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Abolition du PEQ: l’art de manquer un bon deal !

L’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) a plongé dans l’inconnu l’avenir de milliers de familles.

Publié le 

Chronique Henriquez 29 dec (Montage Noovo Info et La Presse canadienne)

Plus que deux jours avant la fin de l’année 2025. Pour plusieurs, cette période rime avec célébrations, famille et repos. Pourtant, pour des milliers de travailleuses et de travailleurs temporaires, le temps des Fêtes est marqué cette année par le découragement, l’anxiété et une profonde incertitude.

La raison est claire. L’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) a plongé dans l’inconnu l’avenir de milliers de familles qui contribuent à notre société, dans nos hôpitaux, nos entreprises et nos organismes. Rappellons-nous que le PEQ permettait aux travailleuses et travailleurs temporaires ainsi qu’aux étudiants étrangers d’obtenir plus facilement et plus rapidement leur résidence permanente.

C’était un parcours d’immigration cohérent et efficace. Les gens arrivaient par des programmes temporaires encadrés, avec un emploi, souvent un logement et un accompagnement de l’employeur. Ils avaient ensuite le temps de bâtir un réseau, de perfectionner leur français et de s’implanter durablement avant de demander la résidence permanente, dans un processus simple, rapide et sans obligation de quitter le pays.

Le gouvernement a toutefois choisi de changer les règles et de mettre en place un programme beaucoup plus restrictif, particulièrement à Montréal et à Laval, où les demandes risquent d’être massivement refusées.

À mes yeux, il s’agit de la plus grande aberration de 2025. Il est impératif que la société civile, les milieux économiques et les influenceurs publics se mobilisent. Les raisons sont nombreuses. En voici, selon moi, trois fondamentales.

Protéger notre économie

Commençons par l’aspect économique. Le Québec compte actuellement environ 275 000 travailleurs étrangers temporaires. Ces femmes et ces hommes sont des travailleurs actifs, des payeurs d’impôts et des contributeurs essentiels dans plusieurs secteurs névralgiques, qu’il s’agisse du manufacturier, de l’alimentaire, de l’industriel ou des services.

Ils occupent souvent des postes spécialisés et ont bénéficié de formations précises afin de répondre aux besoins spécifiques des entreprises. Perdre cette main-d’œuvre qualifiée, formée et productive en l’espace de quelques mois, serait une catastrophe économique pour de nombreuses organisations.

Les témoignages d’entrepreneurs inquiets se multiplient. Les impacts sur la rentabilité de nos fleurons seraient majeurs. La situation serait particulièrement critique à Montréal et à Laval, là où le gouvernement souhaite réduire la population, mais où des entreprises risquent tout simplement de fermer si un changement aussi brutal est imposé sans solution claire et réaliste.

Recommencer à zéro

Un autre argument majeur en faveur d’un programme de régularisation est l’absurdité de devoir recommencer le processus depuis le début. Malgré l’exclusion de travailleurs déjà en place, le Québec continuera de recruter à l’étranger des travailleuses et travailleurs qualifiés pour pourvoir ces mêmes postes.

Aussi compétents soient-ils, il est irréaliste de croire que ces nouvelles recrues atteindront immédiatement le niveau de productivité de ceux qui travaillent ici depuis plusieurs années. L’adaptation peut prendre longtemps et génère des coûts importants pour les entreprises et pour la société.

Nous allons recruter entre 30 000 et 45 000 travailleurs étrangers supplémentaires chaque année, investir dans leur intégration, pour remplacer des personnes déjà formées, intégrées et productives. Où est la logique. Personnellement, je n’en vois aucune.

Des enfants francophones

La question linguistique plaide également en faveur de la régularisation. Plusieurs des travailleurs concernés sont arrivés avec des enfants qui sont passés par les classes d’accueil et qui parlent aujourd’hui français. Ce sont des enfants de la loi 101. Ils vivent en français, étudient en français et deviendront des francophones pour les générations à venir.

Après les avoir accueillis dans nos écoles et accompagnés dans leur intégration, est-il vraiment logique de rejeter ces familles pour recommencer le processus avec de nouveaux arrivants. La réponse s’impose d’elle-même.

Depuis l’abolition du PEQ, les exemples de situations absurdes se multiplient et font régulièrement les manchettes. Il est parfaitement légitime que le gouvernement modifie les règles pour les nouveaux arrivants. Les conditions sont alors claires et connues à l’avance. En revanche, les personnes recrutées dans les années précédentes, qui détenaient un statut temporaire au moment de l’adoption du nouveau cadre, devraient bénéficier d’une solution transitoire.

Le premier ministre est un homme d’affaires aguerri, capable de reconnaître une bonne proposition quand elle se présente. J’en ai une à lui proposer :

Prenons les travailleurs temporaires et les étudiants étrangers déjà présents sur le territoire au 31 décembre 2025. Sélectionnons ceux qui occupent un emploi à durée indéterminée ou disposent d’une promesse d’embauche, qui maîtrisent un français fonctionnel, et offrons-leur un programme de régularisation menant à la résidence permanente.

Ainsi, nous maximiserons les investissements déjà consentis par les entreprises, les institutions et les gouvernements. Nous conserverons des talents qui paient des impôts, qui sont intégrés et qui contribuent activement à notre société.

Tout autre choix revient à jeter aux poubelles des millions de dollars investis. Il me semble que le Québec n’a tout simplement pas les moyens de se payer ce luxe et de prendre « le bon deal ».