Pourquoi certains hommes provoquent-ils une crise précisément lorsque leur conjointe devrait être heureuse, fière ou célébrée? Anniversaire, promotion, nouvel emploi, voyage: derrière ces moments gâchés se cache parfois quelque chose de plus troublant qu’une simple chicane de couple.
Je suis tombée récemment sur un article qui m’a happée. Le titre: Why Do Men Ruin Your Birthday? (traduction libre: Pourquoi les hommes gâchent-ils votre anniversaire?)
La journaliste Chanté Joseph s’est intéressée à ces hommes qui semblent trouver le pire moment possible pour déclencher une crise.
Un anniversaire. La veille d’une entrevue importante. Le premier jour d’un nouvel emploi. Pendant un voyage entre copines. Ou même lors de funérailles.
Elle a lancé la question aux femmes qui la suivent sur les réseaux sociaux. Plus de 120 lui ont répondu avec des histoires de moments heureux ou importants sabotés par les hommes de leur entourage.
J’ai voulu faire le même test… Et franchement, les réponses reçues (plus d’une vingtaine) m’ont brisé le cœur.
«À mon party de 40e anniversaire et aux funérailles de ma mère», m’a dit l’une.
«Il m’a rendu la vie difficile alors que je faisais mon MBA, alors que moi je l’avais supporté», me confie l’autre.
«Mon ex a gâché mon bal de secondaire 5.»
«Mon copain a fait la gueule lors de ma crémaillère alors que je recevais toute ma famille et mes amis», témoigne une autre.
Et une femme m’a simplement écrit: «Oh oui! Ça m’est arrivé très souvent.»
Involontaire ou volontaire?
Très souvent…
Mais pourquoi précisément ce jour-là?
C’est la question qui m’obsède.
Une chicane de couple peut arriver n’importe quand. Pourquoi faut-il qu’elle éclate précisément le soir où l’autre devrait célébrer?
La psychologue clinicienne Sophie Mort, interrogée dans l’article, explique que les moments importants peuvent faire remonter toutes sortes d’émotions difficiles: honte, ressentiment, insécurité ou malaise devant les attentes émotionnelles.
Parfois, quelque chose de retenu depuis longtemps déborde au pire moment. Mais parfois aussi, explique-t-elle, le choix du moment est volontaire.
Parce qu’une crise ce jour-là fait un maximum de dégâts. Elle contamine le souvenir.
Ce moment devait être à elle — mais après la crise, il sera à lui.
Même au travail
Cela s’étend à la sphère professionnelle. C’est probablement la partie de l’article qui m’a le plus troublée.
Plusieurs femmes racontent que leur conjoint ou leur ex a déclenché une crise autour d’un moment professionnel important : la veille d’une entrevue, à l’annonce d’une promotion ou d’un nouveau rôle, ou lors de leur première journée dans un nouvel emploi.
Lorsque ces comportements visent à nuire à la carrière de l’autre, cela porte un nom : le sabotage professionnel.
Et ce n’est pas une invention des réseaux sociaux. Dans les recherches sur la violence conjugale et la violence économique, le sabotage professionnel est un comportement reconnu. Il peut s’agir de nuire aux études de sa partenaire, à sa recherche d’emploi, à sa capacité de travailler ou à son avancement professionnel.
Socialisation masculine
Est-ce que cela appartient plutôt aux hommes?
Évidemment, une femme peut être jalouse, contrôlante ou incapable de se réjouir sincèrement du succès de son conjoint. Après tout, les hommes n’ont pas le monopole de l’insécurité.
L’article ne présente aucune donnée permettant d’affirmer que les hommes sabotent davantage les moments importants de leur partenaire que les femmes.
Mais alors, pourquoi tant de femmes racontent-elles avoir vécu ça avec un homme?
Sophie Mort avance une piste: la socialisation masculine.
Certains hommes ont appris à valoriser le contrôle, l’autonomie et la retenue émotionnelle, beaucoup plus qu’à exprimer leur vulnérabilité.
Dire «J’ai peur que tu me dépasses», «Je me sens moins important» ou «Ta réussite me rend insécure» exige de mettre des mots sur ce qu’on ressent. La colère, la critique ou le retrait peuvent alors devenir des façons d’exprimer autrement cette insécurité.
Apprendre à ne plus briller
Mais il n’est pas seulement question d’insécurité.
Certains hommes ont appris, consciemment ou non, que le temps, l’attention, le soutien émotionnel et même le travail domestique de leur conjointe doivent demeurer disponibles pour eux. Que ses ambitions passent après.
Sa réussite ne vient donc pas seulement changer sa vie à elle; elle peut aussi bousculer la place qu’il croyait occuper dans la sienne.
C’est peut-être là que survient le plus triste: certaines femmes disent redouter leurs anniversaires ou leurs propres réussites. Comme si, à force de voir leurs beaux moments se transformer en crises, elles avaient appris qu’être célébrées a un prix.
Il faut se faire petite… avant même qu’on nous le demande. Ne pas trop célébrer. Ne pas trop rayonner.
Green flag
On parle énormément des red flags en amour. J’aimerais qu’on parle davantage des green flags, ces signes qui indiquent qu’une relation est saine et respectueuse.
En voici un, immense: regardez comment votre partenaire réagit lorsqu’il vous arrive quelque chose de formidable.
Est-il heureux pour vous? Peut-il célébrer votre réussite sans la comparer immédiatement à ce qui lui manque? Peut-il vous regarder avancer sans craindre que vous le laissiez derrière ? Peut-il vous laisser prendre toute la place pour une fois?
Peut-il vous applaudir sans se sentir diminué? Être fier de vous sans avoir besoin de récupérer la lumière?
Je veux qu’on parle de cet amour qui pousse vers l’avant, qui célèbre les réussites, qui hurle: allez, go, vas-y!
Aimer quelqu’un, ce n’est pas lui demander de tamiser sa lumière pour protéger la nôtre. Après tout, la lumière de l’un n’enlève rien à celle de l’autre.
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