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Bad Bunny: le spectacle politique du 60e Super Bowl

Ce soir, aux États-Unis, regarder ou non le spectacle de la mi-temps ne sera pas seulement un choix musical, mais aussi un choix politique.

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Chronique Victor 8 février Bad Bunny (Montage Noovo Info et Associated Press)

«ICE OUT» !!

Après avoir remporté le Grammy de l’album de l’année et être devenu le premier artiste à gagner ce prix avec un album entièrement en espagnol, c’est ce message que Bad Bunny a choisi de mettre de l’avant, devenant ainsi le symbole d’un mouvement anti-ICE qui prend de l’ampleur.

Mais au-delà de la déclaration choc, Bad Bunny et son choix comme artiste de la mi-temps du Super Bowl sont devenus bien plus qu’un simple irritant aux yeux du président Trump. Il est désormais le symbole de la polarisation culturelle, sociale et politique qui traverse les États-Unis.

Pas assez américain

Donald Trump parle de Bad Bunny comme d’un artiste qui « ne rassemble pas l’Amérique » et laisse entendre qu’il ne représente pas les « vrais Américains », l’attaquant à la fois sur sa langue et sur ses prises de position contre ICE.

Allons encore plus loin. Des partisans MAGA organiseront aujourd’hui un spectacle de la mi-temps «vraiment américain» avec Kid Rock et d’autres artistes pro-Trump, dans le but de faire contrepoids au choix de la NFL. Une façon d’illustrer ce qu’est l’Amérique de Trump et, surtout, de diviser, puisque la rhétorique du «nous contre eux» est au cœur même de son mouvement.

Alors oui, le choix de Bad Bunny irrite Trump, non pas parce qu’il ne serait pas assez américain, mais plutôt parce qu’il est populaire et qu’il possède le potentiel de rallier les opposants au président, d’élargir leur capacité de mobilisation et de persuasion, notamment en vue des élections de mi-mandat.

Remplacer le vide de l’opposition politique

Il faut aussi reconnaître que les opposants démocrates devaient attendre avec impatience l’émergence de quelqu’un prêt à assumer un certain leadership pour s’opposer au président. Il y a bien quelques représentants démocrates à la Chambre et au Sénat qui font un travail sérieux, et d’autres, comme le gouverneur démocrate de la Californie, Gavin Newsom, qui a multiplié certaines sorties publiques intéressantes. Mais force est de constater que l’opposition publique à Donald Trump demeure politiquement très faible.

Malgré les événements graves survenus au Minnesota, personne ne s’est imposé comme une évidence du côté démocrate pour affronter le président républicain. Ce vide n’est certainement pas étranger à l’importance qu’a prise le concert de Bad Bunny. Faute de politiciens forts, plusieurs Américains ont choisi de confier ce rôle à un artiste.

Le problème pour eux est que les chances de voir Bad Bunny se présenter à la présidence en 2028 sont nulles. Il devient donc urgent d’identifier, au sein du leadership démocrate, des figures capables de réellement séduire l’électorat. Espérons que les élections de mi-mandat permettront de faire émerger des talents encore cachés du côté démocrate. Sinon, les deux prochaines années risquent d’être très longues, et les quatre suivantes encore davantage.

Super Bowl LX: la frénésie commence à se faire sentir à San Francisco La frénésie commence à se faire sentir en Californie, dans la région de San Francisco, où le 60e Superbowl aura lieu en fin de semaine. Pour prendre le pouls de la ville hôte, on joint Éric Leblanc de RDS.

Les États-Unis nous ont habitués à voir des vedettes devenir plus grandes que leur art et incarner des symboles. Cette fois, cette vedette se retrouvera au cœur du plus important spectacle du sport national et de la télévision américaine.

Ce soir, aux États-Unis, regarder ou non le spectacle de la mi-temps ne sera pas seulement un choix musical, mais aussi un choix politique.

Donald Trump ne l’écoutera pas.

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