Tranquillement pas vite, l’été tire à sa fin. Les derniers festivals mettant en vedette de bons vieux rappers et des bands pop-rock des années 90 ne seront bientôt plus qu’un souvenir.
On mange moins de cornets trempés dans le caramel salé en fin de soirée. Les environnementalistes, eux, n’en peuvent plus de chialer sur les effets nocifs des feux d’artifice. Bref, la nostalgie de l’humidex s’installe.
Je ne sais pas si c’est l’effet des mauvaises pubs télé sur la rentrée des classes où on l’on voit des mères — toujours elles, à croire que les pères ne savent pas que leurs enfants vont à l’école et qu’il y a une liste longue comme le pont Jacques-Cartier à cocher) — sauter de joie devant des tablettes de duo-tangs en rabais, mais je me suis mis à repenser à mon entrée au Cégep.
Je ne sais pour vous, mais pour moi, ç’a été toute étape. Je quittais mon école secondaire où j’avais passé les cinq dernières années avec à peu près les mêmes personnes dans ma classe. Je faisais partie d’un groupe dit fort (c’était la mode de l’époque). Ce qui fait en sorte que nous étions restés les mêmes trente élèves tout au long de notre passage à l’école secondaire. Ça crée des liens. Et aussi des conflits.
Comme j’avais choisi de m’inscrire en technique de travail social (une envie de sauver le monde qui allait durer une seule session), je devais aller au Cégep de Sainte-Foy. Tandis que 98 % de ma gang aboutissait au Cégep de Limoilou. Alors, pas besoin de vous dire que, comme la petite Candy des dessins animés, je me sentais solidement orphelin.
En y repensant bien, je pense que j’ai trouvé ça plus difficile que l’entrée au secondaire. D’abord parce que de se retrouver pratiquement sans ami et connaissance à 17 ans au cégep, ce n’est pas comme à 13 ans.
On est moins dans la naïveté de connecter avec ceux qui tripent sur les bandes dessinées de Marvel, mettons. On est à la frontière de l’âge adulte et une espèce de réserve et de pudeur s’est installée. Chaque cours amène de nouveaux visages et un sentiment impersonnel se fait vite ressentir. C’est dur de créer rapidement des liens avec des gens qui tu croises une fois par semaine.
À mon école secondaire, j’étais une des «vedettes» de l’impro. Un joueur marquant de ces cinq années. Dans les écoles secondaires avoisinantes, notre équipe faisait peur. On avait la gâchette à gags facile, rapide et efficace.
Et là… plus rien.
Je devais refaire mes preuves. Pire encore. Je devais passer une audition afin de pouvoir peut-être intégrer la ligue cégépienne. Peut-être! non mais, quel affront pour une star ado localement reconnue comme moi.
Bon joueur, je m’étais abaissé à faire les auditions. On m’avait alors invité à faire le camp d’entraînement avant de me dire si j’étais accepté. Un solide coup d’épée dans l’égo du clown. Pas de laissez-passer gratuit. Heureusement, je m’étais donné à fond à ce samedi d’entraînement du rire et j’avais été repêché.
En plus, je n’avais pas eu mon premier choix de cours d’éducation physique, j’avais atterri dans un cours d’éveil au massage au lieu de badminton. Quand j’y repense, c’était tellement malaisant ce cours. On apprenait la base du massage en se tripotant entre nous.
Ça puait le malaise dans toute la classe.
C’était zéro Feng-shui.
Cependant, j’étais heureux de mon cours complémentaire. Création littéraire. C’était mon premier choix. J’ai adoré ce cours. C’est assurément ce premier pas dans l’écriture qui m’a donné le goût de poursuivre dans cette voie.
Ce qui était moins le fun, c’est ce regard de jugement des futurs auteurs et autrices envers un imposteur débarqué de la section: travail social. Que faisait un futur agent de CLSC dans le bain de la création de l’art?
Cela dit, je trouvais le cégep trop grand. Trop loin de Beauport. Trop de monde. J’ai dû chercher mon casier, la cafétéria, la bibliothèque, la Coop et la bonne sortie vers mon autobus au moins les trois premières semaines.
Mais la bonne nouvelle là-dedans, c’est que l’humain est un petit mammifère qui finit toujours par s’adapter. C’est ce que j’ai fait.
Le Cégep m’a fait découvrir le théâtre et le jeu sur scène. Une nouvelle gang de théâtreux.
J’ai quitté le travail social pour bifurquer vers les arts à l’université. Parfois, un peu de garnottes sur la route, ça nous amène à réviser notre chemin. Bonne rentrée aussi hasardeuse, soit-elle.
C’est ce qui met fin à cette série de textes en version saison d’été.
Merci pour vos nombreux commentaires que vous m’avez fait parvenir au fil des semaines.
Et maintenant, que la saison d’automne reprenne.
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