Certaines élections se décident sur des sujets locaux, alors que d’autres se gagnent sur des enjeux nationaux. La victoire libérale d’hier s’est construite sur un mélange des deux.
Une élection partielle déclenchée par des tactiques à la fois brillantes et ô combien cyniques, juxtaposées à un contexte international bien particulier!
C’est le scénario qui s’est dessiné dans Chicoutimi-Le Fjord cet été.
Tactiques carnéennes
Première tactique carnéenne*: Mark Carney savait très bien ce qu’il faisait en offrant un siège de sénateur au député conservateur Richard Martel. Alors que la plupart des électeurs votent pour une bannière ou pour un chef, certains candidats ont une aura personnelle qui fait véritablement la différence.
C’était le cas de Martel. Les conservateurs savaient dès le départ qu’avec l’état des sondages au Québec, il serait difficile de garder la circonscription, malgré un bon candidat.
Deuxième tactique carnéenne : une élection en plein été, qui empiète sur la campagne provinciale et sur la rentrée scolaire. Quoi de mieux pour s’assurer que l’électorat conservateur, plus jeune, qui consomme moins les médias traditionnels, n’aille pas voter ?
*Je détourne ici le vrai sens du mot «carnéen», qui correspond au gentilé des habitants de Saint-Carné, en France. J’espère qu’ils me pardonneront cette appropriation.
Géopolitique trumpienne
Certes, au moment de déclencher l’élection partielle, Mark Carney ne connaissait pas le résultat des négociations avec les États-Unis. Mais en choisissant le 31 août, il pouvait se douter que le résultat, quel qu’il soit, allait jouer en sa faveur.
La région du Saguenay–Lac-Saint-Jean compte bon nombre d’emplois liés à l’aluminium et à la forêt, deux ressources au cœur du conflit commercial qui se joue encore aujourd’hui entre le Canada et son voisin du Sud.
Si le gouvernement Carney signait un accord, il se doutait probablement qu’il allait pouvoir compter sur un vote d’approbation, le remerciant d’avoir sauvé ce qui pouvait l’être.
Si toutefois, les négociations ne se réglaient pas, comme maintenant, il pouvait compter sur un retour du nationalisme canadien qui pouvait chatouiller jusqu’au plus bleu des Saguenéens.
Cerise sur le sundae, son candidat désormais député, Daniel Gobeil, représentait à merveille les combats menés, lui qui était jusqu’à récemment le président des producteurs de lait du Québec.
Une tempête politique parfaite, bref.
Outre les tactiques, le résultat démontre assez clairement que le rassemblement autour du drapeau est encore très fort, ragaillardi par le froid renouvelé entre le Canada et les États-Unis.
Et le Bloc?
Dans une course à deux, le Bloc Québécois peut difficilement gagner contre la machine libérale. On a l’impression d’être entrés dans une ère de parti unique. Les perspectives à court et moyen terme sont sombres pour les conservateurs de Pierre Poilievre et que les troupes d’Yves-François Blanchet ont du mal à tirer leur épingle du jeu dans le contexte actuel.
Même si le Bloc améliore ses scores en partielles par rapport à la générale de 2025… cela ne résulte pas en sièges. Quand un adversaire s’effondre, c’est toute l’arithmétique électorale qui est à revoir.
Les stratèges québécois devraient prendre des notes.
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