Collier en macaroni. Bricolages en bâtons de popsicle. Fleurs en carton. La fête des Mères a longtemps été soulignée à l’école et à la garderie. Même chose pour la fête des Pères. Mais aujourd’hui, dans certaines classes et garderies, on choisit de ne plus souligner systématiquement ces fêtes.
Par souci de respecter l’hétérogénéité des classes, certaines enseignantes et éducatrices choisissent de mettre de côté les poèmes et les coloriages pour la fête des pères et des mères.
Pas pour renier l’importance de ces fêtes mais simplement parce que cela a moins sa place, en 2026, en classe et au service de garde.
«On peut le faire autrement et plus librement», dit Annie, professeure depuis vingt ans dans une école primaire de Laval.
Annie, comme plusieurs de ses collègues partout au Québec, choisit de ne pas inclure une activité de fabrication de cadeau ou de carte pour la fête des mères et des pères — du moins, pas systématiquement.
«On n’est pas en train d’effacer les mères et les pères!» lance-t-elle, en réponse aux commentaires et réactions négatives sur les réseaux sociaux.
Approche plus humaine
En effet, j’écoute Annie et quelques autres enseignantes et éducatrices de partout au Québec, et je vois bien que cela n’est pas idéologique. Elles n’ont pas reçu une directive de l’école, du centre de services scolaire ou du ministère.
Elles souhaitent simplement adopter une approche plus humaine.
Elles me font remarquer à quel point une classe, aujourd’hui, ce n’est pas vingt-huit enfants qui vivent la même réalité.
Certains ont deux mamans. Ou deux papas.
D’autres vivent avec un seul des deux parents. Ou un grand-parent.
Certains sont en famille d’accueil. Ou voient leur(s) parent(s) avec une surveillance.
D’autres viennent d’arriver ici, avec l’un des deux parents ; l’autre est resté derrière, habite toujours le pays d’origine.
D’autres encore viennent de perdre un parent.
Et il y a tous ces enfants placés dans des situations de garde partagée, des situations parfois houleuses, parfois explosives.
Je pense que les enseignants connaissent leurs élèves. Je pense qu’on peut faire confiance aux profs.
Pas d’obligation
Ils savent qu’un simple bricolage peut devenir délicat pour certains enfants. Ils savent qu’une activité apparemment banale peut réveiller quelque chose de très douloureux.
Une éducatrice me racontait avoir remplacé les fêtes des mères et des pères par une activité autour des «personnes importantes». Une autre avait simplement installé un petit coin bricolage libre: les enfants qui voulaient fabriquer une carte pouvaient le faire. Et les autres, non. Pas d’obligation et pas de malaise.
Honnêtement, je trouve cela plus sensible, plus empathique et plus respectueux.
Parce que la question, au fond, c’est ça : est-ce que c’est le rôle de l’école de souligner et de célébrer la fête des mères et des pères, des fêtes commerciales?
Ne peut-on pas le faire, comme on l’entend, à la maison, entre nous?
Le rôle des écoles, c’est d’instruire, d’éduquer, de permettre aux jeunes de socialiser et de créer un environnement sécuritaire pour apprendre et pour s’épanouir. Et ce dernier point, il devient de plus en plus important, dans un contexte où le dialogue est polarisant et polarisé.
Gros bon sens
J’aime que les enseignantes et les éducatrices, en traitant différemment ces fêtes, fassent du cas par cas, avec leur gros bon sens. Quand un enseignant choisit de modifier une activité ou de ne pas insister sur une fête particulière, ce n’est pas nécessairement parce qu’il veut « effacer » quelque chose.
Parfois, c’est simplement parce qu’il connaît l’histoire des enfants assis devant lui.
Ce n’est pas une «révolution woke», c’est du discernement.
Évidemment, je comprends aussi le malaise de certains parents. Plusieurs ont l’impression qu’on marche constamment sur des œufs. Que toute la société doit désormais s’adapter pour éviter qu’une seule personne soit blessée.
Mais entre «tout éviter» et «faire preuve d’un peu de délicatesse», il y a un fossé!
Je vois plutôt là le signe qu’on avance. Notre société change et évolue — et ce qui se passe avec nos enfants, à l’école et la garderie aussi.
Et c’est tant mieux!
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