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Analyse | Hausse du prix de l’essence: quelques trucs pour économiser de l’argent

La hausse des prix du pétrole est un véritable casse-tête, et il ne sert à rien de prétendre le contraire.

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«Accotés», plusieurs Québécois n’ont pas assez d’argent pour payer leurs impôts Une proportion de 75% des Québécois seraient à 200$ ou moins de ne pas pouvoir payer boucler leur budget mensuel, selon un rapport de la firme de services financier MNP.

Les prix de l’essence font à nouveau la une des journaux, et ce n’est pas réjouissant. Si vous avez fait le plein au cours du dernier mois, vous le savez déjà. Les chiffres affichés aux pompes grimpent rapidement, et cette hausse ne s’arrête pas à la station-service. La hausse des prix du pétrole a tendance à se répercuter sur presque tout : les courses, les transports en commun, les livraisons et même votre prochain billet d’avion.

Ci-dessous, on vous explique ce qui se passe réellement avec les prix du pétrole en 2026, pourquoi cela a de l’importance pour votre portefeuille, et les mesures concrètes que vous pouvez prendre pour faire face à cette pression.

Le choc pétrolier, en termes simples

La guerre en Iran et les perturbations autour du détroit d’Ormuz ont fait grimper en flèche les prix mondiaux du pétrole depuis la mi-mars. Selon Statistique Canada, les prix de l’essence ont bondi de 21,2 % d’un mois à l’autre en mars, la plus forte hausse mensuelle jamais enregistrée. Cela a fait grimper le taux d’inflation du Canada à 2,4 %, inversant des mois de lente désinflation.

Le gouvernement fédéral a réagi rapidement. Le 20 avril, Ottawa a temporairement suspendu la taxe fédérale d’accise sur l’essence, le diesel et les carburants d’aviation jusqu’au 7 septembre, réduisant ainsi le prix à la pompe d’environ 10 cents par litre, selon la Mise à jour économique du printemps 2026.

Mais ce soulagement est partiel. CTV News a rapporté que l’automobiliste canadien moyen pourrait finir par payer environ 1600 dollars de plus à la pompe cette année si les prix élevés persistent. Et ce n’est là que le coût direct. Le plus important, c’est ce qui va suivre.

1. Attendez-vous à ce que la pression s’étende au-delà de la pompe

Le pétrole, ce n’est pas seulement de l’essence. C’est la matière première du diesel, du kérosène, des engrais, des plastiques et du transport de marchandises. Presque tous les produits que l’on trouve dans les rayons des magasins canadiens y parviennent par camion, par train ou par bateau, et tous ces moyens de transport fonctionnent au carburant.

La Banque du Canada l’a clairement indiqué lors de sa décision sur les taux d’intérêt du 29 avril, en maintenant le taux directeur à 2,25 % et en avertissant qu’elle surveillait les répercussions sur l’alimentation et les services. Les chocs énergétiques mettent généralement deux à trois mois à se répercuter sur les chaînes d’approvisionnement avant de se faire sentir à l’épicerie.

Ce que cela signifie pour vous : même si les gros titres commencent à se calmer, vos dépenses alimentaires, vos factures de restaurant et vos frais de transport continueront probablement à augmenter tout au long de l’été. Planifiez votre budget en fonction de cette réalité, et non dans l’espoir que les prix reviennent à la normale le mois prochain.

2. Réexaminez vos frais de transport

Le moyen le plus rapide de réaliser de réelles économies est de vous concentrer sur les postes de dépenses que vous pouvez réellement contrôler. La conduite automobile est l’une des rares dépenses importantes où de petits changements s’accumulent rapidement.

Regroupez vos courses en un seul trajet, faites du covoiturage lorsque cela est judicieux, et respectez les limitations de vitesse (le rendement énergétique chute fortement au-delà de 100 km/h). Si vous possédez deux véhicules, privilégiez le plus économe en carburant. Si vous conduisez un véhicule hybride ou électrique, c’est le moment où le calcul commence vraiment à porter ses fruits.

Pour les usagers des transports en commun, examinez attentivement si les transports en commun, le vélo ou un horaire de télétravail condensé pourraient remplacer un ou deux jours de trajet en voiture par semaine. Aux prix actuels, le simple fait de ne pas faire le plein une fois par mois vous permet d’économiser environ 80 à 100 dollars.

3. Protégez d’abord votre trésorerie, vos investissements ensuite

Lorsque des produits de première nécessité comme le carburant et la nourriture deviennent plus chers, la tentation est de continuer à cotiser le même montant à votre REER ou à votre CELI et d’absorber discrètement la différence avec votre carte de crédit. Ne le faites pas.

Le taux d’épargne des ménages canadiens a chuté à 4,7 % au troisième trimestre 2025, selon Statistique Canada. J’ai examiné de près ce chiffre et d’autres données surprenantes sur les finances des ménages, et le tableau d’ensemble donne à réfléchir. La plupart des Canadiens disposent d’une marge de manœuvre très réduite pour absorber un choc comme celui-ci.

Dans un contexte de coûts élevés, l’ordre des priorités est le suivant : couvrir vos dépenses essentielles, conserver l’équivalent de trois à six mois de dépenses dans un fonds d’urgence, rembourser vos dettes à taux d’intérêt élevé, puis cotiser à des comptes à long terme.

Si vous devez faire des concessions pendant quelques mois, il vaut mieux suspendre vos cotisations au CELI plutôt que d’accumuler des dettes de carte de crédit à 20 % d’intérêt.

4. Anticipez la hausse des coûts alimentaires

L’inflation alimentaire était déjà forte avant le choc pétrolier, les prix des produits d’épicerie ayant augmenté de 4,4 % en glissement annuel en mars. Les produits frais et tout ce qui est transporté par camion sur de longues distances subiront la plus forte pression au cours des prochains mois.

Il existe quelques astuces qui fonctionnent vraiment. Organisez vos repas hebdomadaires en fonction des promotions et des produits de saison. Achetez des protéines en gros et congelez-les en portions. Utilisez judicieusement les programmes de fidélité. Une liste de courses approximative de 250 $ par semaine peut facilement devenir une liste rigoureuse de 200 $ avec un peu de planification.

5. Ne prenez pas de décision financière importante le pire jour possible

C’est ce point que je tiens à souligner. Lorsque l’inflation fait la une des journaux et que les prix à la pompe atteignent des sommets, la pire chose à faire est de vendre ses placements dans la panique, de s’engager dans un prêt hypothécaire à taux variable à long terme ou de renoncer à son plan parce que l’actualité fait peur.

Selon les projections d’avril de la Banque du Canada, les prix du pétrole finiront par baisser et l’inflation reviendra à l’objectif de 2 % d’ici le début de l’année prochaine. Il s’agit d’un scénario de base, pas d’une garantie, mais c’est l’hypothèse centrale des responsables de la politique monétaire. La plupart des économistes s’attendent à ce que le taux directeur reste proche de ses niveaux actuels jusqu’à la fin de 2026, à moins que la guerre ne s’éternise.

Si vous avez un plan à long terme qui tient déjà compte de la volatilité à court terme, la bonne décision consiste généralement à s’y tenir. Les décisions réactives prises sous la pression coûtent presque toujours plus cher que le problème qu’elles tentent de résoudre.

Conclusion

La hausse des prix du pétrole est un véritable casse-tête, et il ne sert à rien de prétendre le contraire. Mais il s’agit d’un choc temporaire, et non d’une évolution permanente du coût de la vie. Les ménages qui s’en sortent le mieux sont ceux qui resserrent dès maintenant leurs dépenses, ne modifient pas leur plan à long terme et cherchent à réaliser de petites économies sur les transports, les courses et les dépenses discrétionnaires. C’est ainsi que l’on surmonte un choc au lieu de se faire écraser par lui.

Christophe Liew est titulaire des certifications CFP® et CFA et ancien conseiller financier. Il rédige des conseils en matière de finances personnelles pour des milliers de lecteurs canadiens chaque jour sur Blueprint Financial.