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Plus les Québécois s’intéressent à la politique, plus ils sont souverainistes

Une campagne référendaire sur l’indépendance bénéficie généralement le camp souverainiste.

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Chronique Jean-François Daoust | «Plus les Québécois s’intéressent à la politique, plus ils sont souverainistes» (Crédits: image tirée de La Presse canadienne et montage Noovo Info) Chronique Jean-François Daoust | «Plus les Québécois s’intéressent à la politique, plus ils sont souverainistes» (Crédits: image tirée de La Presse canadienne et montage Noovo Info) (La Presse canadienne)

L’appui à l’indépendance du Québec n’est pas à un niveau particulièrement élevé: environ un tiers des Québécois voteraient en faveur de l’indépendance.

Certains concluent que le Parti québécois (PQ), qui est aux portes du pouvoir avec un agenda indépendantiste décomplexé, devrait revoir son approche. C’est maintenant fait au sens où le PQ de Paul St-Pierre Plamondon a apporté une clarification importante en promettant un référendum dans un premier mandat, mais pas dans un contexte de guerre économique avec notre principal partenaire, comme nous le vivons actuellement. L’horizon référendaire serait donc plutôt vers la toute fin d’un mandat péquiste qui s’échelonnerait de 2026 à 2030.

Une tempête, des constantes

L’opinion publique réagit aux événements majeurs. Dans le cas de l’indépendance du Québec, ce fut le cas suivant l’échec du Lac Meech, de la mise en lumière du scandale des commandites et des tricheries du gouvernement fédéral lors du référendum de 1995. Tous ces événements ont mené à des augmentations de l’appui au OUI.

Depuis la guerre commerciale avec les États-Unis, l’effet est négatif pour l’appui à l’indépendance dans l’opinion publique. Mais il y a lieu de rappeler deux points centraux :

Premièrement, l’appui à l’indépendance reste substantiel. Les changements récents sont, somme toute, mineurs. Après tout, il y a grosso modo le tiers de l’électorat qui appuierait l’indépendance malgré l’incertitude économique.

Indépendance: le conflit en Iran pourrait avoir un «impact», admet PSPP La guerre qui fait rage en Iran pourrait avoir un «impact» sur l’option souverainiste, admet Paul St-Pierre Plamondon.

Deuxièmement, il y a une constante plutôt claire dans la recherche académique : l’appui à un projet indépendantiste a tendance à augmenter plus l’on s’approche du moment où la question devra être tranchée.

Ce constat ne relève pas d’un vœu pieux de la part des souverainistes, mais s’incarne dans plusieurs cas d’études. Par exemple, la campagne pour le OUI a débuté à environ 32 % d’appui un an avant le référendum sur l’indépendance de l’Écosse en 2014 et a terminé à 45 %, pour une augmentation de 13 points de pourcentage. Au Québec, la période couvrant l’élection du Parti Québécois de 1994 au résultat du référendum d’octobre 1995 est également un bon exemple.

Plus l’électorat s’intéresse à la politique, plus il est souverainiste

Comment expliquer ce phénomène ? La réponse tient en grande partie au rôle de l’intérêt pour la politique.

Les travaux en science politique et en psychologie politique démontrent qu’il existe un lien étroit entre l’intérêt pour la politique et le soutien aux projets de rupture remettant en question le statu quo. Les individus plus politisés sont généralement plus exposés à ces projets, mieux outillés pour en comprendre les enjeux et plus cohérents dans leurs positions idéologiques. Ils sont donc, toutes choses étant égales par ailleurs, plus susceptibles d’appuyer des propositions de changement majeur (comme un projet indépendantiste).

À l’inverse, l’absence d’intérêt pour la politique favorise fortement un biais en faveur du statu quo. Les citoyens moins politisés tendent à éviter les efforts cognitifs associés à l’analyse d’enjeux complexes. Ils sont également moins exposés aux arguments favorables au changement et ressentent souvent moins de motivation émotionnelle à soutenir un projet transformateur. Dans ce contexte, l’option la plus simple devient souvent celle qui consiste à maintenir l’ordre existant.

Ce mécanisme explique pourquoi l’indécision sur la question nationale est généralement plus élevée chez les individus peu politisés. Le manque d’intérêt pour la politique se traduit fréquemment par de l’ambivalence, une difficulté à se positionner et un recours plus fréquent aux catégories refuges dans les sondages comme « je ne sais pas ».

Paul St-Pierre Plamondon dénonce une campagne de peur L’augmentation des coûts d’emprunt de 20 millions par année pour le Québec ne serait pas liée au spectre d’un référendum sur la souveraineté de la province, selon le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, qui a répliqué au ministre des Finances Eric Girard.

Le cas québécois

J’ai utilisé les données de la plus récente Étude électorale québécoise (2022) pour examiner le lien entre l’intérêt politique et l’appui à l’indépendance. Le graphique ci-bas illustre que les arguments théoriques exposés précédemment semblent très bien s’appliquer l’électorat québécois.

Plus l’électeur est intéressé, plus sa probabilité de vouloir voter OUI lors d’un référendum sur l’indépendance augmente. Et de beaucoup : elle passe de 9 % lorsque le niveau d’intérêt est minimal à 47 % lorsqu’il est maximal.

Graphique - Source : Étude électorale québécoise de 2022. Graphique - Source : Étude électorale québécoise de 2022.

Un intérêt appelé à augmenter

L’intérêt pour la politique est généralement stable au cours d’une vie, mais il y a tout lieu de croire qu’une campagne référendaire et les mois la précédant peuvent augmenter l’intérêt politique.

Lorsque le débat occupe l’espace public pendant des mois, que les arguments sont discutés quotidiennement et que les conséquences concrètes sont débattues, l’électorat s’informe davantage et développe des opinions plus structurées.

Et si l’intérêt politique augmente, l’appui à l’indépendance augmentera également pour les raisons décrites ci-haut.

La marque Paul St-Pierre Plamondon

La clarification récente du Parti québécois quant au moment du référendum me paraît tout à fait raisonnable dans le contexte.

Paul St-Pierre Plamondon ne peut toutefois pas renier son engagement de tenir un référendum dans un premier mandat. Cela fait partie de sa marque de commerce, qui est somme toute très bonne (et de loin meilleure que celle de ses concurrents).

Il a défendu de la même façon le projet indépendantiste, peu importe si son parti était à 10 % ou 38 %, ou que l’appui à l’indépendance se situe plus près du 30 % ou du 40 %. On voit mal pourquoi, soudainement, l’approche dépendrait entièrement de l’appui à l’indépendance dans l’opinion publique.

Victoire du PQ à Chicoutimi: PSPP réitère un référendum dans un premier mandat En point de presse mardi, le chef du Parti québécois Paul St-Pierre Plamondon a assuré qu’il maintenait le cap et qu’il allait tenir un référendum sur l’indépendance dans un premier mandat.

Surtout que, pour les raisons mentionnées ci-haut et considérant la relation forte entre l’intérêt politique et l’appui à l’indépendance, la situation peut très bien changer si le Parti Québécois est élu.

Et entre temps, le référendum dans une première moitié de mandat étant écarté, l’électorat peut davantage se concentrer à élire d’abord et surtout le parti qui serait le meilleur pour gouverner le Québec.

Ce ne sera pas la CAQ, qui a complètement mis à mal sa crédibilité et son capital politique lors des huit dernières années. Il est extrêmement difficile d’imaginer le Parti libéral du Québec reconnecter avec l’électorat francophone, surtout considérant son dédain pour les questions nationalistes (par exemple, sur la vitalité du français) pourtant chères aux francophones.

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Jean-François Daoust

Jean-François Daoust

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Professeur de science politique