New York, Boston, le Maine, la Californie, Chicago, Miami : les États-Unis me manquent. Depuis des mois, les nouvelles me faisaient hésiter à traverser la frontière. Mardi soir, la vague bleue a fait remonter en moi l’espoir. Et avec lui, l’envie d’y retourner.
Les démocrates ont repris la Chambre des représentants et le Sénat. Donald Trump reste président ; son pouvoir ne disparaît pas au lendemain d’un scrutin.
Mais il vient de perdre une partie de son influence et de son emprise. Après des mois à voir les mensonges et les menaces prendre de la place, beaucoup de place, ça fait du bien de voir des électeurs dire : «OK ! Wô, ça suffit!»
Et quelles victoires! Keisha Lance Bottoms devient la première femme noire gouverneure aux États-Unis. Deb Haaland sera la première femme autochtone à gouverner le Nouveau-Mexique. Peggy Flanagan, la première femme autochtone élue au Sénat. Abdul El-Sayed est le premier sénateur musulman. Chris Pappas, le premier homme ouvertement gai à siéger au Sénat.
Ce n’est pas tout. Au Texas, Gina Hinojosa devient la première femme d’origine latino-américaine à occuper le poste de gouverneure. James Talarico, lui, est le premier démocrate du Texas élu au Sénat américain depuis 1988.
On va se le dire, ça en fait, des premières.
Et ce n’est pas seulement un palmarès. Ces élus vont entrer dans des salles où des gens qui leur ressemblent étaient absents — ou presque. Imaginez l’impact, par exemple, pour les jeunes qui les regardent.
Peut-être qu’ils pourront se dire: ça pourrait être moi.
Woke is back
Cette victoire démocrate ne s’est pas faite toute seule. Des gens se sont retroussé les manches et ils ont organisé, recruté, frappé aux portes, parlé aux voisins, fait des rassemblements. Sans tout ce travail, le tsunami bleu n’aurait pas eu lieu.
La vague a aussi été portée par des électeurs de plusieurs générations.
Les femmes ont voté à 61 % pour les démocrates. Chez les 18 à 29 ans, ils ont recueilli 70 % des voix, une hausse de 32 points par rapport à 2024. Après des années à entendre que les électeurs ne bougent plus, que rien ne peut changer, disons que cela porte à réflexion.
J’ai lu partout sur les réseaux hier : «Woke is back» (le wokisme est de retour). Ce que j’entends derrière ce mot-étiquette, c’est surtout une envie de respirer, d’espérer.
Espérer une société plus juste, plus ouverte, plus inclusive, plus empathique, plus humaine. Des valeurs que Trump, avec toute son arrogance, piétine depuis le premier jour de son deuxième mandat.
Bon, d’accord, une élection ne règle pas tout. Les États-Unis ne vont pas se réveiller demain matin réconciliés. Il reste des divisions, et elles sont profondes.
À lire les résultats d’hier, je me surprends tout à coup à ne plus m’attendre au pire. La colère me quitte. C’est peut-être le souffle dont j’avais besoin, dont on avait tous besoin: l’espoir est là.
On ne sait pas si tout ira bien. Mais le pire ne semble plus être la seule issue.
Voyage, voyage
Avec ce nouvel élan, je me questionne sur mes envies de franchir la frontière. En septembre, les voyages des Canadiens aux États-Unis, par avion ou en voiture, ont augmenté pour un sixième mois de suite. Mais, ils sont encore 31 % sous le seuil de 2024, selon Statistique Canada.
Je comprends cette hésitation.
Le climat politique a changé notre façon de voir un pays qui a longtemps été notre allié et notre terrain de jeu. Pourtant, j’ai envie de reprendre la route. Pas seulement pour retrouver ses villes et ses paysages, mais aussi les Américains.
Ils sont nombreux à refuser que la peur et la division aient le dernier mot.
Je ne sais pas quand je repartirai, mais mardi soir, devant cette déferlante bleue, j’ai recommencé à croire en des jours meilleurs.
C’est ça, l’espoir.
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