Aujourd’hui, c’est la fête au village de la « pop dance music » puisque Madge, alias Madonna, sort son quinzième album en carrière. Retour sur le plancher de danse 2. Et cette sortie musicale m’a rappelé l’achat de mon tout premier 33 tours durant l’âge d’or du vinyle. Un achat tout à fait automne dans ce début d’éclosion de l’adolescence.
1983, à Beauport. J’ai 12 ans. Je suis à l’intersection de la vie où l’on doit prendre la sortie qui porte le nom: adolescence. Une nouvelle autoroute qui comportera son lot de détours et de garnottes. Ce moment confus où un jour, on a encore envie de jouer avec ses jouets et le lendemain, on veut rester dehors au parc avec nos amis jusqu’à 23 h et explorer les effets d’un vin pétillant cheap (hello Cresta Blanca!).
On se réveille le samedi matin et on voudrait bien aller écouter nos dessins animés comme à l’habitude, mais une érection qu’on n’a pas demandée et qu’on ne sait surtout pas comment gérer nous en empêche. Un besoin viscéral nous donne envie de partir en expédition vers le monde des adultes.
On n’a pas encore tout l’équipement, mais peu importe, l’ascension est en route. Et dans les découvertes que je fais, il y a la musique. Pas celle que notre mère nous a imposée pendant notre enfance. Non. La musique qui nous attire parce qu’elle correspond à nos propres goûts qui, incidemment, commencent à se définir.
Par un beau soir de fin juin, je suis étendu sur mon lit et j’écoute la radio du FM 93 (la radio hot à cette époque.) Tout ceci grâce à mon walkman super sophistiqué qui ne propose qu’une seule fonction : la radio.
Et là, mes écouteurs en mousse orange me bourdonnent à l’oreille la chanson « Lucky Star » d’une jeune chanteuse américaine qui lance son premier album. Elle n’a pas de nom de famille, juste un prénom : Madonna.
C’est le coup de foudre.
Mon premier coup de foudre d’ado. Mon premier coup de foudre entièrement géré par mes émotions à moi. Mon cerveau et mon cœur viennent de se mettre d’accord sur mon premier vrai choix. C’est bizarre, mais je ne déteste pas du tout le feeling.
Le lendemain matin, comme je le fais depuis toujours lorsque j’ai envie de quelque chose, je demande à ma mère de m’acheter le 33 tours de cette jeune Madonna à la voix aiguë. Mais ma mère refuse.
Elle m’explique que maintenant, je suis assez grand pour payer une certaine partie de mes affaires. Les affaires qu’on appelle : les biens superflus. Selon elle, cette nouvelle règle a pour but de me faire comprendre la valeur de l’argent, l’autonomie et la récompense par le travail.
Je trouve que c’est beaucoup en même temps. J’aurais apprécié une transition en douceur. Finalement, les nouvelles érections du matin, c’est de la petite bière dans le domaine dans la contrainte. Je vais aussi découvrir un peu plus tard que les érections sont pas mal plus source de gros fun que de contrainte.
Mais revenons au premier vinyle de la madone. Tout ça est embêtant. Surtout que le disque coûte 11,99 $. Une somme qui, dans ma tête de nouvel ado, sonne comme un trilliard de dollars.
Mais je découvre un nouvel aspect de ma personnalité : l’orgueil. Ma mère ne me le redira pas deux fois. Je vais m’arranger seul. Oh que oui ! Je n’aime pas tant que ça le gardiennage, mais je suis bon et responsable. En moins de deux, je propose mes services de gardien certifié à ma voisine. Pas pour elle, bien sûr, mais pour sa fille de 4 ans.
Elle accepte.
Je calcule qu’avec quatre vendredi soir de séances de gardiennage, je vais pouvoir m’acheter mon PREMIER album à vie avec MON argent. Un disque d’adulte qui n’a pas de mascotte ou de clown sur la pochette. Zéro comptine trop simple. Un 33 tours que même les gens qui dansent dans les bars écoutent. Mon calcul incluait le prix du disque et l’aller-retour en bus à la Place Fleur de Lys chez « Sam the Record Man ».
Je me trouvais tellement hot de déposer le disque sur le comptoir pour le payer tout seul. Mon regard vers le caissier qui s’en foutait royalement avait l’air de dire : je connais ça, hein, la musique. Et en plus… je le paie avec mon argent. Bon, ça fait beaucoup de mots dans un seul regard, mais c’était ça pareil.
En quelque sorte, Madonna a lancé mon adolescence. Du moins, un ti- boutte. J’imagine que c’est pour ça qu’encore aujourd’hui, elle est si importante pour moi.
Et sachez qu’aujourd’hui, je me suis payé son nouvel album avec mes propres sous que j’ai gagné en travaillant. En fait, je l’ai payé avec l’écriture de ce texte. : — p
Toutte est dans toutte.

