Née en Palestine et maintenant eurodéputée, Rima Hassan est l’une des figures-vedettes de La France Insoumise, avec ce que ceci comporte de polarisation. Eurodéputée, frondeuse, et allergique aux compromissions, elle s’amuse à dénoncer le régime Netanyahou pour ce qu’il est: génocidaire, basant ses accusations sur un rapport lapidaire de l’ONU, ainsi qu’une résolution de l’Association des chercheurs en génocide, comportant 500 experts issus de toutes nations.
Et comme pour toute baveuse refusant l’indéfendable, on se plaît maintenant à caricaturer le personnage, à déformer ses propos, à lui accoler l’étiquette d’infréquentable. Sa reprise des citations de Frantz Fanon, jugées violentes, ou encore son encouragement au boycottage des produits israéliens lui vaudront une campagne de dénigrement politico-médiatique continue.
La justice française lui paie d’ailleurs une enquête pour «apologie du terrorisme» après dénonciations de ses propos sur le Hamas, lequel mènerait une «action légitime».
Conclusion et conséquence desdites enquêtes?
Rien du tout.
Parce que ses détracteurs ou diffamateurs, légion, ont simplement cité une partie du message.
Comme le précise le Monde, dans son édition du 27 février 2025, l’eurodéputée a en effet ajouté à ses précédents propos:
«Ce n’est pas parce que les résolutions des Nations unies sont extrêmement claires sur le droit des peuples colonisés à avoir recours à la lutte armée que les procédés de la lutte armée justifient tout», a-t-elle nuancé. «Vous n’avez pas le droit de prendre en otage des civils, vous n’avez pas le droit de commettre un certain nombre des exactions telles qu’elles ont été commises» lors des attaques du 7 octobre 2023 par l’organisation islamiste. «Moi et mon parti avons quand même très souvent rappelé que c’était effectivement des crimes de guerre», a-t-elle ajouté.
Un peu différent, on en conviendra.
En bref, elle dérange, Hassan. Parce qu’elle a un courage proportionnel à sa grande gueule, et que la liberté d’expression, elle connaît et optimise. Celle-ci, dirait Malraux, appartient à celles qui l’ont conquise.
Tout pour déplaire aux lobbys puissants pro-Netanyahou, et à leurs complices médiatiques, notamment extrêmes-centristes.
Pas de casier judiciaire ni d’accusation, donc, malgré les déshonorables efforts de plusieurs afin de réduire au silence ses coups de semonce dirigés non contre une religion ou un peuple, mais bien envers un régime.
La rançon, invraisemblable, d’une parole libre et nécessaire, particulièrement en ces ères d’atrophie empathique et d’insignifiance médiatique.
Quelques heures avant son départ vers Montréal, où elle devait livrer deux allocutions, surprise! Douanes Canada, malgré l’autorisation de sa visite, requiert maintenant une multitude de cossins techniques et impossibles à obtenir à si brève échéance. Le B’nai Brith et le CIJA revendiquent publiquement la responsabilité de la manœuvre, soit d’avoir réussi à empêcher Hassan de débarquer au pays. Le mérite de l’honnêteté, au moins.
Couvrant la nouvelle, La Presse titre initialement : «Conférence à Montréal: La douane aurait bloqué une passionaria propalestienne».
Passionaria.
Propalestienne.
Certainement réducteur, possiblement misogyne, assurément pléonastique : une Palestienne pro… Palestine?
Aucune mention, donc, de ses fonctions d’eurodéputée ce qui, au final, aurait réussi à alerter le lectorat de l’ignominie de l’affaire : comment le gouvernement canadien, même sous pression de deux lobbys, peut-il arbitrairement barrer la route à une élue d’un autre pays, d’ailleurs membre du G7 et du Conseil de sécurité de l’ONU, laquelle élue n’aura jamais été accusée de quelconque crime ou infraction ? Comment y voir, en fait, autre chose qu’un misérable aplaventrisme sacrifiant la liberté d’expression à l’autel du bullying?
La suite de l’article est, lui aussi, symptomatique d’un mal d’époque : «Elle a notamment affirmé deux ans plus tard que le Hamas a une action légitime du point de vue du droit international.»
Il manque ici, comme discuté plus haut, un extrait assez névralgique, disons.
Enfin: «[…] L’eurodéputée est aussi revenue dans l’actualité cet hiver : c’est en marge de l’une de ses conférences que le militant ultranationaliste Quentin Deranque a été mortellement blessé dans une rue de Lyon.»
Quelle pertinence d’associer l’une de ses conférences et la mort de Quentin Deranque? Précisions que ce dernier, selon les révélations de Médiapart confirmées depuis, était un peu plus «qu’ultranationaliste». Plutôt un fan d’Hitler et du nazisme, en fait.
Voilà comment l’on construit, de toutes pièces, des monstres, laissant s’enfuir les salauds au large.
Le mot de la fin à Elizabeth Badinter, philosophe et femmes de lettres françaises : «nos élites politiques et médiatiques sont obsédées par le moralisme. Les mêmes qui viennent défiler pour la liberté d’expression».
Reste maintenant, entre plusieurs autres choses, à redéfinir cette même moralité.
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