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Élections 2026: des promesses ou de bonnes histoires?

On aime les solutions simples. Mais est-ce qu’elles tiennent la route?

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Chronique Maude Goyer | «Élections 2026: des promesses ou de bonnes histoires?» (Montage Noovo Info et image tirée de La Presse canadienne) Chronique Maude Goyer | «Élections 2026: des promesses ou de bonnes histoires?» (Montage Noovo Info et image tirée de La Presse canadienne) (La Presse canadienne)

Moins d’impôts, plus de services, moins d’attente, plus d’argent dans nos poches… L’enflure des propositions électorales me donne le vertige. À quelques jours du vote, j’aimerais entendre plus de réalisme et de lucidité. Est-ce trop demander?

On va régler ça. On va investir là. On va couper. On va vous en donner plus. Vous allez voir, ça va changer.

À écouter les nombreuses promesses faites depuis le début de la campagne, on pourrait croire que tout ce qui nous manque, au Québec, c’est la bonne personne avec la bonne idée. Une fois élue, elle sortira sa baguette magique et les problèmes accumulés depuis des décennies disparaîtront. Pouf!

Je caricature, bien sûr. Mais cette succession de promesses et de propositions, cette assurance de pouvoir régler ce qui résiste depuis des années, m’exaspère.

Je me demande si on nous explique vraiment comment on va gouverner… ou si on nous raconte de bonnes histoires.

Ça fait du bien

Je comprends l’envie d’y croire. Moi aussi, je veux des écoles qui tiennent debout, des soins accessibles, des logements abordables, des routes praticables, de l’essence moins chère. Moi aussi, j’aimerais payer moins et recevoir plus.

Et pourtant… Promettre des baisses d’impôts tout en améliorant les services exige des explications, vous ne pensez pas? Quelles dépenses seront réduites? Quels revenus remplaceront ceux auxquels on renonce? Sur quelles économies compte-t-on?

Une bonne histoire, ça ne donne pas une place en garderie ni du soutien à domicile. Après le vote, il faudra livrer. Avec le budget qu’on aura, pas celui qu’on aimerait avoir.

La grande surprise des élections 2026? Le Parti conservateur du Québec (PCQ) est-il la grande surprise de cette campagne électorale? En observant la hausse récente de la formation politique d’Éric Duhaime dans les intentions de vote, tout indique que oui.

Notre goût du simple

On aime donc ça, une promesse qui ramène un problème complexe à une solution simple. Enfin, quelqu’un sait quoi faire! C’est rassurant. Mais est-ce que ça tient la route?

Les psychologues Thalia Vrantsidis et Tania Lombrozo ont voulu comprendre pourquoi on aime les explications simples. Dans trois études réunissant 982 participants aux États-Unis, elles ont constaté que les participants pouvaient préférer une explication à une seule cause… même quand celle à plusieurs causes avait plus de chances d’être la bonne.

Cette recherche soulève une question intéressante : est-ce qu’une explication nous convainc parce qu’elle est solide… ou parce qu’elle est satisfaisante?

Un problème. Un coupable. Une cause. Et une solution. Merci, bonsoir.

Ce réflexe dépasse la politique et les campagnes électorales. Un couple se sépare? C’est la faute de celui qui est parti. Une entreprise manque de personnel? Les gens ne veulent plus travailler. Une personne vit dans la rue ? Elle a fait de mauvais choix.

Ces réponses ferment la discussion. Elles nous évitent de regarder l’ensemble et de chercher plus loin. Et je crois qu’elles peuvent nous faire passer à côté de la racine du problème.

Et après?

Dans son texte publié dans The Conversation, le chercheur en psychologie de la décision Benoît Béchard indique que les grands enjeux ne se gèrent pas indépendamment les uns des autres. Une décision peut entraîner des effets en cascade. Il faut penser aux «conséquences des conséquences».

L’expression mérite qu’on la retienne.

On démantèle un campement? Où vont les personnes qui y dormaient? On élargit une autoroute pour réduire le trafic? Et si cela attirait encore plus de voitures? On économise aujourd’hui en reportant un investissement? Combien paiera-t-on plus tard?

Poser ces questions, ce n’est pas empêcher d’agir. C’est réfléchir à ce qu’on fait et à ce qui risque de suivre. Ce n’est pas ça, faire de la politique?

J’aimerais qu’on soit plus exigeants envers ceux qui proposent toujours les mêmes recettes. Et qu’on accepte que les réponses ne soient pas toujours simples.

La lucidité

Je me méfie de ceux qui ont réponse à tout, tout de suite, sans jamais reconnaître une limite, un risque, un compromis.

J’aimerais entendre un politicien parler d’une politique en disant «voici ce qu’elle va régler», «voici ce qu’elle ne pourra pas améliorer» et «voici ce qu’elle coûtera».

Encore mieux : j’aimerais entendre un politicien dire : «Je ne sais pas».

Ce serait rafraîchissant, non?

Bon, je vous entends. Vous auriez peut-être envie de lui reprocher son manque d’ambition ou de confiance.

Campagne électorale : les sondages ont-ils une influence sur le vote? Nos débatteurs : le débatteur invité, Gilles Duceppe , Maude Goyer, Catherine Beauchamp et François Lambert.

N’est-ce pas paradoxal ? On veut des élus qui écoutent… mais on les accuse de faiblesse s’ils reconnaissent qu’un argument du clan adverse mérite réflexion. On veut qu’ils s’adaptent, mais on leur fait payer leurs changements d’avis.

Nous avons notre part de responsabilité. Les médias aussi. Oui, oui, je m’inclus.

À quelques jours du vote, je me rends compte que j’ai soif de réalisme et de lucidité. Je ne veux plus de promesses sans mode d’emploi, sans explication sur les coûts et les conséquences.

Je ne veux pas juste de bonnes histoires.

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