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Et si on donnait congé aux parents?

Pour élever des enfants, les familles ne devraient pas avoir à se débrouiller seules.

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Chronique Maude Goyer | «Et si on donnait congé aux parents?» (Montage Noovo Info et image tirée de la banque Envato) Chronique Maude Goyer | «Et si on donnait congé aux parents?» (Montage Noovo Info et image tirée de la banque Envato) (Montage Noovo Info | Envato)

La Ville de New York a gardé gratuitement des centaines d’enfants pendant quatre heures dimanche. Une petite expérience qui pose une grande question: pourquoi est-il encore si difficile pour les parents d’avoir du temps pour eux?

Imaginez. Vous avez des enfants. Vous êtes fatigués. Vous aimeriez aller au restaurant avec votre amoureux, voir une amie, aller au cinéma. Ou simplement aller faire une marche en solo.

Ou, soyons fous, ne rien faire.

Et quelqu’un vous dit: «Vas-y, je vais veiller sur tes enfants. Gratuitement.»

C’est ce qui vient de se passer à New York.

Le 16 août, la Ville a organisé son premier Parents’ Night Out. Des parents pouvaient déposer gratuitement leurs enfants âgés de 6 à 13 ans dans l’un des cinq centres de loisirs municipaux, entre 16h et 20h.

Au programme pour les enfants: sports, bricolage, jeux, activités scientifiques et repas. Et au programme pour les parents: absolument tout ce qu’ils voulaient.

Quatre heures

Quelle belle idée! Parce qu’elle reconnaît quelque chose qu’on oublie trop souvent: les parents ont aussi besoin de temps où ils ne sont pas parents.

Près de 300 enfants ont participé à cette première soirée.

Ce qui me fascine le plus, c’est ce que les parents ont fait de ce petit moment de liberté spontané.

Plusieurs médias américains rapportent que certains sont allés au restaurant. D’autres ont vu des amis, magasiné ou profité d’une sortie en amoureux. Près de 30 % ont simplement pris du temps pour eux. Quelques-uns en ont profité pour… dormir.

Personne n’a demandé un week-end au spa.

Les parents voulaient quelques heures. Pour parler. Marcher. Manger. Dormir. Et surtout, respirer.

Mais depuis quand est-ce un luxe?

Une école envoie plus de 450 courriels aux parents en un an Un père de deux enfants au primaire rapporte avoir reçu un total de 456 courriels de l'école en seulement un an. L’analyse d’Alain Rayes.

Le fameux village

Zohran Mamdani, le maire de New York, résume ainsi l’idée derrière le programme: avoir un peu de temps pour soi, ce n’est pas un privilège. C’est essentiel.

On parle souvent des besoins des enfants. Mais on parle encore trop peu de ceux des parents.

Pourtant, on aime bombarder les parents de conseils. Dormez suffisamment. Bougez. Voyez vos amis. N’oubliez pas votre couple.

Mais entre le boulot, la préparation des repas, les devoirs, les rendez-vous, les tâches et les activités, prendre soin de soi est presque devenu une autre tâche à ajouter à la liste.

Il faut un village pour élever un enfant? D’accord, mais encore faut-il en avoir un.

Tout le monde n’a pas de grands-parents disponibles à proximité, des frères et sœurs qui peuvent dépanner ou un cercle d’amis en mesure de prendre les enfants un samedi soir.

Sans parler des coûts! Faire garder les enfants, ça coûte cher. À New York, une heure de gardiennage coûte facilement 30 $ de l’heure (en devise américaine, c’est presque 42 $ canadiens). Disons que quatre heures, avant d’avoir commandé au restaurant, ça commence à faire cher la conversation en amoureux…

Pas tout à fait gratuit

Bon, évidemment, il y a un hic.

Le programme n’est pas vraiment «gratuit»: les parents ne paient peut-être pas directement, mais le concept repose sur du personnel, de l’administration, des assurances. Il y a donc un coût pour l’ensemble des contribuables.

Lors de cette première soirée, le repas des enfants, qui a coûté environ 8 600 $ US, a été payé par des commanditaires privés. Les autres dépenses ont été assumées par le budget municipal.

Si New York élargit ce service à des milliers de familles, il faudra sortir la calculatrice.

Mais ça ne tue pas l’idée.

Derrière ce petit programme sympathique, une question m’intéresse particulièrement : pourquoi ne se soucie-t-on pas davantage de donner du temps aux parents quand il est question de soutenir les familles?

Autrement dit, qu’est-ce qu’on accepte de financer collectivement pour améliorer la vie des familles?

Pas seulement aux mères

Impossible de parler de tâches domestiques, de soins et de charge mentale sans parler des femmes.

Ce sont encore les mères qui consacrent le plus de temps à ces aspects de la vie familiale, même si les choses évoluent. Non, on n’a pas atteint l’égalité.

Demandez aux mères autour de vous: lorsqu’elles ont quelques heures de libres, elles les occupent comment? Lavage, épicerie, lunchs, inscriptions aux activités, prises de rendez-vous…

Du temps libre qui sert à mieux organiser la famille, ce n’est pas vraiment du temps libre.

En ce sens, pas étonnant que les 500 places offertes se soient vite envolées à l’ouverture des inscriptions de cette première édition.

Même s’il touche une minorité des familles new-yorkaises, sa popularité dit quelque chose: élever des enfants n’est pas uniquement une affaire privée où chaque famille doit se débrouiller seule derrière les portes closes de sa maison.

Paix d’esprit

On construit des parcs pour les familles. On finance des bibliothèques, des piscines, des arénas, des terrains de sport, des activités, des camps de jour.

Mais pourquoi ne finance-t-on pas le temps des parents? Pourquoi ne mise-t-on pas sur la paix d’esprit, le bien-être et la santé mentale?

Tous les parents du monde le savent : on est de meilleurs parents quand on prend du recul, qu’on se change les idées, qu’on se divertit, qu’on rit, qu’on se repose.

Peut-être que le meilleur service qu’on puisse rendre aux familles, collectivement, c’est de leur donner du temps, d’alléger leur horaire, de leur offrir du répit.

Et leur dire: «Allez-y. On se charge des enfants. Revenez dans quatre heures.»

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