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Chocolat à vendre

C’est l’ancêtre du «GoFundMe».

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Chronique d'Alex Perron | «Chocolat à vendre» (Image tirée de la banque Envato) Chronique d'Alex Perron | «Chocolat à vendre» (Image tirée de la banque Envato) (Banque d'images Envato)

Nous arrivons dans la période des sorties scolaires des écoles primaires et secondaires. Dans le bon vieux temps, quand une activité scolaire coûtait cher, on faisait des ventes de tablettes de chocolat pour payer la grosse sortie. C’est l’ancêtre du GoFundMe.

Déjà, dans mon temps, les écoles n’avaient pas une cenne. L’école pouvait soit amener tout le monde au zoo de Québec ou faire sabler le plancher du gymnase pour qu’on cesse de se rentrer des échardes dans les genoux en jouant au ballon prisonnier (ancêtre du ballon-chasseur). Pas les deux.

Oui, si tu avais des parents qui avaient une grosse job comme secrétaire de direction ou gérant de magasin de meubles, ils pouvaient te payer la sortie sans avoir recours à la vente de tablettes de chocolat, mais c’étaient des cas très isolés. Les riches de la place, comme on disait dans les files par ordre de grandeur dans la cour d’école (j’étais toujours en avant). D’hier à aujourd’hui, toujours le plus petit.

Les tablettes de chocolat ne contenaient pas beaucoup de chocolat. Et le tout venait en boîte de dix barres. Même prix pour tous. Une tablette pour trois dollars, deux tablettes pour cinq dollars ou trois tablettes pour sept dollars. Alors, faites le calcul, il fallait en vendre en ciboulette pour aller en classe neige de 3 jours au camp Kikiwipong.

Cette année-là, en secondaire 4, on avait l’opportunité d’aller apprendre à faire de la planche à voile pendant trois jours au Centre Duschesnay. Et quand, je dis apprendre, je veux dire par là d’essayer de sortir la voile de l’eau pendant un bon quarante minutes et d’avancer deux mètres avant de sacrer le camp à l’eau. Tout ça pour la modique somme de 300$.

Aujourd’hui, avec l’inflation, ça équivaut à un voyage de 6500$. Ma mère me donnait 100$ et j’avais 50$ de gardiennage de la petite peste en bas de chez nous. Je devais donc vendre pour 150$ de tablettes de chocolat sans vrai chocolat pour aller m’humilier sur l’eau.

Caravan et Cherry Blossom: une chocolaterie saguenéenne appelle les nostalgiques Parlons chocolat: si on parle de Caravan ou Cherry Blossom, ça vous dit sans doute quelque chose. Linda Simard, connait un succès monstre depuis des mois pour avoir une recette presque semblable.

Ça peut paraître peu, mais non. Oui, je pouvais solliciter la famille avec mon sourire candide. Mais attention. Mes cousins et cousines, eux aussi, devaient financer leurs sorties scolaires. On sortait tous des écoles en même temps.

Ce qui fait qu’un moment donné, ça jammait dans le coude. Les matantes en revenaient des barres de chocolats cheapettes. Il y a une limite à faire des fondues au chocolat avec des barres sans chocolat. Le plan B, c’était de passer de maison en maison pour achaler les voisins, mais le problème, c’est que toute la classe habitait le même quartier.

Donc ça rejammait dans le coude. On cognait tous aux mêmes portes. Si tu passais après les deux premiers autres étudiants de ta classe, plus personne ne voulait t’acheter tes « fabuleuses » barres. Cette année-là, comme j’avais trop attendu pour faire mon vendeur itinérant, c’était l’échec total. Je voyais la planche à voile s’éloigner de plus en plus du rivage sans moi.

Heureusement, ma tante Suzie me proposa d’amener les tablettes à son travail pour menacer ses collègues de perte de bonus s’ils ne m’achetaient pas au moins 3 barres. Je blague bien sûr sur la portion menace.

Le problème, qui devint une solution, c’est qu’elle oublia les boîtes de barres de choco-rien dans sa voiture en plein soleil. Et la bonne nouvelle, c’est que même avec le plus petit pourcentage de chocolat dans une barre de chocolat, ça fond pareil. C’était devenu une immense galette de mou brun dans du papier humide.

Le bonheur. C’était invendable. Même en rabais de 3 barres pour 5 dollars. Ma tante Suzie décida donc, pour se faire pardonner, d’investir les 89 dollars qui me manquaient pour aller risquer ma vie en recevant une perche de planche à voile sur la tête. Une commotion à peu de frais.

Alors, toi l’ado qui tente, en ce moment, de vendre des cossins pour financer ta sortie de classe, garde la foi. L’archange des bidules à vendre pour projet scolaire te viendra en aide.

Alléluia.

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