Chroniques

Éducation sous Legault: l’école en crise

Le premier ministre avait de grandes promesses en éducation… et pourtant. Le bilan est peu reluisant.

Publié le 

Maude Goyer | Chronique Envato | Noovo Info

Il avait parlé de réduire le décrochage, de rendre les écoles plus autonomes, de moderniser la gouvernance, de valoriser la profession des enseignants, d’investir dans les infrastructures.

François Legault avait de grandes promesses en éducation… et pourtant. Le bilan est peu reluisant.

J’ai sursauté aujourd’hui en entendant François Legault vanter les avancements de son gouvernement.

Dans son allocution de démission, il a souligné qu’il était fier d’avoir augmenté le budget de l’éducation, rehaussé les salaires des enseignants, embauché du personnel de soutien et construit de nouvelles écoles modernes.

Mais c’est faire fi de plusieurs bourdes, de frasques et de décisions contestables. On se souvient tous de la grève généralisée dans le milieu de l’enseignement à la fin de 2023. Ce bras de fer s’est soldé par un accord. Mais il est très mitigé chez les enseignants.

«Est-ce que mes conditions de travail sont meilleures ?», se demande Marie-Sophie, professeure de 6e année sur la Rive-Sud de Montréal. «Pas du tout ! On a les mêmes problèmes quant à la composition de nos classes, le nombre d’élèves, le manque de spécialistes et les budgets faméliques par classe et par élève.»

Délabrement et perte de liberté

La pauvreté des infrastructures, des bâtiments en passant par l’équipement et les cours d’école, est pointée du doigt par plusieurs acteurs du milieu de l’éducation.

«Oui, certaines choses ont été faites et il y a eu du financement, mais on va se le dire : on partait tellement de loin», lance Éric, professeur en préscolaire à Montréal. «Il avait dit que l’éducation était sa priorité. Mon œil !»

«Je travaille dans une école délabrée», dit Marie-Ève, professeure de 5e année à Laval. «Tout est bancal, tout est rafistolé, patenté. On manque cruellement d’espace. On n’a même plus de bibliothèque.»

Pour plusieurs membres du personnel scolaire, ce qui a fait mal, avec le règne de la CAQ, c’est la centralisation du pouvoir autour du ministre. Ils parlent de «perte d’autonomie professionnelle» et de «perte de liberté».

Bureaucratie et maternelle 4 ans

Certains décrient la fin du Conseil supérieur de l’éducation et du Comité d’agrément des programmes de formation à l’enseignement, comme responsable entre autres de la conformité et de la qualité des programmes de formation des profs. La fin des commissions scolaires transformées en centres de services scolaires est aussi dénoncée.

«Mais qu’est-ce que cela a changé, veux-tu bien me dire ?», s’exclame Geneviève, travailleuse sociale au secondaire à Québec. «Je dirais même que cela a alourdi la machine. La bureaucratie est tellement lourde. Pour acheter la moindre pièce de matériel, les démarches et les délais sont ahurissants.»

Pour la psychoéducatrice et enseignante au collégial Solène Bourque, les coupures faites par la CAQ en éducation sont catastrophiques : «leur impact se fera sentir pendant des années», dit-elle.

«L’obsession de la maternelle 4 ans mur à mur n’est pas sans impact alors qu’on manquait déjà de personnel scolaire, de locaux de classe et d’écoles en bon état», explique-t-elle. «L’impact des décisions désastreuses se fait sentir du préscolaire au Cégep, avec les coupures dans les services de soutien aux élèves, les coupures dans le matériel pédagogique et l’entretien des infrastructures.»

Manque d’écoute et de respect

Rappelons que le nombre de places promises en maternelle 4 ans est passé de 5 000 classes à 2 600, un nombre qui pourrait être atteint en 2029-2030.

«C’est une mesure catastrophe», raconte une éducatrice d’une maternelle 4 ans de la Montérégie. «On a trop d’élèves par groupe. On n’a pas le temps de bien faire les choses, on fait ce qu’on peut en urgence. C’est du gros n’importe quoi.»

Mais ce qui dérange le plus les professeurs, à travers le parcours de François Legault et les directions prises par le ministère de l’Éducation, c’est le manque d’écoute. De soutien.

Certains parlent carrément d’abandon.

«Notre parole ne sert à rien», dit Marc-André, professeur d’éducation physique dans une école primaire montréalaise. «On n’est pas considéré. Ça manque de respect… Il faut vraiment aimer son travail pour rester !»

En état de crise

Plus rigide, moins démocratique, moins transparent, moins efficace. Isabelle, enseignante en 4e année à Laval, se sent larguée par le système d’éducation. Et impuissante.

«Legault laisse l’éducation dans un état de crise et je ne crois pas qu’aucun professionnel de l’éducation ne s’est senti écouté ni soutenu ces dernières années», laisse-t-elle tomber.

S’il a déclaré que l’éducation était «la priorité des priorités» en 2018, lorsqu’il a été porté au pouvoir, François Legault laisse des résultats mitigés derrière lui. L’école publique québécoise paie le prix fort — et l’addition risque de se faire sentir encore longtemps.