Chroniques

Des airs de G’ICEstapo

Parce que, oui, cessons les timidités de vocabulaire, l’ICE américain s’inspire, chaque mois davantage, des tactiques du Troisième Reich.

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Bérard chronique USA (The Associated Press)

Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste. Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste. Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester.

Ce poème de Martin Niemöller, un pasteur allemand condamnant la lâcheté des intellos face aux horreurs nazies, a ironiquement et malheureusement bien vieilli. Dans le sens où il aura conservé, 80 ans après-coup, toute sa signification et pertinence. Parce que oui, cessons les timidités de vocabulaire, l’ICE américain s’inspire, chaque mois davantage, des tactiques du Troisième Reich.

Tout à voir, à vrai dire, avec une milice idéologique.

Celle qui permet, à 100 000 $ par année, avec un bonus de 50 000 $ à la signature et sans formation requise, de tapocher de l’immigrant jusqu’à plus soif et…

À déchirer le tissu social des familles, des communautés et à terroriser des quartiers entiers.

À déambuler dans les rues de quartier, incognito par l’entremise de leur cache-cou de pissous, à la recherche de leur prochaine victime : qui une mère tenant son enfant dans ses bras, qui un livreur d’Uber en vélo et sans histoire, qui deux hispanophones discutant paisiblement dans leur langue, sous un abribus de Los Angeles.

À squatter les palais de justice américains, histoire de kidnapper les justiciables racisés en attente d’audition et, pourquoi pas, à ramasser au passage une juge trop conciliante envers un migrant ciblé.

À terroriser les spectateurs à la sortie d’un match de baseball des Dodgers, ou encore ceux de concert d’un artiste international archipopulaire, tel Bad Bunny qui d’ailleurs, réfléchit maintenant à l’idée d’annuler sa tournée américaine : « Fucking ICE could be outside my concert. And it’s something that we were talking about and very concerned about. »

À s’en prendre même à un curé, le Révérend Kenny Callaghan, ayant commis l’affront de proposer qu’ils l’arrêtent lui, et non l’immigrante visée, lors d’une manif où les gaz lacrymogènes s’aspiraient à flot. Le gorille de l’ICE lui posa alors son gun sur la tempe, et il demanda:

— As-tu peur ?

— Non, de répondre le curé.

On le menotta ensuite, l’envoya au cachot, lui posant la même question:

— As-tu peur, maintenant ?

— Non.

— De toute façon, tu es Blanc. On va te libérer. Il n’y a pas de fun à y avoir, pour nous, avec un Blanc.

À s’émoustiller d’un centre de détention d’une cruauté abjecte, Alligator Alcatraz, où les conditions de salubrité et la nourriture sont quasi inexistantes, où les toilettes débordent à même les cages des détenus, à 35-40 degrés, et où les détenus disparaissent, sans que leurs avocats et familles ne puissent obtenir une quelconque information quant à leur transfert ou même qui sait, leur assassinat.

À arrêter et enfermer sous clef, des semaines, des leaders des Premières Nations, pourtant détenteurs de la citoyenneté américaine.

À suivre bêtement les ordres visant à violer les ordonnances judiciaires, notamment celles les empêchant de déporter leurs victimes vers la prison sanguinaire du Salvador.

À tirer trois fois dans la tête d’une femme sans défense en la traitant de « fucking bitch », une citoyenne américaine (donc hors de la juridiction de l’ICE) non-armée et au volant d’une minivan plutôt que d’agir comme l’imposent la Loi et les règles de déontologie et éthique policière, soit de laisser la chance à sa proie de fuir les lieux avant de faire feu, quitte à l’arrêter, si infraction commise, deux coins de rue plus loin.

À se voir protéger par Donald Trump et J. D. Vance, lesquels invoquent la légitime défense — ce qui est une sinistre blague — et une immunité imaginaire, de celle qui permettrait de tuer sans motif ni réédition de comptes, tel que l’autorisent les régimes fascistes, par exemple le Brésil de l’ex-président Bolsonaro ?

À s’exciter, maintenant, de la nouvelle politique post-assassinat, soit de cogner aux portes de maisons et appartements, sans mandat et en tout arbitraire, afin de débusquer leurs prochains martyrs.

Une Gestapo sauce É.-U., en bref. Vous m’écœurez, pour tout dire.

Pratiquement autant que vos supporteurs, Américains, québécois ou autres, qui s’astiquent en gymnastique de l’indéfendable. Des collabos 2.0. que l’Histoire, impitoyable à terme, jugera pour avoir butiner du mauvais côté, celui du fascisme et de ses cruautés. Que Nietzche, dans l’intervalle, vous accompagne :

« Celui qui lutte avec des monstres doit prendre garde à ne pas devenir lui-même un monstre. Et si tu regardes longtemps dans un abîme, l’abîme finit par regarder en toi. »

— Par-delà le bien et le mal