«Êtes-vous sur votre X ?» Je déteste cette question. Elle me donne l’impression qu’il existe un point précis où l’on doit atterrir, puis rester. Si on ne l’a pas trouvé, on est en retard sur sa vie. Depuis quand faut-il avoir tout compris pour vivre?
Je ne sais pas quand la formule «être sur son X» est devenue populaire.
Elle me fait penser à un point marqué sur une carte, un point qu’il faut trouver, s’y installer et sentir, comme par magie, que tout est soudainement naturel, facile, évident.
Comme si la vie était devenue une destination à atteindre. Et puis, désolé, si on ne sait pas encore où on va, eh bien, on a raté une étape. Ou même, sa vie.
Je ne savais pas que cette pression avait un nom, jusqu’à ce que je tombe sur un article du New York Times consacré à la purpose anxiety, qu’on pourrait traduire par l’angoisse de ne pas trouver sa raison d’être.
En gros, c’est l’angoisse de ne pas savoir quel sens donner à sa vie ou de ne pas avoir trouvé son but. Le terme n’est pas un diagnostic médical. Il nomme un malaise qui peut surgir quand on a l’impression qu’on devrait savoir où l’on s’en va (puisque tout le monde autour semble savoir, ah!).
Dans l’article, une psychologue raconte que certains de ses clients ont choisi leurs études pour faire plaisir à leurs parents. D’autres sont devenus des sommités dans leur domaine… avant de se demander ce que tout ceci leur apporte au juste.
Je les comprends.
On demande aux jeunes de choisir une carrière alors qu’ils ne volent même pas de leurs propres ailes. On s’étonne ensuite qu’ils doutent et remettent en question leurs choix. Même après un diplôme, des années de travail ou une promotion, la question revient : «Coudonc, est-ce vraiment ça que je veux?»
Une mission, une vocation
Vous ne trouvez pas que le mot «but», à lui seul, est lourd? Il évoque une grande mission, une sorte de quête qu’on serait censé trouver au fond de soi. J’imagine une personne qui sait toujours, exactement, pourquoi elle se lève tous les matins.
Elle, elle a trouvé sa voie. Elle est sur son X. Alignée.
Moi, je cherche encore. Il y a des jours où je ne sais même pas ce que je veux pour le souper.
Je pense que cette pression vient aussi de la façon dont on parle du travail. Il faut aimer ce qu’on fait, croire en l’utilité de sa job et sentir que l’on contribue. Avouez qu’un gagne-pain qui ne fait que payer les factures, bah, c’est presque gênant…
Un rapport mondial de Deloitte publié cette année montre que le sens au travail compte pour la satisfaction et le bien-être de 96% des répondants de la génération Z et de 97% des millénariaux.
L’enquête porte sur plus de 22 500 personnes dans 44 pays. Elle mesure l’importance accordée au sens au travail.
Dans le rapport, j’ai lu une citation d’un millénarial qui raconte que son but dans la vie n’est pas professionnel : oui, il veut un emploi intéressant, mais il veut surtout un travail qui lui permet d’avoir « une vie personnelle satisfaisante ».
J’aime cette réponse. Elle place le travail dans une autre dimension, pas nécessairement à l’avant-plan, pas au cœur de l’existence.
Bref, différemment.
Plusieurs X
Les spécialistes cités dans le New York Times rappellent qu’un but n’a pas besoin d’être grandiose. Un professeur de psychologie cité dans le reportage trouve le sien en faisant pousser des piments et en préparant de la sauce piquante pour sa famille et ses amis.
Sans être une passion, c’est une activité qui lui donne de la joie et qui le rapproche des gens qu’il aime. C’est joli, non?
Je me rends compte que le sens peut s’enraciner dans toutes sortes de choses. Et qu’il peut changer avec le temps. Le X que je cherchais à 20 ans n’est certainement pas le même qu’à 50.
Une vie n’est pas un itinéraire qu’on doit suivre sans dévier. Au contraire!
Je ne sais pas si je suis sur mon X et au fond, je m’en fous.
Je sais que la vie bouge – et mes envies aussi. J’ai compris que le X du moment présent compte, lui aussi.
Et je sais que je peux chercher… sans être en retard.
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