Je m’excuse de vous angoisser de même aujourd’hui. C’est parce que ma mère m’a toujours dit que, quand quelque chose me stressait, la meilleure affaire, c’était d’en parler avec d’autres. C’est ce que je fais. Je vous en parle. Je n’ai jamais été aussi stressée par la perspective de la finitude de notre espèce que maintenant.
L’image est éculée, mais vraiment, je feel comme la grenouille qui nage dans une marmite d’eau en train de bouillir et qui ne sent pas la température de l’eau monter. Littéralement, c’est rendu que mon écoanxiété me réveille la nuit. Je ne sais pas si c’est parce que j’ai trop regardé Don’t Look Up ou parce que la COP27 s’amorce. Je ne sais pas si c’est parce qu’il a fait +20 en plein mois de novembre ou bedon si c’est parce que je me suis tapé clandestinement (je m’excuse) les 8 épisodes de la série française L’effondrement. Probablement toutes ces réponses.
Est-ce qu’on a ce qu’on mérite ?
Comme vous, je me sens minuscule devant les défis qui nous attendent. Et, je ne veux pas faire de la psychologie de comptoir ni être encore plus déprimante, mais, parfois, devant l’ampleur de la tâche, devant les sacrifices qui, indéniablement nous attendent, je me demande si ça ne serait pas mieux que la planète continue sans nous. Après tout, c’est de notre faute si elle est dans ce sale état.
Une fois de plus, je m’excuse de vous angoisser ainsi aujourd’hui. Je dis tout ça, et je pense à mes enfants. Je me dis qu’on ne peut pas abandonner même s’il est de plus en plus évident qu’il n’y aura pas de retour en arrière. Les carottes sont cuites. Fini le temps des haricots et autres métaphores jardinières douteuses qui s’appliquent.
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Comme ce n’est pas dans ma nature de baisser les bras, je me demande en même temps ce qu’on pourrait faire à notre échelle. Je veux dire dans notre position. Je ne suis pas politicienne. Je ne suis pas cheffe d’une multinationale. Je ne préside ni ne participe à aucun comité important pour la suite du monde. Pour vrai, je me sens petite dans mes shorts et je n’ai pas l’impression que mon bac à compost va changer grand-chose au destin de l’humanité.
Je ne veux pas me dédouaner, et je ne veux pas pelleter dans la cour du voisin mes responsabilités citoyennes, mais sans des actions concrètes et drastiques des dirigeants, le mur est inévitable. On est déjà en train de se frapper le nez dedans, on va se le dire.
Pour me raconter une histoire ou si vous voulez témoigner de quelque chose qui vous tient à cœur, écrivez-moi un courriel: genevieve.pettersen@bellmedia.ca
On est tous un peu égoïstes, au fond
Mais bon, j’écris tout ça de mon ordinateur Apple en me demandant quelle viande achetée chez Cosco je vais bien pouvoir décongeler pour souper. J’avoue même avoir zieuté où était rendue ma commande Amazon en écrivant ces lignes. Oui, je fais partie du problème. Comme nous tous. Mais avons-nous le choix ? Je suis certaine que, comme moi, si vous pouviez faire autrement, vous le feriez. Non ? Si les transports en commun étaient réellement efficaces, si nos villes n’étaient pas construites autour de la voiture, vous le sacreriez sur Kijiji, votre char, avouez. Moi aussi.
C’est vrai que chaque petit geste individuel compte. Mais c’est vrai aussi qu’on n’arrivera à rien en continuant de viser une telle croissance. Et ce n’est pas nous, vulgaires moldus, qui allons consciemment décider de couper là où ça fait mal, c’est-à-dire dans notre confort. Parce que l’être humain est ainsi fait. Ça ne nous tente pas tant de nous sacrifier et de renoncer à nos acquis, et ce, même au nom du bien commun. On pense juste à notre gueule. C’est, très paradoxalement, dans ce cas-ci, il faut bien le souligner, un réflexe de survie.
Je reviens à la série L’effondrement, diffusée en 2019. Ça commence tranquillement. Il manque de tampon dans les épiceries, l’essence se fait rare, l’électricité est chancelante, les prix grimpent, les médicaments manquent. Bref, l’eau commence à bouillir, personne ne s’en rend compte et tout le monde continue à faire des ronds dans la bassinette. S’en suit alors toute une série d’événements qui précipitent le système vers son effondrement. Et personne n’est prêt. Personne n’a vu ça venir parce que tout le monde était persuadé qu’il y aurait des solutions. Ça ne vous fait pas penser à quelque chose ?
Je sais qu’on a tous des vies et que c’est une position beaucoup plus confortable de vaquer à ses occupations en se disant que ça va finir par passer. Je le sais, je suis la championne de ce mécanisme de défense et de déni.
Sauf que tout de suite-là, je me sens comme un des musiciens de l’orchestre du Titanic. Est-ce que je vais continuer de jouer jusqu’à ce qu’on coule ? Je ne sais pas si c’est la fin du monde. Ou plutôt oui, je le sais. C’est la fin du monde tel qu’on l’a connu. Et juste préciser au passage que ce monde-là n’aura aucunement besoin de nous pour continuer. Alors c’est à nous de décider si nous voulons, ou non, faire partie de la suite.
(Pour une dernière fois, je m’excuse d’être angoissante de même. Je vais parler des Kardashian la semaine prochaine. Juré.)
