a été abolie.
Reste une grave question : faut-il se fixer (une fois pour toutes) à l’heure avancée de l’été ou bien à l’heure normale de l’hiver ? À tout prendre, au point de vue santé, bien que les différences soient assez limitées, l’heure la plus « naturelle » pour l’être humain est l’heure dite « normale ». Elle favoriserait notamment une meilleure synchronisation de l’horloge biologique avec la clarté du matin, même si vous aimez autant que moi ces soirées d’été qu’on étire sous le soleil couchant.
On peut prévoir de réels gains sur la santé en mettant ainsi fin aux changements d’heures, mais île demeureraient sans doute d’ampleur assez limitée. Perso, je vote pour, mais comme on dit, ce n’est pas comme le jour et la nuit.

