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Des nouvelles de la démocratie

Le V-Dem Institute vient de publier son dernier rapport. Pas joli, les amis. Pas du tout. On s’y attendait, vous me direz, mais quand même.

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Chronique Me Frédéric Bérard | «Des nouvelles de la démocratie» (Image tirée de La Presse canadienne et montage Noovo Info) Chronique Me Frédéric Bérard | «Des nouvelles de la démocratie» (Image tirée de La Presse canadienne et montage Noovo Info) (The Associated Press)

Vous connaissez le V-Dem Institute, autorité indépendante en matière d’évaluation de nos hygiènes démocratiques? Une machine regroupant plus de 4200 chercheurs universitaires répartis à travers le globe, analysant l’état des régimes existants depuis 1789. Rien de moins. Le plus grand centre de données pertinentes (32 millions) du genre, doté de 600 critères objectifs applicables.

La Porsche, autrement dit, de l’observatoire scientifique.

Or, l’Institut vient de publier son dernier rapport. Pas joli, les amis. Pas du tout. On s’y attendait, vous me direz, mais quand même.

Ma réaction première, à la lecture dudit rapport? Une lapalissade : les démocraties reposent sur un lien d’une délicatesse sans nom, celui de la confiance envers les institutions, qu’elles soient judiciaires, médiatiques ou syndicales.

Qu’un simple vent minimalement vigoureux suffira afin de détourner le gouvernail de l’Histoire.

Que quelques empires sans scrupules, assistés par des chroniqueurs raciaux paresseux ou autres larbins du pouvoir, en arrivent sans forcer à contrôler le narratif public et autoconstruire l’homme de paille.

Qu’une fois ledit narratif incrusté à même le réflexe citoyen, il conviendra de proposer au peuple d’ainsi s’attaquer à l’ennemi désigné, qu’il soit trans, immigrant, antifa ou média public encourageant le marxisme sur ses ondes.

Que pour paraphraser Montesquieu, une injustice commise à un seul est une injustice commise, au final, envers la démocratie. Parce que oui, comme le rappelle le rapport, droits fondamentaux et vigueur démocratique sont intrinsèquement liés.

Bien assis? Quelques faits saillants, maintenant.

Que si 9% de la population mondiale vivait en 2005 dans des pays en voie de devenir autoritaires, cette frange atteint aujourd’hui les 41%, soit 3,4 milliards d’individus.

Que 74% de cette même population subit dorénavant les affres de la dictature, contre 50%, et ce, il y a 20 ans à peine.

Que seulement 7 % des citoyens planétaires jouissent des vertus d’une démocratie libérale — modèle d’ailleurs chéri par l’Institut — en opposition aux démocraties de façade ou illibérales, style Viktor Orban.

Qu’il y avait 45 démocraties du genre en 2005, contre maintenant 31.

Les enjeux de la démocratie mis de l’avant dans un livre de Louis-Philippe Lampron Par Mathieu Boivin | Louis-Philippe Lampron présente son livre «La démocratie ne se défendra pas toute seule» en entrevue avec Noovo Info.

Que sans surprise, la censure médiatique demeure le stratagème favori des gouvernements propulsant le régime vers la voie de l’autocratisme, et que la répression citoyenne est populaire auprès de 32 de ces mêmes régimes, et que la liberté d’expression se veut la valeur démocratique la plus souvent mise à mal.

Que cinq pays d’Europe, soit la Croatie, l’Italie, la Slovaquie, la Slovénie et même le Royaume-Uni, sont en pleine dérape incontrôlée.

Que l’Europe de l’Ouest et l’Amérique du Nord, merci aux É.-U., sont à leur plus bas niveau, démocratiquement parlant, depuis un demi-siècle.

Que ces mêmes É.-U. se voient retirer leur badge de démocratie libérale et que, cerise sur le sundae : «compte tenu de la magnitude du déclin observé, la débandade américaine de 2025 constitue la plus importante — depuis celle de 1789 — de son histoire.»

Et le Canada, là-dedans? Une correcte 23e position, tout juste avant le Japon, tout juste après la Corée du Sud, en bref, ce n’est pas le Pérou. Surtout que ce même pôle se veut un combiné de divers critères applicables, dont le droit à l’égalité quant à l’accès au pouvoir. Notre score, sur ce volet précis ? Un piètre et gênant 62e rang.

Un dilemme, maintenant, pour la suite : poursuivre la voie du déni, de l’aveuglement (très) volontaire et de la dérision de ceux qui sonnent l’alarme.

Ou l’inverse.

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