Chroniques

À qui la rue? À nous la rue: et si nos jeunes s’emparaient de la rue?

Cette mobilisation peut nous sembler éloignée. Cependant, il est intéressant de voir que certaines demandes des lycéens sont tout à fait collées à la réalité des jeunes dans nos écoles.

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Journée de mobilisation en France contre «la vie chère»: des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre Plusieurs manifestations ont eu lieu samedi en France en soutien au mouvement étudiant et «contre la vie chère». Des affrontements entre des manifestants et les forces de l'ordre sont à signaler dans plusieurs villes du pays.

Il était difficile, en fin de semaine, de passer à côté des images de cette énorme mobilisation du 17 octobre en France. En effet, presque 4 semaines après la mobilisation initiale du lycée de Créteil, ce sont plus de 800 000 jeunes Français qui, selon les organisateurs, ont manifesté dans les principales villes du pays.

0es images nous montrent la violence, les pillages et les débordements. Cependant, la majorité de ces jeunes sont dans la rue pour dénoncer, notamment, la vétusté de leurs écoles, le manque d’enseignants et de personnel de soutien ainsi que le surpeuplement scolaire.

Cette mobilisation, qui se passe à plus de 5000 kilomètres de chez nous, peut nous sembler éloignée. Cependant, il est intéressant de voir que certaines demandes des lycéens sont tout à fait collées à la réalité des jeunes du même âge dans nos écoles secondaires et nos cégeps au Québec.

Lors de la dernière campagne électorale, la question de l’éducation a été soulevée à plusieurs reprises. D’ailleurs, le premier ministre élu, Paul Saint-Pierre Plamondon, a réitéré sa promesse de faire des états généraux sur l’éducation.

Cette annonce permet probablement d’éviter un tel mouvement ici, mais regardons ce qui pourrait faire que, dans un avenir rapproché, le mouvement des lycéens traverse l’océan.

«Ceux qui ont détruit doivent payer», dit Emmanuel Macron au lendemain de violences en France Le président français Emmanuel Macron s'est exprimé dans une adresse à la nation dimanche au lendemain de manifestations en France qui ont été marquées par des violences.

Le surpeuplement des élèves

C’est une des principales dénonciations des lycéens français et c’est aussi une réalité très présente au Québec. En effet, lorsque l’on parle de la diminution de la qualité de l’éducation dans nos écoles publiques, la question du surpeuplement revient régulièrement dans les conversations.

Il y a actuellement 23 % des professeurs qui disent enseigner dans des classes surpeuplées dans notre système. Ce chiffre est basé sur le nombre de professeurs qui reçoivent des indemnisations pour classes surpeuplées, un chiffre qui a doublé depuis 2018.

Ça fait plusieurs années que l’on entend parler des classes modulaires, ces fameuses roulottes qui sont utilisées pour tenter d’accommoder plus d’élèves dans nos écoles. Les exemples sont nombreux.

Il ne serait donc pas surprenant que des étudiants du Québec dénoncent eux aussi un surpeuplement qui affecte sans aucun doute la qualité de l’enseignement, le temps alloué à chaque élève et la capacité même à acquérir des connaissances, pour des jeunes qui sont à un âge critique de leur développement.

Le déficit de maintien des infrastructures

Au Québec, on appelle ça le fameux déficit de maintien des actifs ! L’expression consacrée qui, dans le fond, veut dire : on a arrêté d’entretenir adéquatement nos écoles. Ce déficit de maintien d’actifs a plus que doublé dans les six dernières années, et il est aujourd’hui de 9,1 milliards de dollars au Québec.

C’est un chiffre qui risque d’augmenter avec les années, puisqu’on sait que le gouvernement vit une situation financière compliquée et que les coûts de construction sont extrêmement élevés.

Rappelez-vous, le printemps dernier, lorsque les chaleurs élevées ont amené plusieurs jeunes à se plaindre des conditions dans lesquelles ils tentaient d’apprendre. Des chaleurs extrêmes qui font que leurs classes peuvent devenir de véritables fours, sans aération et sans véritable option pour se rafraîchir.

Ce sont aussi des infrastructures qui deviennent moins utilisables, comme des gymnases dans lesquels on ne peut pas pratiquer de sport ou des bibliothèques qui sont inaccessibles. Finalement, c’est un milieu scolaire que l’on abandonne, et dans lequel on laisse notre prochaine génération de professionnels se former.

L’état des bâtiments est un reflet très visuel de l’état de notre éducation, et nous ne pouvons pas dire que ce soit très élogieux comme image.

La disponibilité des enseignants et du personnel

Une autre des revendications importantes des lycéens français, c’est la question de la disponibilité de professeurs et de professionnels dans les institutions d’enseignement. En France, ils réclament notamment plus d’infirmières et de remplaçants pour être capables de mener à bien leur parcours scolaire.

Au Québec, nous avons chaque rentrée scolaire la même réalité. Il manquait encore, cette année, quelque 3 000 professeurs à assigner avant le début des classes. Même si la majorité de ces postes finissent par être pourvus, la disponibilité de remplaçants et de professionnels reste un enjeu très actuel pour les étudiants du Québec.

Nous sommes donc nous aussi confrontés à cette réalité, qui, encore une fois, entraîne une diminution importante de la qualité de l’enseignement. Parce que les jeunes se retrouvent sans remplaçants qualifiés, ou avec des professeurs qui n’ont aucune connaissance dans leur domaine d’expertise, comment peut-on espérer qu’ils fassent les choix adéquats pour leur avenir ?

Et ultimement, comment ferons-nous pour avoir une main-d’œuvre qualifiée, éduquée et préparée au marché du travail ?

Les étudiants québécois seraient donc aussi en droit d’exiger de nos gouvernements une meilleure prévisibilité du personnel qui les prépare.

En colère, des milliers de jeunes toujours mobilisés en France malgré la reprise des cours Voyez notre entrevue avec le journaliste basé à Paris Pierre Tremblay.

Dans les faits, nous aurions tout à gagner d’être très attentifs au mouvement des lycéens français, car la réalité qu’ils dénoncent en France est semblable à celle que nous vivons au Québec. Bien entendu, nos structures ne sont pas les mêmes et nous n’aurons pas le même genre de mobilisation.

En France, les Gilets jaunes, le milieu syndical et plusieurs politiciens sont venus se coller au mouvement des lycéens, profitant de l’opportunité à l’aube d’une campagne présidentielle.

Le Québec n’est pas dans la même réalité politique et c’est ce qui fait que nous avons peut-être encore l’opportunité d’agir. Le premier ministre élu s’est engagé à faire des états généraux sur l’éducation.

Je pense qu’il serait bien intéressant d’entendre notre jeunesse de façon plus générale sur ce dont elle a besoin pour être capable d’affronter l’avenir et de se préparer en vue de ses responsabilités futures.

Espérons donc que le prochain gouvernement s’attaque à ces questions et qu’il écoute la jeunesse sans qu’elle ait besoin, elle aussi, de prendre la rue.

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