Le Parti québécois veut encourager les familles à avoir un troisième ou même, un quatrième enfant. Je suis d’accord qu’on devrait soutenir davantage les parents. Mais quand un gouvernement se fixe un objectif de naissances, à qui demande-t-on d’en faire plus?
Combien d’enfants avez-vous? Un? Deux? Aucun?
Et combien le Québec voudrait-il que vous en ayez?
Je me pose cette question depuis que Paul St-Pierre Plamondon a présenté son plan pour les familles. Le chef du Parti québécois veut faire remonter la fécondité au Québec. Pour y arriver, il propose un supplément de 350 $ par année pour un troisième enfant, puis autant pour un quatrième, jusqu’à leurs 18 ans.
350 $ par année. C’est 29 $ par mois.
Je veux bien qu’on aide les familles nombreuses. J’ai deux enfants et je connais les dépenses que cela engendre. Dites-moi: qui va décider d’avoir un troisième enfant pour 29 $ par mois?
Plus que le montant, c’est le message derrière qui me dérange. Selon une étude de l’Université de Sherbrooke, élever un enfant au Québec coûte entre 18 000 $ et 22 000 $ par année dans une famille à revenu moyen. Sur 18 ans, la facture atteint entre 324 000 $ et 396 000 $.
Un troisième enfant coûte moins cher que le premier. Reste que 350 $ par année, ce n’est rien, on s’entend.
Une famille, pas une cible
Le PQ dit vouloir permettre aux gens d’avoir les enfants qu’ils désirent. C’est un bel objectif!
Mais le parti se fixe aussi une cible de fécondité. Il voudrait faire passer le nombre moyen d’enfants par femme à 1,9.
Et là, je décroche.
Une politique familiale part des besoins des gens. Elle cherche à rendre leur vie plus facile. Une politique nataliste, elle, regarde le nombre de naissances et cherche à le faire monter.
Vous voyez la différence?
Dans le premier cas, on demande aux parents ce dont ils ont besoin. Dans le second, on demande aux femmes de faire plus d’enfants pour redresser les chiffres.
C’est vrai, le PQ propose aussi de bonifier le Régime québécois d’assurance parentale et de créer 10 000 places en CPE. Ce sont des mesures concrètes.
Pourquoi, alors, présenter ces mesures comme des moyens de faire grimper le nombre de naissances? Un CPE peut changer la vie d’une famille qui existe déjà. Est-ce qu’une place en garderie vaut moins si elle permet à une mère de reprendre son travail sans qu’elle ait un autre bébé?
Qui paiera le prix?
On peut annoncer un supplément au nom des «familles». Remettons les choses en perspective: une grossesse ne se vit pas à parts égales.
Ce sont les femmes qui tombent enceintes, accouchent et en subissent les conséquences sur leur santé et leur carrière. Ce sont souvent elles qui prennent le plus long congé et réorganisent leur travail. Puis viennent les rendez-vous, les vêtements à acheter, les inscriptions, les formulaires de l’école.
La charge mentale ne s’arrête pas à la naissance.
Nous ne sommes plus en 1960. Les femmes ont conquis le droit de décider si elles veulent des enfants, quand elles en veulent et combien elles en veulent. Elles ont des carrières et elles sont autonomes financièrement.
Je n’ai pas envie qu’on leur remette sur les épaules la responsabilité de l’avenir du Québec.
La pression n’a pas besoin d’être écrite dans une loi pour se faire sentir. Elle peut s’installer dans les discours. Dans les questions posées aux couples sans enfant. Dans l’idée qu’une famille de deux enfants, ce n’est pas assez.
Un retour
Le Québec a déjà essayé les bébés bonus. En 1988, le gouvernement de Robert Bourassa offrait une prime à chaque naissance, beaucoup plus élevée à partir du troisième enfant. Le programme a pris fin en 1997.
Des études lui attribuent des naissances supplémentaires, mais aussi des naissances devancées. Ces résultats ne nous disent pas qu’un supplément annuel de 350 $ convaincra aujourd’hui un couple d’avoir un troisième enfant.
Depuis, le Québec a fait un autre choix. Il a développé des services de garde et un régime d’assurance parentale. Ces programmes ne sont pas miraculeux, mais ils répondent à des besoins à long terme.
Ailleurs aussi, des gouvernements ont dépensé des sommes immenses pour relancer la natalité, sans réussir à renverser la tendance. Comment un chèque pourrait-il régler les questions de logement, de temps, de sécurité financière et de partage des tâches?
Aider sans compter
Je comprends que le vieillissement de la population inquiète. Il pose de vraies questions sur le travail, les soins et le financement de nos services.
La réponse ne peut pas reposer sur le ventre des femmes. Un enfant n’est pas un plan de redressement démographique.
Si une personne souhaite avoir un enfant et y renonce faute de logement, de revenus ou de place en garderie, aidons-la. Si une autre ne veut pas d’enfant, respectons-la. Le rôle de l’État, c’est de soutenir ces choix, pas de les orienter.
Voilà la politique familiale que j’aimerais entendre défendre. Une politique qui demande aux gens de quoi ils ont besoin pour vivre la famille qu’ils souhaitent. Pas combien de bébés ils peuvent faire pour le Québec.
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