Le rapport de la Commission Gallant sur le fiasco SAAQClic sera rendu public le lundi 16 février. On y apprendra les conclusions et ses recommandations du juge Gallant. Ce dénouement devra nous aider à comprendre qui a mal agi, et ainsi répondre à un principe clé de notre démocratie: l’imputabilité. Les recommandations devront, quant à elles, nous donner la marche à suivre concrète pour faire en sorte que nos projets numériques cessent d’être des échecs cuisants.
Demandez à n’importe quelle entreprise en TI, qu’elles travaillent avec le gouvernement ou non, et elles vous le diront: le gouvernement est nul pour démarrer, gérer et faire atterrir des projets informatiques. Rien de nouveau sous le soleil, me direz-vous. On sait que, dès la définition du besoin, le manque de compétence fait en sorte de mal démarrer les projets, rendant presque impossible d’avoir la mise en place d’un système efficace qui respecte le budget et l’échéancier.
Le danger après la tenue de la commission Gallant, c’est que le gouvernement, s’il n’est pas bien outillé, risque d’être craintif de se lancer dans des projets de transformation numérique, et ainsi d’augmenter encore davantage le retard technologique.
Imputabilité
Il est essentiel que l’on identifie et punisse les personnes qui ont posé des gestes incorrects ou qui ont fait preuve. Si les gestes ont été volontaires et/ou contraires à la loi ou à l’éthique, il faut qu’il y ait des conséquences.
Le gros problème avec les projets numériques, c’est qu’il y a peu de compétence dans l’appareil public. On a cette impression que personne ne sait vraiment ce qu’il fait, autant du côté administratif que politique. Même pour la Commission Gallant comme telle, ça a dû être un défi de bien comprendre les tenants et les aboutissants de ce projet. Nous sommes tous un peu dépassés.
Maintenant, trouver les coupables c’est bien. Mais ça doit être accompagné de mesures concrètes pour ne plus se retrouver dans cette situation. Sinon ça ne sert qu’à faire un grand spectacle, que l’on sera condamnés à refaire dans quelques années.
Prendre Geneviève Guilbault à ne pas dire la vérité, c’est certes important politiquement, mais il ne faut pas que ça prenne le dessus sur ce qui a causé le fiasco. Au-delà de la gestion de la crise, comment aurait-on pu éviter la crise au départ ?
Puis, on doit se doter d’outils pour éviter les prochains fiascos. Tous les partis ont intérêt à le faire, car tous les gouvernements ont connu les mêmes problèmes, et tous les prochains gouvernements seront devant les mêmes défis.
On veut des solutions
Le recrutement de gens compétents dans l’appareil public devra faire partie des recommandations. C’est l’évidence… mais maintenant comment s’assurer que ce ne soit pas des paroles en l’air comme on dit depuis des années ? Le gouvernement n’est pas attractif, le retard technologique est grand et c’est un cercle vicieux qui tourne et qui tourne.
Il n’est pas réaliste que chaque ministère ait des tops guns informatiques. Le ministère de la Cybersécurité et du numérique doit absolument prendre un grand leadership dans les projets, tout en s’assurant d’avoir les outils nécessaires pour mieux encadrer les projets. L’idée d’un comité consultatif d’experts issus du monde académique et du secteur privé devrait aussi faire partie des solutions préconisées. Ceux-ci pourraient aider les ministères à définir leurs besoins et à concevoir les appels d’offres (sur lesquels leur entreprise ne pourrait pas participer, bien sûr).
Et finalement, il faudra aussi garder en tête qu’une enquête de l’UPAC est en cours, et que les ratées de SAAQclic ont potentiellement une portion criminelle. Les solutions proposées pourront-elles répondre à cet aspect alors que nous n’aurons pas encore les conclusions de cette enquête ? Il faudra peut-être compléter les recommandations du juge Gallant avec un deuxième volet, selon ce qu’on apprendra sur les potentielles malversations dans le dossier. Car des gestes criminels changent passablement la donne quand on veut évaluer ce qui s’est passé qui a mené au fiasco.
Et au fédéral ?
Pendant ce temps, il est assez fascinant de constater qu’un scandale encore plus grand que SAAQclic a été dévoilé du côté fédéral. Le logiciel Curam connaît des dépassements de coûts de 5 milliards de dollars et des ratées importantes. SAAQclic a provoqué une commission d’enquête alors qu’on parle d’un dépassement de coût 10 fois moins élevé.
On n’est vraiment pas sortis du bois en matière numérique… et ça nous coûte très cher!
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