Chaque jour apporte sa nouvelle promesse électorale. Des millions ici. Un crédit d’impôt. Une autre annonce, un slogan, une visite, une mise en scène. Les chefs parlent, les candidats sourient, les autobus avancent. Pendant ce temps, moi, je fais des confitures.
Des confitures de fraises, de framboises, de bleuets. Je profite des petits fruits du Québec, encore disponibles pour quelques semaines.
Je les lave. Je les trie. Je garde seulement ceux qui ne sont pas trop abîmés, ceux qui sont parfaitement imparfaits. Un peu de sucre, un peu de jus de citron. Je brasse, j’observe, j’attends.
Faire de la confiture, ça ne se fait pas en vitesse. Il faut constamment surveiller le chaudron. Résister à l’envie de monter le feu pour que ça aille plus vite. Accepter que les fruits se transforment doucement, que le mélange épaississe à son rythme.
C’est long.
Et il faut être là.
Faire le tri
Peut-être que la politique devrait nous demander la même chose : être là. Écouter. Prendre du recul. Observer. Réfléchir.
Depuis le début de la campagne, j’entends surtout du bruit.
Nous recevons, jour après jour, une pluie de promesses. Une pluie torrentielle!
Je n’arrive pas toujours à comprendre ce qu’on veut construire. J’entends des chiffres, des calculs, des stratégies.
Mais où sont les vraies rencontres? Les conversations qui ne sont pas scénarisées? Les hésitations, les remises en question, les réponses honnêtes?
Je ne suis pas une analyste politique. Je suis une citoyenne qui essaie de suivre, de comprendre et de décider. Comme bien du monde, je voudrais croire que mon vote compte. Que les personnes qui nous gouvernent saisissent réellement ce que vivent les gens.
Mais le cynisme s’est installé. Et il colle à tout.
On peut applaudir le tsunami d’idées et de promesses — sauf que…
Elles arrivent si vite qu’on n’a pas le temps de les digérer.
Ça défile aussi vite que les mauvaises nouvelles — tarifaires et autres — sur nos téléphones.
Tout conserver
Et pendant ce temps, je scrute mon budget. Et les prix à l’épicerie.
Manger coûte cher. Très cher.
Faire des conserves prend tout son sens. On ne veut rien jeter, on veut récupérer, transformer. Et puis, on veut profiter des récoltes. Les marchés locaux débordent, c’est l’abondance!
On veut préparer maintenant ce qui nous nourrira plus tard. Et surtout, ne rien perdre.
Je les regarde, alignés sur le comptoir, et je les trouve rassurants: mes petits pots de confiture m’attendent. Ils sont prêts pour moi et pour ceux que j’aime.
Je sais ce qu’ils contiennent. Je connais les ingrédients. Des fruits, du sucre et surtout du temps.
Aucun slogan, aucune promesse, aucune ruse.
Et puis, dans ce monde obsédé par la vitesse, prendre un après-midi pour cuisiner lentement est presque contre-intuitif. Presque rebelle.
Brasser doucement
Parce que ça brasse, hein? Partout.
Les États-Unis bardassent. Les guerres s’étirent. La crise écologique n’est plus une menace lointaine: elle est ici, dans nos saisons déréglées, nos récoltes fragilisées, nos épisodes de chaleur extrême.
Par petites alertes, du matin au soir, toute l’agitation du monde vient vibrer dans le creux de nos mains.
Je ne sais pas quoi faire de tout ça. Et vous?
Parfois, je reste branchée 24/7, je suis chaque développement, je lis les analyses, les commentaires, les déclarations. Et parfois, j’éteins. Je regarde ailleurs. Et je brasse de la confiture.
Mes confitures ne vont pas régler quoi que ce soit. Ni la crise du logement, ni le coût de la vie, ni l’itinérance, ni les changements climatiques.
Mais mon attention m’appartient. Je refuse de me laisser avaler par le bruit.
Donner
Chaque fois, c’est la même chose. Quand je fais des confitures, je pense aux personnes à qui j’en donnerai.
C’est peu de chose, un pot de confiture. Ça ne change pas une vie. Mais j’aime penser que ça dit: j’ai pensé à toi. J’ai pris le temps. Voici quelque chose de doux.
Et si la politique et l’air ambiant me découragent par moments, je me raccroche à ce qui demeure: prendre soin de soi et des autres.
Il nous reste ces petits gestes. Ils ne font pas les manchettes. Mais ils empêchent peut-être le monde de se défaire complètement.
Les récoltes vont finir par passer. La campagne aussi.
En attendant de voter, je fais de la confiture.
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