Chroniques

Mêle-toi de tes affaires, le mononcle!

«Pis? As-tu un p’tit chum là?»

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(Banque d'images Envato)

Les Fêtes approchent et avec elles, les partys de famille, les apéros festifs et les soupers qui s’étirent se multiplient. On aime ça — sauf quand les gens se permettent des remarques déplacées. Ce n’est pas vrai qu’on «ne peut plus rien dire», mais c’est vrai que certaines choses ne se disent plus. Et c’est tant mieux.

Comment répondre quand on a fait une remarque malvenue ou irrespectueuse?

Personnellement, j’aime bien montrer l’élégance d’une répartie sans méchanceté à quelqu’un qui vient, justement, de l’être. J’ai toujours pensé que les commentaires lancés parlent beaucoup plus des gens qui les font (et se permettent de les faire) que des gens visés.

Kill them with kindness (traduction libre: Désarmez-les avec la gentillesse) reste mon approche favorite. Elle est indémodable.

Figer n’est pas une option quoiqu’un regard détourné, légèrement insistant, avec un visage de marbre, en restant silencieux, peut faire l’effet d’une douche froide. L’interlocuteur comprendra assurément que des deux, c’est lui qui a l’air fou.

Quels sont ces fameux sujets délicats, qui nous énervent, mais tendent à revenir, d’un Noël à l’autre?

«Comment ça tu ne bois pas?»

Toutes les dérives sont possibles : «Prends donc un autre verre», «T’es donc ben plate», «Casseux de party», etc. On les connaît toutes, ces remarques qui pointent dans une seule direction: on est supposé de boire de l’alcool.

Ce n’est pas parce que c’est culturel (on aime boire, au Québec) que ce n’est pas un choix personnel. Ça reste une option, pas une obligation.

Et c’est la même chose pour la quantité: ce n’est pas parce qu’on prend un apéro qu’on ne peut pas s’arrêter là. Ce n’est pas parce qu’on prend du vin en mangeant qu’on doit clore avec un digestif en soirée.

Vivre et laisser vivre.

Voilà justement une façon de répondre, avec ces quatre mots tout simples et directs. Un peu brutal, mais efficace.

Sinon, «Je ne veux pas dire de niaiseries comme toi (insérer le prénom dudit interlocuteur) » ou «Veux-tu goûter à mon mocktail?» devraient clore l’échange.

«As-tu pris du poids?»

Il y a aussi les versions plus subtiles: «Quelqu’un a bien profité de son année » et autres « tu as changé, mais je cherche quoi. Ah oui, OK, je sais, tu as engraissé ». Celles qui vont dans le sens inverse, du genre « wow, t’es beau/belle, tu as perdu du poids», ne sont pas plus bienvenues.

Que sait-on de la raison derrière cette perte de poids? Est-elle volontaire?  

On va se le dire: les commentaires sur l’apparence physique des gens, incluant le poids, c’est ter-mi-né. On n’a pas mille autres choses à dire ? Poser des questions, parler des réussites ou des réalisations, s’informer (pour vrai) de comment va la personne?

Les remarques sur le poids sont blessantes. Elles marquent au fer rouge et attaquent l’estime. Voulez-vous vraiment qu’on se souvienne de vous comme de la personne qui fait toujours un commentaire sur le physique?

Voici quelques idées de réponses.

«Hein? Peux-tu répéter, je n’ai pas compris?» (La personne va alors probablement réaliser sa bévue et reculer.)

«Je me sens très bien. Et toi?»

«Le mémo ne s’est pas rendu à (insérer le nom de la ville de l’interlocuteur)? Ça ne se fait plus, ce genre de remarque.»

Ou le déstabilisant: «Ah, je ne le sais pas, conte-moi donc ça, tu as l’air bien parti?»

Évidemment l’option de ne rien dire du tout et de simplement tourner les talons reste diablement efficace.

«Pis? As-tu un p’tit chum là?»

Cette question est régulièrement adressée aux adolescents voire aux préadolescents — mais aussi aux adultes célibataires.

Elle est chargée parce qu’elle suppose plein de choses : qu’on est hétéro (puisqu’elle est genrée), qu’on cherche à être en couple (comme s’il y avait une seule façon de vivre sa vie) et aussi, qu’on a envie d’en parler.

Si vous voulez savoir ce qui se passe dans la vie d’un membre de la famille, pourquoi ne pas plutôt demander: «Quoi de neuf dans ta vie?»

Voilà une question ouverte pas mal plus intéressante…et qui laisse de la place à annoncer quelque chose, si on a à le faire et si on en a envie.

Parmi les répliques possibles, il y a celle avec une touche d’humour «Oh, tu ne le savais pas? J’en ai quatre!» ou encore «Je suis célibataire depuis hier, lâche-moi un peu». Ou encore, la réponse neutre et réaliste «Je suis très heureux célibataire, merci!» ou encore «Je n’ai pas trouvé la bonne personne».

J’aime particulièrement celle qui fait un effet miroir: «Non et toi, toujours avec (insérer le nom du conjoint, qu’il soit présent ou non)?». Cela laisse entrevoir que si on le droit de questionner le célibat, on a aussi le droit de questionner le couple…

Plus d’écoute

Tout ça revient un peu à dire : quand on ne sait pas quoi dire, la meilleure chose est de la fermer. En fait, plus d’écoute ne ferait pas de torts à bien des gens.

Et si vous êtes sur le point de dire quelque chose, mais que vous hésitez, référez-vous à la théorie de Socrate: est-ce que ce que je veux dire est vrai? Est-ce que c’est bon? Est-ce que c’est utile?

Non? Alors, taisez-vous donc!

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